Rupture des relations diplomatiques avec les Emirats : De la retenue à la rupture, les dessous de la décision souveraine

Lors de l’émission « Edition spéciale », diffusée jeudi soir sur la chaîne de télévision AL24 News, les éditorialistes Lamine Chikhi et Fayçal Metaoui sont revenus sur les raisons ayant conduit l’Algérie à rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis. Une décision qui intervient, selon eux, après une succession d’agissements hostiles des émirats.

L’information est tombée comme un tonnerre sur la scène diplomatique internationale, mais elle n’a pas surpris ceux qui suivent le dossier depuis plusieurs mois, et surtout ceux qui connaissent les dessous des agissements des Émirats arabes unis dans la région. Dans un communiqué rendu public, jeudi matin, le ministère des Affaires étrangères a expliqué que l’Algérie avait fait preuve d’ « une grande retenue et d’un sens élevé des responsabilités », tout en appelant à plusieurs reprises les autorités émiraties à prendre en considération les conséquences de leurs agissements. Selon Alger, ces derniers ont finalement atteint « les limites de ce qui est admissible ».
Pour Lamine Chikhi, éditorialiste, cette rupture constitue avant tout l’aboutissement d’une série d’actes qu’il qualifie d’hostiles à l’égard de l’Algérie. « C’est une décision souveraine. C’est Alger qui décide », affirme-t-il, estimant que la décision a été prise après une longue période durant laquelle Alger aurait privilégié la retenue et le dialogue.
L’éditorialiste insiste sur la portée de la notion d’« acte hostile », estimant qu’il ne s’agit pas, selon lui, d’une simple formule diplomatique. «Lorsqu’on dit acte hostile, là nous ne sommes pas dans la littérature. Bien au contraire. C’est véritablement des actes hostiles », soutient-il.
Parmi les éléments qu’il met en avant figure notamment une affaire de versement présumé d’une rançon à un groupe terroriste. Lamine Chikhi estime que cette question revêt une importance particulière au regard de « la position historique de l’Algérie contre le paiement de rançons aux groupes terroristes ».
L’éditorialiste revient également sur la période ayant précédé la rupture, soulignant la patience dont auraient fait preuve les autorités algériennes. « La patience et la sagesse du président Abdelmadjid Tebboune », évoque-t-il en rappelant que l’Algérie aurait multiplié les mises en garde dans l’espoir d’un changement d’attitude de la part d’Abu Dhabi.
Selon lui, cette attente n’a pas été suivie d’un « retour à la raison, mais plutôt de nouveaux signaux hostiles». Parmi ces signaux, l’expert a cité notamment des campagnes médiatiques et l’activité d’influenceurs soutenus par les Émirats.

Une évolution régionale

Pour sa part, Fayçal Metaoui, également éditorialiste spécialiste de la question internationale, est revenu de son côté sur les termes employés par le ministère algérien des Affaires étrangères, qui évoque des agissements ayant atteint des limites « plus admissibles, plus tolérables ».
Il rappelle que le président Abdelmadjid Tebboune avait, selon lui, fait preuve de « patience, diligence », tout en mettant à plusieurs reprises en garde les dirigeants émiratis contre certaines pratiques qu’il considère comme préjudiciables à l’Algérie et à son environnement régional.
« Les Émirats arabes unis ont changé d’attitude à partir de 2020 depuis qu’il y a eu les Accords d’Abraham », estime-t-il.
L’éditorialiste souligne également l’existence de liens historiques entre l’Algérie et les Émirats, notamment dans le domaine énergétique. Il rappelle que des ingénieurs algériens ont contribué au développement de l’industrie pétrolière et gazière émiratie. « À un moment donné, ils l’ont reconnu mais après ils l’ont oublié», déplore-t-il.
À propos du Soudan, l’éditorialiste avance plusieurs accusations concernant le rôle attribué aux Émirats dans le conflit et le commerce de l’or. Metaoui affirme notamment que « les Émirats arabes unis sont accusés maintenant par des rapports internationaux d’alimenter le conflit ».
Il évoque également les positions émiraties concernant le Sahara occidental et le Somaliland, estimant que ces choix traduisent une orientation régionale qui entre en contradiction avec plusieurs constantes de la politique étrangère algérienne.
De son côté, Lamine Chikhi estime que la rupture avec Abu Dhabi s’inscrit dans une logique plus large de repositionnement régional. « C’est un résultat logique », affirme-t-il, considérant que la décision algérienne intervient après l’épuisement des différentes tentatives visant à préserver les relations bilatérales.
La rupture diplomatique apparaît ainsi comme l’aboutissement d’une dégradation progressive des rapports entre Alger et Abou Dhabi, sur fond de divergences qui dépassent désormais le seul cadre bilatéral et touchent à plusieurs dossiers régionaux.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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