droits de l’homme, paix et sécurité en Afrique: Appel à renforcer la coordination au sein de l’UA

Par G. Salah Eddine

L’ambassadeur d’Algérie et représentant permanent auprès de l’Union africaine (UA), Mohamed Khaled, a présidé, en sa qualité de président en exercice du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA, la réunion consultative annuelle entre le CPS et la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP). La rencontre a placé les droits humains au cœur des discussions sur la prévention des conflits et la construction d’une paix durable sur le continent.

Réunis autour de la question du rôle des droits de l’Homme dans la consolidation de la paix, les participants ont examiné les moyens de renforcer la complémentarité entre les différents mécanismes de l’Union africaine et de mieux intégrer l’approche fondée sur les droits humains dans la prévention et le règlement des conflits.
Dans son allocution d’ouverture, Mohamed Khaled a rappelé que le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales constitue l’un des fondements d’une paix, d’une sécurité et d’une stabilité durables en Afrique. Il a appelé, dans ce contexte, à approfondir la coopération entre le CPS et la CADHP et à traduire les engagements pris par les deux institutions en mesures concrètes.
L’ambassadeur a également insisté sur le rôle des organisations non gouvernementales (ONG) dans les mécanismes d’alerte précoce, la prévention des conflits, la médiation et la consolidation de la paix. Il a toutefois souligné la nécessité pour ces organisations de préserver leur crédibilité et d’éviter toute instrumentalisation au profit d’agendas politiques ou d’intérêts particuliers.
Mohamed Khaled a, en outre, appelé à améliorer le suivi de la mise en œuvre des décisions et recommandations adoptées par les différents organes délibérants de l’UA, notamment à travers la mise en place d’une matrice dédiée.
Cette approche doit permettre, selon lui, de mieux coordonner les efforts des institutions de l’Union et de favoriser une lecture commune des défis auxquels le continent est confronté.
Dans le même esprit, le président de la séance a proposé l’organisation, tous les deux ans, d’une réunion réunissant le CPS, ainsi que les commissions et organes de l’UA compétents en matière de droits de l’Homme, de gouvernance et de démocratie. L’objectif serait de renforcer la coordination entre ces mécanismes et d’assurer une plus grande cohérence de leur action.

Les droits humains comme outil de prévention
De son côté, le président de la CADHP, Idrissa Sow, a présenté le rôle de la Commission dans la promotion d’une approche intégrée des droits de l’Homme, de la paix et de la sécurité.
Il a notamment évoqué plusieurs mécanismes et programmes portant sur la justice transitionnelle, l’agenda « Femmes, paix et sécurité », la protection des personnes déplacées de force, la prévention de la torture, la protection du droit à la vie et celle des défenseurs des droits humains, ainsi que l’activation des mécanismes ad hoc de la CADHP.
Le président de la Commission a également exposé les pistes permettant de développer davantage ces mécanismes dans le cadre de la stratégie du nouveau bureau, présentée lors de la réunion.
Il a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de renforcer le système d’alerte précoce dans le domaine des droits humains afin d’améliorer les capacités de prévention et de réponse rapide face aux violations. Il a appelé à placer les droits fondamentaux au cœur des priorités de l’action africaine, à renforcer la justice et à approfondir la coopération avec le CPS, notamment à travers des missions conjointes dans les zones de conflit.

Une meilleure articulation des mécanismes de l’UA
Le Commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’UA, Bankole Adeoye, a pour sa part souligné la nécessité de renforcer la complémentarité entre les différents mécanismes de l’organisation dans les domaines des droits de l’Homme, de la paix et de la sécurité.
Il a notamment plaidé pour le développement de systèmes plus efficaces d’alerte précoce, de prévention des conflits et de réponse aux violations susceptibles de fragiliser la stabilité des États et des sociétés africaines.
Au cours des échanges, les membres du CPS ont insisté sur un principe central : les droits de l’Homme ne doivent pas être considérés comme une dimension séparée des questions de paix et de sécurité. Ils constituent, au contraire, un instrument essentiel pour prévenir les conflits, s’attaquer à leurs causes profondes, favoriser la réconciliation et consolider la paix sur le long terme.

Des recommandations pour passer aux actes
Les États membres ont notamment été invités à adopter une approche davantage coordonnée afin de rapprocher les mécanismes consacrés aux droits humains, à la gouvernance, à la paix et à la sécurité, tout en veillant au respect des principes fondamentaux de l’Acte constitutif de l’UA et de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
Les participants ont également appelé à renforcer la coopération entre le CPS et la CADHP à travers la désignation de points de contact, la mise en place d’un mécanisme d’alerte précoce consacré aux droits humains, l’assurance d’un financement durable de la Commission et la facilitation de ses missions sur le terrain.
Au terme de la réunion, l’accent a été mis sur la nécessité de disposer de mécanismes précis de suivi, d’échange d’informations et de coordination afin de transformer les décisions et les engagements en actions concrètes.
L’enjeu dépasse ainsi la seule coordination institutionnelle. Pour les participants, mieux intégrer les droits humains dans les politiques de paix et de sécurité doit permettre de renforcer la prévention des conflits, de mieux protéger les civils, de consolider la justice transitionnelle et les mécanismes de reddition de comptes et de renforcer l’État de droit.
À travers cette approche, l’Union africaine cherche à faire des droits humains non plus seulement un principe à défendre, mais un véritable instrument de prévention des conflits et un pilier de la paix et de la stabilité durables sur le continent.

ALGER 16 DZ

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