
Le pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger), a traité, dimanche dernier, cinq affaires liées aux incendies de forêt qui ont touché plusieurs wilayas du pays, ces derniers jours. À l’issue des premières investigations, sept personnes ont été placées en détention provisoire pour leur implication présumée dans des incendies volontaires, a indiqué un communiqué du parquet de la République.
Alors que les feux de forêt ont de nouveau frappé plusieurs régions du pays, ces derniers jours, la réponse de l’État ne s’est pas fait attendre, basculant immédiatement sur le terrain judiciaire et sécuritaire. Face à la répétition des départs de feu suspects et aux dégâts infligés au patrimoine forestier comme aux riverains, les autorités ont déployé une stratégie de tolérance zéro. Une étape cruciale a donc été franchie avec la saisine directe de la juridiction spécialisée d’Alger.
Dans sa communication officielle destinée à informer l’opinion publique sur l’avancée des procédures, le Parquet a tenu à recadrer la gravité exceptionnelle de ces actes. Les termes ont été choisis : il s’agit de procédures engagées dans le cadre de « la lutte contre les crimes terroristes, les actes de sabotage et la criminalité transnationale organisée».
Selon les éléments de l’enquête, les cinq dossiers concernent des personnes soupçonnées d’avoir délibérément provoqué des incendies dans des zones forestières, agricoles ou à proximité d’habitations, mettant en péril la sécurité des citoyens, ainsi que le patrimoine forestier national. D’ailleurs, l’examen détaillé des dossiers révèle un maillage criminel opérant dans plusieurs wilayas.
Des faits documentés par les enquêteurs
La première affaire concerne Zrig Mohamed Amine, suspecté d’avoir volontairement incendié une zone couverte de broussailles et de végétation sèche à proximité de la bibliothèque communale du quartier Maghmouli dans la wilaya de Guelma. Les enquêteurs indiquent avoir récupéré une vidéo montrant le mis en cause en train d’allumer le feu.
À Constantine, Harchi Adel et Boudraa Nouri Mehdi sont poursuivis pour avoir incendié des broussailles et des herbes sèches dans la région de Kef-Lekhal. Le sinistre a provoqué la destruction de 1 000 bottes de fourrage, quarante oliviers, vingt arbres fruitiers, ainsi que deux étables, précise le communiqué. Les deux suspects auraient été aperçus au moment des faits.
Une troisième procédure vise Zerrar Ahmed, soupçonné d’avoir mis le feu à une exploitation agricole privée située dans la région d’Oued Azaieb dans la commune de Sidi Semiane (Tipaza). L’incendie a ravagé près de 500 m² comprenant des oliviers, des pins d’Alep et des broussailles.
À Jijel, les services de sécurité ont procédé à l’arrestation en flagrant délit de Hamlil Saïd, surpris alors qu’il mettait volontairement le feu à des broussailles derrière un immeuble du quartier Ayouf-Ouest, au cœur d’une zone habitée.
Enfin, la cinquième affaire concerne Tlemçani Abdelkader et Kouadri Djamel, soupçonnés d’être impliqués dans un incendie volontaire de broussailles forestières au village Boukhalfoune dans la commune de Boukram (daïra de Lakhdaria). Selon le parquet, plusieurs habitants ont signalé la présence des suspects à proximité immédiate du départ de feu. Les investigations menées par les enquêteurs ont ensuite permis d’établir l’implication présumée des deux hommes.
Sept placements en détention provisoire
Ce coup de filet coordonné témoigne d’une synergie parfaite entre la vigilance des populations locales et l’efficacité opérationnelle des différents corps de sécurité. « A l’issue de l’enquête préliminaire menée par les brigades de lutte contre la criminalité de la Sûreté des wilayas de Guelma, Bouira et Jijel, la brigade territoriale de la Gendarmerie nationale de Sidi Ghiles et la Section de sécurité et d’investigation (SSI) de la Gendarmerie nationale de Constantine, chacun selon sa compétence, les sept (7) suspects auteurs de ces actes ont été arrêtés, l’enquête ayant établi leur implication dans des incendies déclarés dans des biens forestiers et des agglomérations », ajoute la même source.
Le parquet indique qu’à l’issue de leur présentation devant la justice, le 26 juillet 2026, une information judiciaire a été ouverte contre eux.
Ils sont poursuivis notamment pour « actes de sabotage visant à mettre en danger la vie, la sécurité et les biens des personnes », des faits qualifiés de crimes et passibles de la peine capitale, ainsi que pour « incendie volontaire de biens forestiers appartenant à l’État », conformément aux dispositions des articles 87 bis du Code pénal et 138 de la loi relative aux forêts et aux richesses forestières. Concernant le suspect arrêté à Jijel, des poursuites supplémentaires ont également été engagées pour « incendie volontaire dans des lieux habités », en application des articles 87 bis et 395 du Code pénal. Désormais entre les mains de la justice spécialisée, le dossier entre dans sa phase d’instruction approfondie. « Après l’interrogatoire des accusés par le juge d’instruction, celui-ci a ordonné leur placement en détention provisoire », conclut le communiqué.
Cette fermeté judiciaire envoie un signal univoque : face au sabotage des richesses naturelles et à la mise en danger des citoyens, l’État oppose la rigueur inflexible de ses lois. L’instruction judiciaire devra désormais faire toute la lumière sur ces actes criminels qui ont décimé les forêts de la nation.
G. Salah Eddine
