Elle veille sur la paix du Sahel et de l’Afrique : L’Algérie, la force tranquille

De la solidarité historique à l’action concrète, Alger affirme une même doctrine : défendre la souveraineté, combattre l’instabilité et construire la paix, sans tutelle ni agenda caché. Il y a, dans la politique africaine de l’Algérie, une continuité que les soubresauts de l’actualité ne doivent pas faire oublier.

Depuis son indépendance, le pays a fait de la solidarité avec les peuples africains, de la défense de leur souveraineté et du refus de toute forme de domination étrangère des constantes de sa diplomatie. Mais cette vocation historique connaît aujourd’hui une nouvelle intensité. Sous la présidence de M. Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a renforcé sa présence sur le continent, multiplié les initiatives diplomatiques, économiques et sécuritaires et assumé davantage son rôle de pays pivot entre le Maghreb, le Sahara et le Sahel.
Les événements de ces derniers jours en donnent une illustration concrète. Au Niger, l’Algérie vient de remettre à l’armée nigérienne un don comprenant quatre hélicoptères, des munitions, des pièces de rechange, ainsi que des équipements de maintenance et de soutien logistique. Deux MI-24V et deux MI-171 ont quitté, dimanche dernier, la base de déploiement secondaire d’In Guezzam, dans la 6e Région militaire, à destination de Niamey. L’opération, décidée sur instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’inscrit officiellement dans le renforcement de la coopération bilatérale stratégique dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Le choix des moyens fournis est révélateur d’une approche qui privilégie le renforcement des capacités de l’Etat partenaire, plutôt que la substitution à celui-ci. Il ne s’agit pas, pour l’Algérie, de faire à la place du Niger, mais de permettre à son armée de disposer de moyens supplémentaires pour défendre son territoire et lutter contre les groupes armés et les réseaux criminels qui déstabilisent le Sahel.
Le ministère de la Défense nationale a souligné, d’ailleurs, que cette opération confirme l’engagement de l’Algérie à poursuivre son soutien aux pays de la région dans les domaines de la défense et de la sécurité, de l’échange d’expertise et du soutien multiforme, avec pour objectif de contribuer, en coordination avec les partenaires concernés, à la sécurité et à la stabilité régionales.
Quelques jours auparavant, une autre opération avait illustré cette coopération sécuritaire sous un angle différent. Les services de la sécurité de l’Armée avaient procédé à la réception, le 7 août, du ressortissant allemand Ulumaskan Sinan, enlevé au Niger par un groupe criminel armé. Transféré depuis In Guezzam vers la base militaire de Boufarik, l’homme, retrouvé en bonne santé, devait ensuite être remis aux autorités allemandes. Dans ses déclarations, il a exprimé sa reconnaissance aux autorités algériennes et aux efforts déployés pour permettre son retour sain et sauf.
Deux opérations distinctes, mais une même réalité : la sécurité du Sahel ne peut être dissociée de celle de ses voisins. Pour l’Algérie, la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière n’est donc pas une affaire de circonstance. Elle relève d’une responsabilité régionale, directement liée à sa propre sécurité et à celle de l’ensemble de son environnement.

Une diplomatie qui privilégie le dialogue à la confrontation
Cette même philosophie se retrouve dans la relation avec le Mali. Après des périodes de tension et de divergences, Alger et Bamako affichent désormais leur volonté de tourner la page et de donner une nouvelle impulsion à leur coopération.
Le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, a récemment évoqué une «convergence totale de vues» entre le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, et le Président Abdelmadjid Tebboune, notamment autour de deux principes que l’Algérie défend de longue date : le respect de la souveraineté des Etats et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.
Le chef du gouvernement malien a également rappelé les liens historiques, humains et culturels qui unissent les deux peuples, ainsi que la nécessité de poursuivre la coopération entre les deux pays. Pour Bamako comme pour Alger, l’objectif affiché est celui d’une région «pacifiée, sécurisée et débarrassée du terrorisme», mais aussi d’un espace libéré des logiques de domination et d’hégémonie.
Le 9 août dernier, cette volonté de rapprochement a franchi une nouvelle étape avec l’entretien téléphonique entre les Premiers ministres algérien et malien, M. Sifi Ghrieb et le général de division Abdoulaye Maïga. Chargé par le président Tebboune de cet échange, le Premier ministre algérien a réaffirmé l’attachement des deux pays aux relations de fraternité, de solidarité et de bon voisinage. Les deux parties ont exprimé leur volonté d’insuffler une nouvelle dynamique aux relations bilatérales et de relancer la coopération dans différents domaines. Une invitation officielle a également été adressée au Premier ministre malien, pour effectuer une visite de travail en Algérie.
Surtout, les deux responsables ont réaffirmé leur volonté de faire du Sahel un espace de coopération, d’échanges et de développement commun, dans un climat de sécurité et de stabilité.
Cette démarche résume à elle seule une partie importante de la conception algérienne de la stabilité régionale : les divergences peuvent exister entre Etats voisins, mais elles ne doivent pas nécessairement conduire à la rupture. Le dialogue demeure le meilleur instrument pour préserver les intérêts communs.
C’est aussi cette approche qui explique le refus constant d’Alger de considérer le Sahel comme un simple terrain de compétition entre puissances. L’Algérie défend l’idée que les solutions aux problèmes africains doivent d’abord être recherchées par les Africains eux-mêmes, dans le respect de la souveraineté de chaque Etat.

