Par G. Salah Eddine
À quelques semaines de l’examen par la justice espagnole de la demande d’extradition d’Ayoub Aïssiou, une nouvelle bataille se prépare autour de l’affaire. Selon l’APS, TF1 et France Télévisions s’apprêteraient à consacrer des sujets au dossier dans une nouvelle tentative d’instrumentalisation médiatique visant à peser sur le processus judiciaire.

À mesure que l’échéance judiciaire approche, le dossier Aïssiou change de terrain. Après les tribunaux, les plateaux de télévision. Après les mandats d’arrêt, les tribunes et les appels publics. Et derrière cette agitation, une question qui dépasse désormais le seul cas de cet homme d’affaires : jusqu’où certains médias français sont-ils prêts à aller pour transformer une affaire judiciaire impliquant l’Algérie en nouvelle offensive médiatique contre Alger ?
L’affaire Ayoub Aïssiou semble, en effet, entrer dans une nouvelle phase. Alors que l’homme d’affaires et ancien responsable de la chaîne El Djazairia One est détenu en Espagne, après l’exécution d’un mandat d’arrêt international émis par la justice algérienne, des voix commencent à s’élever en France pour contester son extradition vers l’Algérie.
Une mobilisation qui intervient à un moment particulièrement sensible : la justice espagnole doit prochainement examiner la demande d’extradition formulée par Alger.
Dans une dépêche intitulée « Des médias français se préparent à défendre le cas Aïssiou : une opération de propagande éculée et stérile », l’Algérie Presse Service (APS) donne le ton. Elle affirme que « la machine de propagande française se prépare à mener une nouvelle campagne subversive contre l’Algérie », en mobilisant notamment des médias français autour du cas Aïssiou.
L’agence ajoute que TF1 et France Télévisions s’apprêteraient à consacrer des sujets à cette affaire afin de défendre le détenu algérien. Une offensive qui, selon l’APS, ne serait pas sans arrière-pensée, puisqu’elle viserait à exercer une pression médiatique susceptible d’influencer la justice espagnole au moment où celle-ci doit se prononcer sur la demande d’extradition. Pour comprendre la portée de cette nouvelle séquence, il faut revenir au cœur du dossier. Ayoub Aïssiou est considéré par la justice algérienne comme un fugitif faisant l’objet de condamnations pour plusieurs chefs d’accusation, notamment le vol, la dilapidation de deniers publics, le blanchiment d’argent, le financement d’acteurs qualifiés de subversifs et la spoliation de biens de citoyens.
Son arrestation en Espagne, le 25 juillet dernier, à l’aéroport de Barcelone, est intervenue sur la base d’un mandat d’arrêt international émis par la justice algérienne. Il est depuis détenu en Espagne dans l’attente de la suite de la procédure d’extradition.
Mais pendant que la justice suit son cours, un autre front s’est ouvert, beaucoup plus bruyant : celui de la communication. En France, une vingtaine de personnalités, bien connues pour leur haine viscérale de tous ce qui est algérien, se sont mobilisées en faveur d’Aïssiou. Ces haineux de l’Algérie ont notamment adressé un appel à Emmanuel Macron et au chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez pour demander sa libération et s’opposer à son extradition vers l’Algérie.
L’initiative a rapidement dépassé le cercle de ses signataires, relayée par différents médias français et espagnols. Le dossier commence ainsi à être présenté sous un autre angle, celui des libertés, des droits humains et de la prétendue dimension politique des poursuites.
C’est précisément cette évolution qu’Alger dénonce. Dans sa dépêche, l’APS estime ainsi que cette mobilisation participe à une tentative de pression autour de la procédure espagnole.
« Par cette nouvelle opération de subversion, qui vise à influencer la justice espagnole », écrit l’agence, « la France confirme sa réputation de défenseur et de protecteur de tout acteur qui agit contre l’Algérie ».
