Dans un contexte marqué par des tensions croissantes et des conflits géopolitiques complexes, les récents actes de violences ont eu des conséquences géopolitiques majeures. Le consulat d’Iran à Damas a été la cible d’une attaque revendiquée par l’état sioniste. Cette escalade de l’hostilité a conduit l’Iran à riposter de manière décisive en lançant plusieurs missiles en direction de l’Etat sioniste. Cette attaque a accentué les tensions dans une région déjà instable, où la paix est plus que jamais une nécessité.
Pour comprendre les ramifications de ces actions, les implications pour la région, le rôle de l’Algérie et plus encore, La rédaction de Alger16 a pris attache Akram Kharief, chercheur et spécialiste en défense et sécurité. Dans cet entretien, M. Kharief apporte son expertise pour éclairer les causes profondes de l’attaque et de la riposte et les leçons à tirer de ces événements.

Entretien réalisé par G. Salah Eddine
L’Iran et l’Etat sioniste ont engagé des hostilités qui peuent déborder à tout instant. L’Etat sioniste s’est investi dans des actes terroristes massifs ces derniers mois, des actes longuement critiqué par la République islamique. Mais l’attaque sioniste sur le consulat d’Iran à Damas est-elle vraiment la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?
Oui. L’attaque sioniste sur le consulat iranien a résulté en l’assassinat de Mohamed Raza Zahidi, le grand patron de la Force Qods des Gardiens de la révolution. C’est ce qui a été le déclencheur de cette riposte. On peut également revenir sur l’assassinat de Qassem Soleimani, les Iraniens n’ont pas été capables de riposter de manière vigoureuse. Cette fois, ils ont réussi.
Ils ont réussi ?
Oui, ils ont réussi le pari de riposter de manière limitée, avec des moyens limités qui peuvent éviter une escalade plus grande.
Donc l’attaque sioniste sur le consulat iranien à Damas était le déclencheurs. Mais quels pourraient être les motifs derrière l’attaque ?
Le motif est clair. L’attaque visait a décapiter la Force Qods qui s’occupe des opérations extérieures pour le compte des Gardiens de la révolution. En procédant à cette attaque, les sionistes ont éliminé le chef et son adjoint de la Force Qods. C’est semblable à ce qu’ont fait les États-Unis en 2020 en éliminant Soleimani. Ils ont assumé cet objectif car ils considèrent que les Gardiens de la révolution sont une entité “non militaire” proche du terrorisme.
Après l’assassinat de Soleimani, la République islamique avait promis une riposte “violente”. Cependant, cette riposte avait été calculée, elle a consisté à lancer des drones sur les bases militaires américaines en Irak. Cette fois, des centaines de drones et des dizaines de missiles –certes relativement lents et pouvant être interceptés – qui ont été déployés. Est-ce un moyen pour l’Iran de prouver qu’elle peut et n’hésitera pas à répondre d’une manière plus ferme et féroce à toute nouvelle provocation ?
Oui, les missiles ont atteint leurs cibles. L’Iran a prouvé qu’il avait les capacités militaires d’atteindre des cibles en temps voulu sur les territoires ennemis, et ce, sans grande difficulté, en saturant la défense aérienne sioniste avec des centaines de drones et des dizaines de missiles de croisière, qui sont parvenus à atteindre les cibles fixées au départ, qui sont les deux bases d’où avaient décollé les avions qui ont mené le raid contre le consulat d’Iran à Damas.
Il y a une véritable escalade, militaire cette fois. L’Iran a pleinement démontré qu’elle a les moyens technologiques de frapper les sionistes. La prochaine fois, ce sera à une échelle plus grande et d’une manière radicalement différente.
La prochaine fois ? L’Iran a indiqué que cette intervention met un terme aux volontés de riposte militaire. Pensez-vous qu’on pourrait revoir des attaques et des ripostes similaires des deux camps ?
Oui la prochaine fois, dans l’éventualité d’une “guerre” ou dans le cas d’autres attaques sionistes. Cette riposte est certes terminée, mais cela ne veut pas pour autant dire que les deux parties ne se préparent pas à une possible guerre.
Selon vous, quels impacts ont eu ces attaques et les dernières opérations militaires sionistes sur la perception de la sécurité régionale et internationale ?
Les sionistes se voient maintenant obligés de s’armer davantage et de se trouver des alliés dans la région. De toutes les façons, après l’effondrement du mythe tactique de l’armée sioniste le 7 octobre 2023, aujourd’hui, les sionistes doivent tout revoir dans leur système de défense, ce qui implique un très gros investissement à un moment ou l’économie de leur pays est en panne depuis 6 mois et risque de l’être encore plus. Ils sont de plus en plus isolés. Les opinons publiques qui étaient favorables au rapprochement avec les sionistes dans les pays arabes le sont de moins en moins après la crise de Ghaza. Les pays arabes qui ont assumé ce rapprochement, leurs autorités et leurs gouvernements sont de moins en moins capables d’assumer une escalade.
Il est très difficile, voire impossible, pour les sionistes de revenir à leur état de santé politique d’avant 2023.
L’Iran s’en sortira-t-il indemne ? Des sanctions occidentales sont elles à craindre après cette riposte militaire ?
L’Iran est un pays qui en 40 ans, a appris à contourner ces sanctions et à vivre avec. Dans le cas de la Russie, les sanctions ont de moins en moins de signification dans un monde qui devient multipolaire, où les débouchés économiques ne passent plus par le dollar et une hégémonie américaine ou occidentale. Désormais, on se retrouve face à un renforcement asiatique de plus en plus visible, la Russie devenant non-plus un pays euro-asiatique mais un pays quasiment orienté à 100% vers l’Asie. Pour l’Iran c’est pareil, le pays peut se passer aujourd’hui du pole occidentale pour continuer à vivre.
Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette situation en ce qui concerne la nécessité d’un dialogue, d’une coopération régionale et d’une diplomatie efficace pour prévenir les conflits, rétablir la justice et promouvoir la paix dans la région ?
Ce qui est clair, c’est qu’aujourd’hui l’entité sioniste est dangereusement menacée, aussi bien sur son front intérieur ou extérieur.
La leçon qu’on peut retenir c’est que la guerre étant un autre moyen d’appliquer la politique, cela reste toujours d’actualité dans la région et cela va justifier l’escalade dans les dépenses militaires dans les dix à vingt prochaines années.
