Journée internationale du vivre-ensemble en paix : Un principe au cœur de la diplomatie algérienne

Samedi dernier, la communauté internationale a célébré la Journée internationale du vivre-ensemble en paix, proclamée officiellement par l’Organisation des Nations unies à l’initiative de l’Algérie. Un détail que beaucoup ignorent encore, alors qu’il en dit beaucoup sur la place qu’occupe Alger dans la bataille mondiale des idées, des équilibres et des valeurs.

Dans un monde saturé de guerres, de fractures identitaires, de tensions religieuses et de crises géopolitiques qui semblent se multiplier à une vitesse inquiétante, certaines nations choisissent le silence, d’autres l’alignement stratégique. Et puis; il y a celles qui continuent de défendre une idée presque devenue rare dans les relations internationales modernes : la paix comme principe, et non comme slogan.
Car derrière cette Journée internationale du vivre-ensemble en paix se cache une vision politique profonde, presque civilisationnelle, portée depuis des décennies par la diplomatie algérienne : celle d’un monde capable de coexister malgré ses différences, ses croyances, ses blessures historiques et ses intérêts contradictoires.
Malheureusement, ce n’est pas un euphémisme de dire, qu’aujourd’hui, cette idée paraît presque à contre-courant. Ghaza brûle. Le Moyen-Orient tient sur des fils de fractures explosives. Les guerres civiles ont à la une. Les discours identitaires gagnent du terrain et les conflits ethniques se multiplient.
Les grandes puissances parlent de stabilité tout en alimentant parfois les tensions par procuration. Les appels des organisations internationales ne demeurent plus peinent ni capables d’imposer des solutions durables. Et pourtant, au milieu de cette géographie mondiale de la crispation, l’Algérie continue de défendre une autre approche : traiter les causes profondes des crises plutôt que gérer éternellement leurs conséquences.
C’est précisément le cœur du message porté haut et fort par le premier représentant de la République algérienne démocratique et populaire, son président de la République M. Abdelmadjid Tebboune, dans les différents forums internationaux auxquels il a participé ces dernières années. Des tribunes des Nations unies aux sommets régionaux, la position algérienne reste remarquablement constante : aucune paix durable ne peut exister sans justice, sans respect du droit international et sans reconnaissance des droits fondamentaux des peuples.
Cette ligne diplomatique ne sort pas de nulle part. Elle plonge directement dans l’histoire politique et révolutionnaire de l’Algérie. Notre nation est née d’une lutte anticoloniale violente, forgée dans le refus de la domination et construite autour d’une idée très particulière de la souveraineté : celle qui refuse l’injustice pour elle-même comme pour les autres peuples.
Cette mémoire historique est une explication logique de la question que peuvent se poser certains : « Pourquoi Alger continue de placer les causes palestinienne et sahraouie au centre de sa politique étrangère ? » Et l’une des milliers de réponses qu’on peut avoir, c’est que non, ces causes ne sont pas des postures médiatiques mais un prolongement naturel des fondements historiques de notre pays.
Toutefois, ce qui donne aujourd’hui une dimension particulière à ce discours, c’est le contexte mondial lui-même. La paix n’est plus une aspiration morale. C’est une urgence. La mondialisation a fait que les crises contemporaines ne sont plus locales. Elles débordent immédiatement sur les équilibres énergétiques, migratoires, économiques et sécuritaires mondiaux. Une guerre régionale peut désormais provoquer des conséquences planétaires en quelques jours. Une simple manifestation peut engendrer des milliers. Un mouvement radical peut sortir d’un cadre local pour répandre son venin partout. Le 21e siècle a rendu les conflits impossibles à contenir géographiquement. Et c’est précisément dans cette réalité que la notion du vivre-ensemble prend une dimension nouvelle.

