
Les raccordements clandestins aux réseaux d’alimentation en eau seront bientôt dans le viseur d’un nouveau dispositif de contrôle. En visite, lundi dernier, dans la wilaya de Béchar, le ministre des Ressources hydriques, Lounès Bouzegza, a annoncé la publication, «dans les prochains jours», des textes réglementaires portant création de la police de l’eau, un corps chargé de lutter contre les forages illicites, les piquages sur les conduites publiques et toutes les formes de gaspillage des ressources hydriques.
«Les vols de l’eau représentent 30 %, 40 %, voire 50 % dans certaines wilayas et cela ne peut plus être toléré», a déclaré le ministre lors d’une séance de travail avec les responsables locaux. Il a mis en cause des raccordements illégaux réalisés par certains agriculteurs, éleveurs, mais aussi des industriels, affirmant que les auteurs de ces pratiques feront désormais l’objet de sanctions sévères.
L’annonce marque l’aboutissement d’un chantier engagé depuis le Conseil des ministres de janvier 2023. À cette occasion, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait ordonné l’activation de la police de l’eau afin de renforcer la lutte contre les forages clandestins, les prélèvements illicites, les irrigations excessives et le pompage anarchique des nappes souterraines. Plus de trois ans après cette instruction, le dispositif s’apprête à entrer en vigueur.
Préserver une ressource de plus en plus rare
Cette décision intervient dans un contexte de raréfaction croissante des ressources hydriques, aggravée par les effets du changement climatique. Située dans une région semi-aride, voire aride, l’Algérie mise désormais sur les ressources non conventionnelles, notamment le dessalement de l’eau de mer pour l’alimentation en eau potable et la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation agricole.
Ces deux filières nécessitent toutefois des investissements considérables. D’où la volonté des pouvoirs publics de mieux protéger les volumes d’eau mobilisés en réduisant les pertes, en luttant contre les usages abusifs et en éradiquant les branchements clandestins.
Il y a un mois déjà, Lounès Bouzegza avait insisté sur «la nécessité de mettre fin à l’utilisation de l’eau potable dans les activités industrielles et l’irrigation agricole», plaidant pour une réorientation des ressources vers les usages prioritaires. À Béchar, il est revenu sur les prélèvements illicites qui alimentent des consommations échappant à tout contrôle.
Moderniser la gestion de l’eau
Aujourd’hui, près de 48 % de l’eau potable distribuée en Algérie provient du dessalement de l’eau de mer, une part que les autorités ambitionnent de porter à 60 % à l’horizon 2030. En parallèle, l’agriculture et l’industrie, qui consomment respectivement plus de 70 % et 17 % des volumes stockés dans les barrages, sont appelées à recourir davantage aux eaux usées épurées afin de préserver les ressources conventionnelles.
Le gouvernement entend également moderniser la gestion du secteur grâce aux technologies numériques. Le déploiement de systèmes de télégestion et de commande à distance doit permettre de détecter rapidement les dysfonctionnements, les fuites, les interruptions de service et les anomalies liées aux branchements illicites.
Pour le ministre, ces outils constituent «un progrès qualitatif dans la gestion durable de l’eau» et une réponse concrète aux défis de la pénurie.
Des écarts révélateurs
Lounès Bouzegza avait déjà illustré l’ampleur du phénomène lors d’une visite dans la wilaya d’El-Tarf. Il avait alors souligné qu’une région dont les besoins quotidiens sont estimés à 120.000 m³ d’eau produisait pourtant 160.000 m³ par jour, un écart qu’il attribuait à d’importantes fuites, à des piquages illicites ou à la combinaison des deux. «Les deux facteurs doivent être identifiés et combattus», avait-il affirmé, estimant que la mise en place rapide de la police de l’eau constitue désormais un levier indispensable pour préserver une ressource devenue stratégique et garantir une distribution plus équitable de l’eau à l’ensemble des citoyens.
R. S.
