
L’Algérie confirme un peu plus son ambition de devenir un acteur majeur de l’intégration énergétique africaine. À travers Sonatrach, elle poursuit son déploiement sur le continent en misant sur une stratégie qui ne se limite plus aux exportations d’hydrocarbures, mais qui repose également sur le transfert de compétences, la formation, l’accompagnement technique et le développement de partenariats industriels de long terme.
Cette dynamique trouve aujourd’hui un nouvel écho au Sénégal. Nouveau venu dans le cercle des producteurs africains de pétrole et de gaz, Dakar entend désormais transformer ses importantes découvertes d’hydrocarbures en véritable moteur de développement économique. Pour y parvenir, le pays mise sur l’expérience de partenaires africains disposant d’un savoir-faire reconnu, au premier rang desquels figure l’Algérie.
Dans cette perspective, les relations énergétiques entre Alger et Dakar connaissent une accélération notable. Après une première phase essentiellement consacrée à la formation et au développement des compétences, les deux pays s’apprêtent désormais à franchir une nouvelle étape orientée vers les investissements, le développement de projets industriels communs et l’intégration des chaînes de valeur pétrolières et gazières.
Cette évolution a été au centre de la rencontre tenue lundi dernier à Alger entre le ministre d’État, ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, Mohamed Arkab, et le ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang.
Selon un communiqué du ministère, les deux responsables ont examiné les perspectives d’élargissement de la coopération entre les deux pays dans l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie des hydrocarbures.
« Les deux ministres ont examiné les moyens de développer la coopération à différents maillons de la chaîne de valeur de l’industrie pétrolière et gazière, notamment dans les domaines de l’exploration et de la production, du développement des gisements, du raffinage et de la pétrochimie. »
Au-delà des échanges institutionnels, cette rencontre traduit une volonté commune de construire un partenariat durable entre Sonatrach et la compagnie nationale sénégalaise Petrosen. L’objectif est désormais de passer d’une logique de coopération technique à une véritable dynamique d’investissement et de codéveloppement.
De la formation aux investissements
Ce rapprochement ne date pas d’hier. Depuis 2022, Alger et Dakar multiplient les initiatives destinées à structurer leur coopération énergétique.
Une étape importante a été franchie, en février dernier, avec la signature d’un accord entre l’Institut algérien du pétrole (IAP) et l’Institut national du pétrole et du gaz du Sénégal (INPG), ouvrant la voie à la formation de cadres sénégalais dans plusieurs spécialités stratégiques de l’industrie pétrolière et gazière.
Cette première phase avait pour objectif de transmettre l’expertise technique algérienne aux futurs responsables du secteur énergétique sénégalais. Aujourd’hui, les deux pays souhaitent aller plus loin.
L’ambition est désormais de développer des partenariats industriels entre Sonatrach et Petrosen, d’échanger les expertises dans les domaines de l’exploration, des services pétroliers, de la maintenance, du raffinage et de la pétrochimie, mais également d’accompagner la montée en compétences des ressources humaines sénégalaises.
Cette évolution illustre également la nouvelle stratégie de Sonatrach sur le continent africain. Longtemps concentré sur son marché national et sur ses partenaires européens, le groupe public multiplie désormais les accords avec plusieurs compagnies nationales africaines afin d’exporter non seulement son gaz et son pétrole, mais également son expérience accumulée durant plusieurs décennies.
Pour Dakar, ce rapprochement intervient à un moment charnière de son histoire économique.
Après plusieurs années d’exploration, le Sénégal est officiellement entré dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures grâce au lancement de l’exploitation du gigantesque projet gazier offshore Grand Tortue Ahmeyim (GTA), développé conjointement avec la Mauritanie.
Ce projet figure parmi les plus importants développements gaziers du continent africain et ouvre de nouvelles perspectives pour les deux pays.
En parallèle, le Sénégal prépare également l’exploitation du champ gazier Yakaar-Teranga, appelé à jouer un rôle majeur dans l’alimentation du marché intérieur, la production d’électricité et, à terme, les exportations de gaz naturel.
Cette montée en puissance nécessite cependant une structuration rapide de toute la filière énergétique nationale.
Il ne s’agit plus seulement de produire des hydrocarbures, mais de bâtir une véritable industrie capable de créer de la valeur ajoutée localement à travers le raffinage, la pétrochimie, la maintenance industrielle, les services pétroliers, la logistique et la formation des compétences nationales. C’est précisément sur ces segments que l’expérience algérienne suscite un intérêt grandissant.
Le modèle algérien suscite l’intérêt de Dakar
Le ministre sénégalais a d’ailleurs exprimé sans ambiguïté l’intérêt de son pays pour cette expérience.
Selon le communiqué, il a fait part de « l’intérêt de son pays pour s’inspirer de l’expérience pionnière de l’Algérie, tout en soulignant la volonté du Sénégal d’élargir sa coopération avec l’Algérie dans les différents domaines de l’industrie pétrolière et gazière ».
Au-delà du seul partenariat avec le Sénégal, cette dynamique s’inscrit dans une stratégie continentale plus large portée par Sonatrach.
Ces dernières années, le groupe public a multiplié les accords avec plusieurs compagnies nationales africaines afin de partager son expertise dans les domaines de l’exploration, de la formation, des services pétroliers, du développement des infrastructures énergétiques et du renforcement des capacités techniques.
Cette approche marque une évolution importante de la diplomatie énergétique algérienne.
L’Algérie ne cherche plus uniquement à exporter ses hydrocarbures. Elle entend désormais exporter également son savoir-faire, ses compétences techniques et son expérience industrielle, devenus de véritables leviers d’influence économique sur le continent.
Comme le souligne le ministère de l’Énergie, « À travers son partenariat avec le Sénégal, l’Algérie confirme ainsi sa volonté de contribuer au développement des capacités énergétiques en s’impliquant davantage dans la coopération sud-sud. »
Pour Sonatrach, cette stratégie conforte progressivement son statut d’acteur incontournable de l’intégration énergétique du continent. Pour le Sénégal, elle offre l’opportunité d’accélérer la structuration de son jeune secteur des hydrocarbures en s’appuyant sur l’expérience d’un partenaire africain reconnu. Ensemble, les deux pays dessinent ainsi les contours d’une coopération appelée à prendre une place croissante dans le paysage énergétique africain des prochaines années.
G. Salah Eddine
