
À quelques jours des élections législatives prévues le 23 septembre au Maroc, les partis politiques peinent toujours à convaincre une partie de la jeunesse. Un an après les importantes mobilisations de jeunes qui avaient exprimé leur mécontentement face à la dégradation des services publics, au chômage et au manque de perspectives, la défiance à l’égard de la classe politique reste forte.
Selon plusieurs sources et témoignages rapportés par la presse, l’un des principaux défis des formations politiques consiste désormais à renouer avec un électorat jeune qui se montre sceptique quant à la capacité du scrutin à produire des changements concrets.
Dans ce contexte, un article publié lundi dernier par le site britannique Middle East Eye, sous le titre « Mon vote compte-t-il vraiment ? », met en lumière les interrogations d’une partie de la jeunesse marocaine à l’approche du scrutin. Le média décrit une génération tiraillée entre l’espoir de voir évoluer sa situation et une méfiance persistante envers les partis et les institutions.
La question dépasse ainsi la seule participation aux urnes. Pour de nombreux jeunes, l’enjeu est également de savoir si l’alternance entre formations politiques peut réellement se traduire par des réponses aux difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien.
Cette défiance ne signifie toutefois pas nécessairement un désintérêt de la jeunesse marocaine. Les mobilisations de septembre et octobre 2025, largement portées par de jeunes Marocains, avaient justement montré la capacité de cette génération à se mobiliser autour de revendications liées à la santé, à l’éducation, à la justice sociale et à la lutte contre la corruption.
Un an plus tard, la difficulté réside dans le passage de la mobilisation sociale à la participation électorale. Comme le souligne Middle East Eye, une partie de cette jeunesse continue de réclamer des réponses concrètes tout en s’interrogeant sur l’efficacité du vote comme moyen d’obtenir ces changements.
Cette interrogation prend également une dimension économique. Le chômage des jeunes demeure particulièrement élevé au Maroc, tandis que les questions liées au pouvoir d’achat, au logement et à l’accès aux services publics occupent une place importante dans la campagne électorale. Reuters rapporte ainsi que les principaux partis cherchent à attirer les jeunes électeurs en mettant notamment en avant l’emploi et le logement.
À cette frustration s’est ajoutée, durant l’été 2026, la tentative massive de milliers de Marocains, dont une forte proportion de jeunes, de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Plusieurs analyses ont établi un lien entre cet épisode et les difficultés économiques.
Dans ce climat, les formations politiques se retrouvent confrontées à une équation délicate : convaincre une génération qui ne semble pas avoir renoncé à ses revendications, mais qui demeure sceptique quant à la capacité des institutions électives à y répondre.
À l’approche du vote, la question « mon vote compte-t-il vraiment ? » résume ainsi une in- terrogation plus large sur le rapport entre une jeunesse fortement mobilisée et un système politique éloigné de ses préoccupations.
Abir Menasria