Le message est clair : pour Alger, il ne s’agit pas simplement de journalisme ou d’un intérêt soudain pour le sort d’un justiciable. Il s’agit d’une mécanique déjà observée dans plusieurs dossiers algéro-français, où une procédure judiciaire est progressivement sortie de son cadre pour devenir un objet de confrontation politique et médiatique.
Le procédé est d’ailleurs particulièrement efficace. Il suffit de déplacer le centre de gravité du débat : les accusations disparaissent derrière le portrait de « l’opposant », la procédure judiciaire derrière celui de « la persécution » et les décisions de justice derrière une mobilisation internationale soigneusement médiatisée.
Le vieux scénario remis au goût du jour
Pour l’APS, cette séquence n’a rien d’inédit. L’agence considère que Paris réactive un «mode opératoire éculé » consistant à ouvrir ses médias à des personnalités en conflit avec Alger et à les transformer en relais d’une confrontation politique avec l’Algérie.
« En ouvrant ses médias à ces truands et criminels, la France réactive ainsi son mode opératoire éculé pour s’attaquer à l’Algérie et en faire ses proxys », écrit encore l’APS.
Une accusation qui prend place dans un contexte de relations algéro-françaises déjà marquées par de profondes tensions. Depuis plusieurs années, les dossiers judiciaires, diplomatiques et médiatiques s’entrecroisent régulièrement, donnant naissance à une véritable guerre des récits dans laquelle l’Algérie refuse désormais de laisser s’installer, sans réponse, les lectures fabriquées depuis l’autre rive de la Méditerranée.
L’affaire Aïssiou vient ainsi s’ajouter à une longue série de séquences où certains médias français se sont transformés en tribunes privilégiées pour des voix hostiles à Alger. Et le timing interpelle. Alors que la justice espagnole doit prochainement se pencher sur l’extradition, la pression médiatique s’intensifie. Des personnalités prennent position, des appels circulent et, selon l’APS, de nouveaux sujets télévisés se préparent.
Le hasard fait parfois bien les choses. Enfin, surtout lorsqu’il s’agit de télévision.
Une mobilisation qui ne date pas d’hier
Notons que, ces dernières semaines, plusieurs médias algériens ont également consacré de larges développements aux réseaux auxquels Ayoub Aïssiou serait lié.
Le quotidien El Watan a notamment évoqué, sous le titre « Connexions israéliennes et lobbies de l’ombre », de présumées connexions avec des cercles proches de l’entité sioniste et du Makhzen, ainsi que l’existence d’une mobilisation visant à empêcher son extradition vers l’Algérie. Le quotidien revient également sur son départ vers la France, en 2019, et sur les contacts qu’il aurait noués depuis avec différents réseaux d’influence en France, en Suisse, au Maroc et en Israël. D’autres titres ont adopté un ton tout aussi offensif. Le Jour d’Algérie estime qu’Aïssiou devient « le nouvel ingrédient d’une recette connue », fondée sur «un peu de polémique, beaucoup de dramatisation » pour transformer une affaire judiciaire en cause politique. El-Khabar, de son côté, s’est interrogé sur le soutien apporté à Aïssiou par certaines personnalités françaises, évoquant des « liens étroits » avec le Makhzen et des cercles pro-israéliens. Ces prises de position montrent que la bataille autour de l’affaire est déjà largement engagée. Avant même que la justice espagnole ne rende sa décision, chacun cherche à imposer son récit, à définir la victime, le coupable et le rôle de chacun.
Reste désormais à savoir jusqu’où cette nouvelle offensive pourra aller. La justice espagnole demeure seule compétente pour examiner la demande d’extradition et apprécier les éléments qui lui sont soumis. Les plateaux de télévision, les tribunes d’intellectuels et les campagnes médiatiques peuvent créer du bruit, mais ils ne devraient pas se substituer au droit.
L’APS ne cache d’ailleurs pas son scepticisme et estime que cette nouvelle tentative connaîtra le même sort que les précédentes, qualifiées d’«acharnement stérile et sans impact ».
Une chose est certaine : la justice espagnole n’est pas un plateau de télévision français.