
Longtemps négligée, la restauration cinématographique fait pour la première fois son apparition en Algérie dans le cadre des Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB). Du 26 septembre au 1er octobre 2026, un séminaire consacré à cette discipline réunira, à la Maison de la culture de Béjaïa, étudiants et professionnels autour d’un même enjeu : préserver et transmettre les œuvres du patrimoine cinématographique.
Coordonné par les RCB et l’Archive Circulation Initiative (ACI), en collaboration avec le Národní filmový archiv, les Archives nationales du film de la République tchèque, l’atelier se tiendra parallèlement à la 21e édition des Rencontres cinématographiques, aux mêmes dates que cette formation de cinq jours.
Un appel à candidatures a été lancé et restera ouvert jusqu’au 19 septembre. Seize places sont prévues, avec une sélection effectuée au moment du dépôt des candidatures et non pendant l’atelier. Quatre spécialisations sont proposées : restauration de l’image, étalonnage, restauration sonore et restauration de la pellicule.
Le programme couvre les principales étapes de la restauration, depuis l’inspection et la réparation de la pellicule jusqu’au traitement numérique de l’image et du son. La formation repose notamment sur un principe essentiel : la restauration d’un film ne commence pas devant un logiciel. Elle nécessite d’abord une connaissance approfondie du matériau étudié, une compréhension des transformations qu’il a subies au fil du temps et une évaluation précise de ce qui peut être corrigé sans altérer les spécificités de l’œuvre. Les participants seront ainsi amenés à examiner différents supports, notamment les négatifs, positifs et inversibles, ainsi que les principales dégradations auxquelles ils sont exposés : rayures, taches, dominantes chromatiques, décoloration ou encore perte de contraste. L’objectif est de mieux appréhender les techniques de restauration et les difficultés qui les accompagnent, tout en développant une connaissance plus fine du comportement des matériaux filmiques.
Une approche qui rappelle que la restauration ne relève pas uniquement d’un savoir-faire technique. Elle implique également une succession de choix susceptibles d’influencer l’intégrité d’une œuvre. Entre la sauvegarde d’un document dans les archives et le film finalement présenté au public, chaque intervention peut contribuer à la manière dont une œuvre ancienne retrouve sa visibilité.
Après une première journée introductive consacrée notamment à l’éthique de la restauration et aux différents formats cinématographiques, les participants poursuivront leur formation à travers des travaux pratiques dans la spécialisation choisie.
La clôture de l’atelier devrait également être consacrée à la restauration d’un film appartenant au patrimoine cinématographique algérien. Une étape qui donnera une dimension particulièrement concrète à la formation, en confrontant directement les participants aux difficultés liées à la manipulation et à la préservation d’un matériau patrimonial.
Au-delà de l’apprentissage technique, les initiateurs inscrivent ce programme dans une démarche plus large de préservation de la mémoire, de conservation des archives et de transmission des savoir-faire liés à l’image analogique. L’objectif est notamment, selon l’appel à candidatures, de «sensibiliser les professionnels et les étudiants aux métiers de la conservation du patrimoine audiovisuel». L’enjeu est double : préserver des archives cinématographiques menacées par la détérioration des supports, tout en favorisant l’émergence de compétences locales capables d’assurer, à terme, leur conservation et leur restauration. Par ailleurs, l’affiche officielle de la 21e édition des RCB, événement créé et organisé par l’association Project’Heurts, a récemment été dévoilée. Conçue par Athmane Imloul et directement inspirée de l’histoire du cinéma algérien, elle reprend une image tirée du court-métrage Yasmina, réalisé en 1961 par Djamel Eddine Chanderli et Mohamed Lakhdar-Hamina.
L’affiche associe cette œuvre à une représentation graphique inspirée de la célèbre revue Les deux écrans, publication emblématique de l’histoire de la critique et de la réflexion cinématographiques en Algérie.
Une manière, en somme, de placer cette nouvelle édition des RCB sous le signe d’un cinéma qui ne se contente pas de produire des images, mais cherche aussi à préserver celles qui ont façonné sa mémoire.
Abir Menasria
