
Une alerte sur tous les téléphones, au même moment, dans une zone menacée. C’est le principe du nouveau dispositif que l’Algérie s’apprête à mettre en place pour mieux prévenir les populations en cas de catastrophe ou de risque majeur. Annoncé dans un communiqué, publié lundi dernier par le ministère de la Poste et des Télécommunications, ce «système d’alerte» sera créé afin de transmettre des messages et consignes de sécurité «ciblées» en cas de catastrophe ou de risque majeur. Un nouvel outil de prévention qui sera mis en place «dans les plus brefs délais», selon le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki.
La décision est intervenue après une «réunion d’orientation» tenue avec les différents acteurs du secteur des communications, fixe et mobile. Au-delà de la mise en place de ce dispositif, les opérateurs sont appelés à renforcer leurs capacités d’intervention afin de garantir la continuité des communications en période de crise.
Le dispositif envisagé reposera sur la technologie «Cell Broadcast». Son principe est simple : permettre l’envoi simultané d’un message à l’ensemble des téléphones présents dans une zone géographique déterminée, sans distinction d’opérateur.
Contrairement à un simple SMS, ce système permet ainsi de cibler une zone exposée à un danger et d’y diffuser rapidement des consignes de sécurité. Il peut notamment être utilisé pour prévenir les populations face à un «risque imminent» lié à une catastrophe naturelle ou industrielle.
Le ministre a demandé aux trois opérateurs de téléphonie mobile de s’accorder «dans les plus brefs délais» sur les modalités de création de ce système. L’objectif affiché est de doter l’Algérie d’un outil capable de faire parvenir rapidement l’information aux citoyens directement concernés.
Le communiqué du ministère précise que sa mise en service permettra de disposer d’un «système d’alerte précoce capable de transmettre des notifications urgentes aux citoyens des zones touchées», notamment en cas de «catastrophes et de risques majeurs».
Une évolution importante dans la gestion des situations d’urgence, alors que quelques minutes peuvent parfois faire la différence entre une évacuation ordonnée et une intervention dans l’urgence.
Préparer les réseaux à résister aux crises
La réunion n’a toutefois pas porté uniquement sur l’alerte des populations. Elle a également été consacrée à la capacité des réseaux de télécommunications à continuer de fonctionner lorsque survient une situation exceptionnelle.
Le ministère a ainsi «insisté sur plusieurs points», notamment sur la nécessité pour les opérateurs de téléphonie mobile de constituer des «stocks de réserve» de stations mobiles. Ces équipements doivent permettre de remplacer ou de renforcer rapidement les installations affectées. Les opérateurs devront également garantir la disponibilité des moyens de soutien technique «permettant des interventions rapides en cas de besoin». Autre chantier évoqué : la mise en place d’un «système d’information unifié». Celui-ci doit permettre de suivre l’étendue des éventuels dégâts, de faciliter le rétablissement des réseaux et, surtout, d’améliorer la coordination entre les différents intervenants lors des opérations d’urgence.
L’enjeu est donc double : prévenir les citoyens avant que le danger ne survienne, mais aussi maintenir les moyens de communication lorsque la crise est déjà là.
Près de 56 millions d’abonnés
Le choix du réseau mobile comme support de ce futur système d’alerte s’explique également par sa très large couverture de la population.
Les dernières données de l’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE) font état de 55.941.086 «abonnés actifs» à la fin de l’année 2025. Une diffusion qui fait du téléphone mobile l’un des moyens les plus directs pour atteindre rapidement une grande partie de la population.
Le réseau continue, par ailleurs, de s’étendre. Le ministre Sid Ali Zerrouki avait indiqué, le 16 mai dernier, qu’un important effort était engagé pour généraliser la couverture. «Il s’agira d’arriver à une couverture optimale», à travers un service «global», notamment grâce à l’installation d’antennes relais dans les régions les moins peuplées.
Après avoir achevé l’équipement de 1.400 régions comptant plus de 2.000 habitants, le secteur travaille désormais sur un programme qui «concerne 3.000 régions faiblement peuplées», de moins de 2.000 habitants. Cette extension revêt une importance particulière pour les situations d’urgence. Un système d’alerte national ne peut être réellement efficace que s’il peut atteindre les populations, y compris dans les zones les plus éloignées et les moins densément peuplées.
Passer de la réaction à l’anticipation
À travers ce nouveau dispositif, les autorités veulent ainsi renforcer une approche fondée davantage sur l’anticipation que sur la seule réaction après la catastrophe.
Le ministre a ainsi «souligné que les interventions après la survenue des crises sont importantes mais pas suffisantes». L’objectif est désormais de s’appuyer sur des stratégies reposant «sur des protocoles fondés sur la préparation, la coordination et l’intervention rapide, afin d’assurer la continuité des services, des infrastructures et protéger la vie des citoyens». La mise en place du «Cell Broadcast» s’inscrit dans cette logique. En permettant de transmettre une alerte directement aux téléphones situés dans une zone donnée, l’Algérie cherche à ajouter un nouvel outil à son dispositif de prévention des risques majeurs.
La prochaine étape sera de concrétiser rapidement ce mécanisme et de l’intégrer à une organisation plus large, capable de faire de l’alerte, de la coordination et de la continuité des communications trois maillons d’une même chaîne de protection des populations.
G. Salah Eddine
