« Calligraphie de feu » : L’art de Saliha Khelifi entre mémoire et universalité

La galerie Frantz-Fanon de l’Office Riadh El Feth accueille, jusqu’au 30 septembre, l’exposition « Calligraphie de feu » de l’artiste-peintre Saliha Khelifi. À travers une quarantaine de tableaux, l’artiste livre une réflexion sur les valeurs humaines et les principes universels susceptibles de favoriser l’harmonie, le dialogue et la paix.

Chaque œuvre s’articule autour d’un mot ou d’une valeur – Honneur, dialogue, entente, amour, tendresse, savoir, compétence, liberté, paix ou encore pardon – présenté comme une invitation à la méditation. Une énigme accompagne les tableaux, interpellant le visiteur et l’incitant à aller au-delà de la représentation pour réfléchir au sens profond de chaque notion.

Entre spiritualité et engagement
Dans une écriture calligraphique qui lui est propre, Saliha Khelifi fait dialoguer lettres, signes et couleurs. La composition chromatique confère aux mots une dimension expressive supplémentaire, transformant la calligraphie en véritable langage pictural.
L’artiste aborde également des thèmes liés à la spiritualité et à son identité, à travers des références au Coran, à la Zakat et à l’islam. Son regard se porte aussi sur les drames qui traversent l’humanité, notamment la guerre, les épidémies et l’injustice.
Un tableau est par, ailleurs, consacré à l’Armée nationale populaire (ANP), accompagné d’un poème en arabe rendant hommage aux hommes qui consacrent leur vie à la défense de la patrie.
Au cœur de cette démarche figure le dialogue, que l’artiste considère comme un moyen essentiel de lutter contre « les ténèbres de l’obscurantisme intellectuel » et de favoriser la compréhension entre les peuples. Pour elle, dépasser les préjugés, les divisions et les incompréhensions permet de construire un monde fondé sur l’ouverture et le respect de l’autre.

Le dialogue comme chemin vers la paix
Cette conception de l’art se veut résolument tournée vers le rapprochement. Saliha Khelifi entend ainsi bâtir, au-delà des frontières et des différences culturelles, des « ponts d’harmonie, de solidarité et de compassion », mais également de justice, de sécurité et d’amour.
Face aux crises et aux conflits qui traversent le monde, le dialogue apparaît, dans son œuvre, comme un chemin vers la paix. Il invite à écouter, comprendre et reconnaître l’autre dans sa dignité et ses différences. L’art devient ainsi un espace de rencontre, de transmission et d’espoir.
Originaire de Béjaïa, Saliha Khelifi développe depuis plusieurs décennies une œuvre à la croisée de la peinture, de la calligraphie, de la poésie, de la musique et du patrimoine. Après des débuts dans l’enseignement de la langue arabe, elle s’oriente progressivement vers les arts plastiques. Diplômée en enseignement des arts plastiques en 1988, elle poursuit également une activité pédagogique, plaçant la transmission au cœur de son parcours.

Le Tifinagh au cœur de son langage pictural
Sa pratique artistique, amorcée dès 1987, s’appuie sur différentes techniques, notamment la peinture à l’huile, l’aquarelle et la gouache. Au fil des années, l’artiste développe une écriture picturale singulière fondée sur les lettres et les signes, auxquels elle confère une forte portée symbolique.
Sa « calligraphie de feu », qui associe caractères arabes et latins à des formes évoquant les flammes, traduit à la fois la souffrance humaine et l’aspiration à la paix. Le patrimoine amazigh, notamment le Tifinagh, constitue également une source majeure d’inspiration. Ces signes anciens sont réinterprétés dans un langage contemporain qui participe à la valorisation de la mémoire culturelle algérienne.
La musique occupe enfin une place importante dans ses recherches. En explorant le rapport entre son et couleur, Khelifi cherche à traduire les émotions musicales en rythmes, mouvements et sensations picturales.
Présentée en Algérie comme à l’étranger, notamment en France, en Espagne, en Tunisie, au Canada, en Tchéquie et en Arabie saoudite, son œuvre se situe ainsi au croisement de l’héritage et de la modernité. Chez Saliha Khelifi, la lettre devient image, la couleur devient émotion et le signe se transforme en espace de dialogue, de transmission et d’espoir.
R. C.

ALGER 16 DZ

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