Une scène marquante
L’un des moments les plus marquants de la vision algérienne s’est cristallisé en avril dernier à Djamaâ El-Djazaïr, lors de la visite officielle du pape Léon XIV en Algérie. Une scène qui a profondément marqué de nombreux observateurs internationaux. Non pas simplement pour sa portée religieuse, mais pour ce qu’elle symbolise dans ce climat mondial.
Dans un discours qualifié, à raison, par plusieurs observateurs de particulièrement fort sur le plan symbolique, le Président Tebboune avait proclamé avec force que « l’Algérie est pleinement disposée à œuvrer, de concert avec le Vatican, à faire prévaloir l’esprit de compréhension sur la division, le dialogue sur la confrontation
et la coexistence et la coopération sur l’hostilité et la discorde ».
Ces mots dépassaient largement le cadre protocolaire. Ils renvoyaient à une certaine idée de l’Algérie elle-même. Une Algérie qui est une terre de rencontre, de modération et d’équilibre. Une terre qui, malgré ses propres défis, qui sont loin d’être anodins, continue de défendre une vision profondément humaniste des relations entre les peuples.
Le président de la République avait d’ailleurs insisté sur cette dimension historique et identitaire en rappelant que «l’Algérie, tout au long de son histoire, a été une terre d’harmonie, d’interaction et de symbiose féconde, en offrant un refuge sûr aux opprimés, aux persécutés et aux démunis ». Une citation qui se distingue d’un long message et se présente instinctivement comme une phrase lourde de sens dans un monde où les frontières se ferment de plus en plus et où les discours de rejet progressent à grande vitesse.
Le plus frappant dans cette séquence reste la séquence marquante et l’image devenue virale à l’international : celle du pape Léon XIV aux côtés du recteur de Djamaâ El-Djazaïr, devant le mihrab de cette immense mosquée devenue symbole d’un islam du juste milieu. Une image simple, mais extraordinairement puissante. Parce qu’elle disait quelque chose que les longs discours diplomatiques échouent parfois à transmettre : la coexistence n’est pas une théorie abstraite. Elle peut exister concrètement.
Les grands médias internationaux se sont d’ailleurs largement arrêtés sur cette scène. Non pas uniquement pour son caractère religieux, mais parce qu’elle offrait une respiration dans une actualité mondiale saturée de violence, de radicalité et de confrontation. C’était une union, une fraternité, une compréhension et une acceptation paisible entre deux visions du monde, entre deux religions qui représentent à elles seules plus de 50% de l’humanité. Dans un univers médiatique dominé par les images de guerre, cette photographie donnait soudainement à voir autre chose : la possibilité du dialogue. Elle apaisait les âmes.
Le pape Léon XIV lui-même avait salué cette singularité algérienne en affirmant que « l’expérience acquise par l’Algérie l’a dotée d’une vision profonde et perspicace des équilibres mondiaux ». Une déclaration qui dépasse le simple compliment diplomatique. Elle reconnaît implicitement un rôle particulier joué par Alger dans les grands équilibres internationaux contemporains.

Une activité réelle au niveau régional
Cette reconnaissance internationale ne s’est d’ailleurs pas limitée au cadre religieux. Durant son mandat récent comme membre non-permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Algérie a multiplié les prises de position en faveur du respect du droit international, du règlement pacifique des conflits et de la défense des peuples sous occupation. Dans un système international souvent accusé de double standard.
Mais au-delà des grandes déclarations diplomatiques et des symboles forts, l’Algérie continue surtout de défendre cette vision sur le terrain régional, là où les fractures sécuritaires, politiques et géopolitiques restent parmi les plus sensibles au monde. Au niveau régional, l’Algérie poursuit ainsi un rôle central comme acteur de stabilité et de médiation, aussi bien au sein du continent africain que dans l’espace arabe. Sa diplomatie continue de défendre l’idée d’une sécurité régionale fondée sur la coopération entre États, le respect des souverainetés nationales et la recherche de solutions politiques durables aux conflits. Cette orientation s’est traduite, ces dernières années, par de multiples initiatives diplomatiques visant à rapprocher les positions entre acteurs régionaux et à éviter l’enlisement de plusieurs crises.
Cette approche repose sur une conviction historique profondément ancrée dans la doctrine diplomatique algérienne : aucune paix durable ne peut être imposée par la force extérieure. C’est précisément pour cette raison qu’Alger continue de privilégier les mécanismes de dialogue, les négociations politiques et les solutions inclusives, loin des interventions étrangères qui, dans de nombreux cas, ont davantage aggravé les conflits qu’elles ne les ont résolus.
Cet engagement pour la coexistence et le dialogue ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Il a trouvé une reconnaissance internationale majeure le 8 décembre 2017, lorsque l’Assemblée générale des Nations unies a adopté à l’unanimité, à l’initiative de l’Algérie, la résolution 72/130 proclamant le 16 mai Journée internationale du vivre-ensemble en paix. Une adoption unanime à l’ONU sur un sujet aussi sensible reste en soi un signal fort dans une époque où même l’évidence devient parfois source de division.
À travers cette résolution, la communauté internationale a reconnu l’importance de promouvoir les valeurs de paix, de tolérance, de compréhension mutuelle, d’inclusion et de fraternité entre les peuples. Des principes qui peuvent sembler simples sur le papier mais qui deviennent extraordinairement complexes dans un monde traversé par les conflits identitaires, religieux, économiques et géopolitiques.
Mais au fond, la portée de cette Journée internationale du vivre-ensemble dépasse largement la diplomatie. Elle pose une question plus profonde au monde contemporain : peut-on encore construire des sociétés capables de cohabiter malgré leurs différences ?
Car le véritable défi de notre époque n’est pas seulement militaire ou économique. Il est civilisationnel. Les sociétés modernes sont traversées par des tensions identitaires de plus en plus fortes. Les réseaux sociaux accélèrent les radicalisations. Les fractures culturelles se creusent. Les appartenances deviennent parfois des armes politiques. Et dans ce climat, défendre la coexistence devient presque un acte de résistance intellectuelle.
C’est sans doute là que réside aujourd’hui la singularité du message algérien. Dans sa tentative de rappeler qu’une nation peut défendre ses principes sans tomber dans l’exclusion, préserver son identité sans rejeter l’autre et soutenir les causes justes sans alimenter les logiques de haine. Le vivre-ensemble n’est pas une naïveté diplomatique. C’est peut-être, désormais, l’une des dernières conditions de survie collective dans un monde qui semble parfois oublier que la paix se construit bien avant les guerres.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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