Une vocation africaine ancienne, amplifiée sous le président Tebboune
Cette politique ne date pourtant pas d’aujourd’hui. Elle plonge ses racines dans l’histoire même de l’Algérie indépendante. Dès les premières années de l’indépendance, Alger s’est imposée comme un soutien aux mouvements de libération africains et comme l’un des porte-voix du combat anticolonial et anti-apartheid. Le soutien aux peuples encore engagés dans les luttes de libération, la défense du droit à l’autodétermination et la solidarité avec les pays nouvellement indépendants ont progressivement constitué une véritable doctrine diplomatique.
L’Algérie a, notamment joué un rôle important dans le soutien aux mouvements de libération en Afrique australe et dans la lutte contre l’apartheid. Cette histoire a façonné une conviction profonde : un continent ne peut être véritablement libre si ses peuples demeurent soumis à des formes de domination politique, économique ou militaire.
Aujourd’hui, cette philosophie ne disparaît pas ; elle change de forme. La lutte anticoloniale d’hier est devenue, pour Alger, un combat contemporain pour la souveraineté, le développement, la sécurité et une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales.
Depuis son arrivée à la tête du pays, le chef de l’Etat a donné une impulsion nouvelle à cette vocation. L’Algérie a renforcé sa présence dans les mécanismes de l’Union africaine, multiplié les initiatives économiques à l’échelle continentale et assumé une activité diplomatique accrue sur les questions de paix et de sécurité.
Le Président Tebboune a, notamment été désigné Champion de l’Union africaine pour la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent en Afrique, tandis que le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a récemment salué ses efforts dans ce domaine. L’Algérie assure, par ailleurs, depuis le 1er août 2026, la présidence tournante du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, au moment même où les défis sécuritaires demeurent particulièrement importants au Sahel.
Mais la vision portée par Alger ne se limite pas à la sécurité. Pour l’Algérie, il ne peut y avoir de paix durable sans développement. C’est dans cette perspective que le pays a soutenu des initiatives destinées à favoriser l’entrepreneuriat africain, le financement des start-up et l’intégration économique du continent. La tenue, à Alger, de la Foire commerciale intra-africaine a également illustré cette volonté de faire de l’intégration économique un instrument de stabilité et de rapprochement entre les peuples.
L’Algérie cherche ainsi à défendre l’Afrique non seulement sur son propre territoire, mais également dans les grandes enceintes internationales. Sur les questions climatiques, de paix et de sécurité, de réforme de la gouvernance mondiale ou encore de lutte contre le terrorisme, Alger plaide pour une voix africaine plus forte et davantage coordonnée.

C’est là que se trouve sans doute l’une des évolutions majeures de ces dernières années : l’Algérie ne se contente plus d’être un acteur africain par son histoire et sa géographie ; elle cherche à assumer pleinement une responsabilité continentale.
Son poids tient d’abord à sa géographie. L’Algérie est à la fois une puissance maghrébine, méditerranéenne, saharienne et africaine. Ses frontières la placent directement au contact des principales zones de tension du Sahel. Ce qui se passe au Mali, au Niger ou en Libye ne peut donc être considéré comme une question extérieure à ses intérêts.
Mais son poids tient également à son expérience. L’Algérie connaît les ravages du terrorisme, les conséquences de l’instabilité et les dangers des interventions qui ignorent les réalités locales. Elle dispose aussi d’une longue tradition de médiation et de dialogue, qui lui permet de maintenir des canaux de communication, même lorsque les relations sont difficiles.
Dans cette perspective, le rôle qu’Alger cherche à jouer n’est pas celui d’une puissance qui aspire à prendre le contrôle du Sahel. L’Algérie ne cherche pas à régner sur la région ; elle cherche à contribuer à ce qu’elle ne sombre pas.

La nuance est essentielle
Aider un pays voisin à renforcer ses capacités militaires, ce n’est pas lui dicter sa politique. Défendre sa souveraineté, ce n’est pas imposer la sienne. Défendre une solution africaine, ce n’est pas chercher à devenir le chef de l’Afrique. Et défendre ses propres intérêts sécuritaires peut, dans certaines circonstances, aller de pair avec la défense de l’intérêt collectif régional.
C’est précisément ce qui donne sa cohérence à la politique actuelle d’Alger : la sécurité de l’Algérie passe aussi par la stabilité de son voisinage ; la stabilité du voisinage passe par la souveraineté de ses Etats et la souveraineté ne peut être durable sans développement et coopération. Dans un Sahel marqué par les crises politiques, le terrorisme, les trafics et les rivalités internationales, cette approche prend une importance particulière. L’Algérie reste toujours fidèle à une ligne qui remonte aux premières années de son indépendance : soutenir les peuples africains, défendre leur droit à décider de leur avenir et privilégier la solidarité aux rapports de domination. Mais avec le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, cette vocation historique semble avoir trouvé une nouvelle traduction opérationnelle : davantage de présence diplomatique, davantage de coopération économique, davantage d’engagement dans les mécanismes africains de paix et de sécurité et, lorsque cela est nécessaire, des actions concrètes aux côtés des pays voisins.
Du Niger au Mali, du Sahel à l’Union africaine, le message d’Alger reste finalement le même : la paix ne se décrète pas de l’extérieur, la sécurité ne s’impose pas par la force et l’Afrique ne peut construire son avenir que si ses Etats disposent des moyens de défendre eux-mêmes leur souveraineté.
C’est cette conception qui explique le rôle particulier de l’Algérie dans son environnement immédiat.
Une puissance par sa taille, son histoire et ses capacités, certes, mais surtout un voisin qui entend mettre ce poids au service de la stabilité collective. Dans un Sahel où tant de puissances cherchent à peser, l’Algérie veut surtout être celle qui aide à tenir debout la région – sans tutelle, sans agenda caché et sans renoncer à une conviction vieille de plus de six décennies : la paix africaine doit d’abord être l’affaire des Africains.

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ALGER 16 DZ

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