Par G. Salah Eddine
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a affirmé samedi dernier à Alger que des actes criminels pourraient être à l’origine d’une partie des incendies ayant récemment touché plusieurs wilayas de l’est et du centre du pays, assurant que des enquêtes seront menées pour identifier les responsables, tout en refusant de parler de «conspiration ».

Les flammes ont laissé derrière elles des paysages meurtris, des familles sinistrées et une mobilisation qui s’est étendue bien au-delà des zones directement touchées. Alors que la situation semble aujourd’hui enfin stabilisée et que les blessés sont pris en charge, le président de la République a choisi de revenir sur l’une des questions les plus sensibles soulevées par cette catastrophe : l’origine des feux.
À l’issue de sa visite à l’hôpital des grands brûlés Dr Saïd-Chibane de Zéralda, où il s’est enquis de l’état de santé des blessés évacués des wilayas sinistrées, Abdelmadjid Tebboune a déclaré : « C’est effectivement une circonstance douloureuse et nous croyons au destin inéluctable de Dieu, mais il y a des actes criminels et nous enquêterons sur ceux qui en sont responsables. » Avant de préciser : « Je n’emploierai pas de termes forts, comme celui de conspiration. »
Une déclaration qui ouvre clairement la voie à des investigations sur l’origine criminelle de certains départs de feu, sans pour autant préjuger de leurs responsables ni de la nature exacte des faits qui devront être établis par les enquêtes.
Face à l’ampleur des incendies, le chef de l’État a surtout tenu à saluer la mobilisation des Algériens autour des populations touchées.
Dans un contexte marqué par les évacuations, les pertes matérielles et les interventions continues des équipes de secours, il a souligné l’élan de solidarité populaire qui s’est manifesté dans plusieurs régions du pays.
« Notre consolation réside dans l’élan de solidarité du peuple algérien, qui nous rend fiers d’appartenir à l’Algérie, n’en déplaise à certains », a-t-il déclaré.
Le président de la République a également répondu à ceux qui, selon lui, entretiennent depuis longtemps une lecture négative de la société algérienne.
« Ceux qui pensent autrement du peuple algérien se trompent et les analyses qu’ils font depuis longtemps sur l’Algérie sont également erronées », a-t-il ajouté.
L’État et l’ANP mobilisés sur tous les fronts
Le président de la République a également insisté sur les moyens déployés pour contenir les incendies et prendre en charge leurs conséquences.
« Lorsque de telles catastrophes nous frappent, nous y faisons face avec les moyens de l’Etat et du peuple. L’Armée nationale populaire (ANP) est également présente dans toutes les épreuves, tout comme la Protection civile algérienne, à l’égard de laquelle nous prendrons plusieurs décisions afin de soutenir ce corps cité en exemple à travers le monde.»
L’intervention des différents corps a été déterminante dans les opérations d’évacuation, de secours et de lutte contre les flammes. Protection civile, ANP, Gendarmerie et Sûreté nationales ont été mobilisées aux côtés des populations et des équipes locales.
Mais les conditions météorologiques ont considérablement compliqué les opérations. Revenant sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les opérations d’extinction, le président de la République a expliqué que les vents avaient favorisé la progression rapide des incendies.
« Les vents étaient très forts, ce qui a favorisé la propagation des flammes », a-t-il observé, relevant également que, sur le plan technique, « il n’existait aucun moyen, ni aérien ni terrestre, permettant de venir à bout de ces incendies ».
Une situation qui illustre la difficulté rencontrée par les équipes de secours face à des foyers multiples et à des conditions météorologiques particulièrement défavorables.
À Zéralda, la bataille se poursuit
Après le front des incendies, c’est désormais celui des soins qui mobilise les équipes médicales.
À l’hôpital des grands brûlés de Zéralda, le Président s’est enquis de l’état des blessés transférés depuis les wilayas sinistrées et a salué le niveau de prise en charge assuré par les équipes médicales.
« Auparavant, nous envoyions les cas complexes à l’étranger pour les soins, alors qu’aujourd’hui, nous sommes en mesure de les prendre en charge ici », a-t-il soutenu.
Le chef de l’État a rappelé que la réalisation de cet établissement hospitalier était directement liée à l’expérience douloureuse des incendies de 2021.
Cette période avait constitué, selon lui, «une leçon pour nous ».
Cinq ans plus tard, l’établissement se retrouve ainsi au cœur de la réponse médicale apportée aux victimes des nouveaux incendies, illustrant l’évolution des capacités nationales de prise en charge des grands brûlés.
Le président de la République a renouvelé ses remerciements aux personnels médicaux des établissements de santé des wilayas touchées, ainsi qu’aux éléments de la Protection civile, de l’ANP, de la Gendarmerie nationale et de la Sûreté nationale.
Tous, a-t-il souligné, « ont contribué à atténuer cette catastrophe ».
Il a également salué l’ensemble des personnes ayant participé à l’évacuation des blessés, qualifiant cette mobilisation générale de « leçon pour tous ceux qui critiquent l’Algérie ».
Mais au-delà des hommages, l’exécutif entend désormais tirer les enseignements de cette nouvelle crise.
Une réunion regroupant, dimanche dernier, l’ensemble des responsables concernés par la lutte contre les incendies doit permettre d’examiner les insuffisances constatées et de définir de nouvelles mesures.
À cette occasion, « des mesures seront prises qui nous permettront d’éviter de telles catastrophes à l’avenir », a annoncé le président de la République.
Entre la recherche des causes des départs de feu, la mobilisation des moyens de l’État, le renforcement de la Protection civile et l’amélioration de la prise en charge médicale, le gouvernement entend ainsi transformer cette nouvelle épreuve en retour d’expérience.
Car si les incendies ont une nouvelle fois rappelé la vulnérabilité de certaines régions face aux risques naturels et criminels, ils ont également mis en évidence une autre réalité : celle d’une mobilisation collective qui, du terrain aux hôpitaux, a permis de limiter les conséquences d’une catastrophe dont l’ampleur a été aggravée par des conditions météorologiques particulièrement difficiles.
