Le Premier ministre malien aujourd’hui en algérie: Alger et Bamako renouent le dialogue

Par Abir Menasria

Après plusieurs mois de tensions, Alger et Bamako semblent vouloir remettre le dialogue au centre de leurs relations. Le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, est attendu aujourd’hui à Alger pour une visite de travail à l’invitation de son homologue algérien, Sifi Ghrieb. Une visite qui pourrait marquer le début d’une nouvelle phase dans les relations entre les deux pays.


Abdoulaye Maïga doit être reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et s’entretenir avec Sifi Ghrieb. Selon Bamako, il sera également porteur d’un message du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, destiné à son homologue algérien.
Cette visite intervient quelques jours après l’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres. Un échange qui avait déjà laissé entrevoir une volonté des deux capitales de reprendre contact et de privilégier la concertation après une longue période de tensions.
Pour comprendre ce rapprochement, il faut revenir sur le principal sujet de désaccord entre Alger et Bamako : l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.
Signé en 2015, l’accord avait fait de l’Algérie le principal médiateur entre Bamako et les groupes armés du nord du pays. Son ambition était de favoriser le retour de la paix et d’ouvrir la voie à une réconciliation durable.
Mais sa mise en œuvre s’est révélée de plus en plus compliquée. La reprise des combats dans le nord du Mali, notamment autour de Kidal en 2023, a profondément creusé les divergences entre les deux pays.
Alors que les autorités maliennes ont choisi de reprendre militairement le contrôle des territoires échappant à l’État, Alger continuait de défendre une solution politique et négociée. Les contacts entretenus par les responsables algériens avec certains acteurs maliens ont alors été perçus à Bamako comme une ingérence. Le 25 janvier 2024, le Mali annonce finalement la dénonciation de l’Accord d’Alger. Pour Alger, cette décision risquait d’aggraver davantage une situation sécuritaire déjà fragile.
La rupture de l’accord marque alors un sérieux coup de froid dans les relations entre les deux voisins.
La situation se détériore encore au printemps 2025. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, l’Armée nationale populaire annonce avoir détruit un drone malien qui, selon Alger, avait pénétré dans l’espace aérien algérien. Bamako conteste cette version.
Quelques jours plus tard, le 7 avril, l’Algérie décide de fermer son espace aérien aux appareils en provenance ou à destination du Mali, invoquant des violations répétées de son territoire.
Cette fois, la crise dépasse largement le désaccord politique sur l’Accord d’Alger. Les relations diplomatiques se retrouvent directement affectées et les échanges entre les deux capitales se réduisent fortement. Pendant plusieurs mois, Alger et Bamako restent ainsi à distance dans un climat de méfiance qui semblait difficile à dépasser.

2026, les premiers signes d’apaisement
Le ton commence toutefois à changer cette année. Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens constituent les premiers gestes concrets d’un rapprochement. Après des mois de tensions, les deux pays semblent progressivement renouer avec une relation plus pragmatique.
L’entretien du 9 août entre Sifi Ghrieb et Abdoulaye Maïga vient confirmer cette évolution. L’invitation du Premier ministre malien à Alger constitue désormais une étape supplémentaire.
Le contexte pousse aussi au réalisme. L’Algérie et le Mali partagent une longue frontière, des liens historiques et humains importants, mais surtout des intérêts communs qui ne peuvent être ignorés : sécurité aux frontières, lutte contre les groupes armés, circulation des personnes, échanges économiques et stabilité de la région sahélienne.
Pour Alger, la situation au Mali touche directement à la sécurité de ses frontières méridionales. Pour Bamako, maintenir un canal de communication avec son voisin du Nord reste également important dans un environnement régional particulièrement instable.
La visite d’Abdoulaye Maïga ne signifie évidemment pas que les divergences ont disparu. L’Accord d’Alger reste un dossier sensible et les orientations prises par les autorités maliennes ces dernières années n’ont pas changé.
Mais quelque chose semble avoir évolué : les deux pays ont de nouveau choisi de se parler directement.
C’est sans doute le principal enjeu de cette visite. Il ne s’agit pas nécessairement de régler en quelques heures des différends accumulés pendant plusieurs années, mais de remettre en place un dialogue régulier et de chercher, dossier par dossier, les terrains sur lesquels une coopération reste possible. Après une période où les déclarations publiques et les tensions diplomatiques avaient pris le dessus, Alger et Bamako tentent désormais de revenir à une relation plus pragmatique.
La nouvelle séquence qui s’ouvre sera donc jugée moins sur les discours que sur les résultats : reprise des échanges, coopération sécuritaire, coordination aux frontières et, surtout, capacité des deux capitales à gérer leurs désaccords sans laisser une nouvelle crise emporter le reste de leur relation.

ALGER 16 DZ

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