Sid Ahmed Agoumi n’est plus : Soixante ans sous les projecteurs… une étoile s’éteint

L’un des piliers de la scène artistique algérienne s’est éteint. L’artiste renommé Ahmed Meziane, connu sous le nom de Sid Ahmed Agoumi, est décédé dans la matinée d’hier à l’âge de 86 ans, laissant derrière lui une œuvre qui s’étend sur plus de six décennies et traverse le théâtre, le cinéma et la télévision, de la comédie au drame.

Né à Alger en 1940, Sid Ahmed Agoumi a commencé son parcours artistique dans les années 1960, au lendemain de l’indépendance, alors que l’Algérie construisait ses nouvelles institutions culturelles et faisait émerger une génération d’artistes appelée à façonner durablement sa scène nationale.
Le théâtre devient rapidement son territoire de prédilection. Une vocation qui, chez lui, remontait à l’enfance. Dans un message publié à l’occasion de la Journée arabe du théâtre, en 2019, l’artiste racontait que son rêve était né dès l’âge de six ans et que son ambition était de n’être « rien d’autre qu’un acteur de théâtre ». Il y décrivait la scène comme l’espace où se rencontraient ses questionnements, sa rébellion et son humanité. Cette relation avec le théâtre dépassait ainsi le cadre d’une carrière. Elle constituait une véritable manière d’être, un espace de création et de réflexion auquel l’artiste est resté fidèle tout au long de sa vie.

Une figure majeure du théâtre algérien
Sur les planches, Sid Ahmed Agoumi aura contribué à écrire plusieurs pages de l’histoire du théâtre algérien. Son parcours compte des dizaines de productions parmi lesquelles Les fils de la Casbah, Une rose rouge pour moi, Le cadavre encerclé, La vie est un songe, Les vieillards, Hassan Terro, La femme rebelle, Anbessa, Le vent, La rougeur de l’aube et L’homme aux sandales de caoutchouc.
Au fil des années, l’acteur s’est imposé par une présence scénique singulière, un charisme reconnu et une capacité à donner aux personnages une profondeur qui dépassait le simple exercice du jeu. Son parcours lui a permis de côtoyer plusieurs générations d’artistes et de participer à l’évolution du théâtre algérien.
Son engagement ne s’est d’ailleurs pas limité à la scène. Agoumi a également occupé plusieurs responsabilités dans le secteur culturel. Il a dirigé la Maison de la culture et le Théâtre de Tizi Ouzou, ainsi que les Maisons de la culture d’Annaba et de Constantine, en 1974-1975, avant d’être nommé directeur du Théâtre national algérien.
Cette expérience institutionnelle a prolongé son engagement artistique et culturel, tandis que son parcours professionnel s’est progressivement ouvert au Maghreb et à l’Europe.

Du théâtre au cinéma, sans perdre la scène de vue
Si le théâtre est resté au cœur de son identité artistique, Sid Ahmed Agoumi a également construit une carrière importante au cinéma et à la télévision.
Son parcours cinématographique comprend, entre autres, Z, Al-Masar, Al-Thaeroun, Al-Tahouna, Kahla wa Bayda, Mauritania, Ala Al-Janb Al-Akhar min Al-Bahr et Kan Ya Ma Kan fi Wad.
À la télévision, il s’est également illustré dans plusieurs productions populaires, notamment Il était une fois dans l’oued, Al-Rais Qorso et Ashour Al-Aasher, qui restera sa dernière œuvre. Selon sa biographie officielle au Théâtre régional d’Annaba, son répertoire compte plus de 50 œuvres, témoignant d’une carrière particulièrement dense et d’une remarquable longévité artistique.

Un artiste qui a marqué plusieurs générations
La disparition de Sid Ahmed Agoumi suscite également de nombreux hommages dans le monde du théâtre et de la culture. Universitaires, critiques et professionnels s’accordent à souligner l’ampleur de son parcours et son influence sur plusieurs générations d’artistes. L’universitaire et critique de théâtre Hamid Allaoui le décrit comme « une figure artistique majeure qui a fait rayonner l’Algérie sur les scènes nationale et internationale », tout en saluant un « artiste complet » ayant réuni les expériences du théâtre, du cinéma et de la télévision. Il rappelle également qu’Agoumi figurait parmi les premiers diplômés de l’École nationale supérieure de théâtre d’Algérie. De son côté, le critique de théâtre Bouziane Benachour souligne son appartenance à la seconde génération du mouvement théâtral algérien, ainsi que son éloquence en arabe comme en français et sa capacité à transmettre, à travers ses rôles, des messages artistiques d’une grande profondeur. L’universitaire et chercheur en théâtre Abdelhalim Bouchraki voyait en lui «une figure emblématique de la vie culturelle algérienne », mettant en avant l’étendue de son parcours, sa contribution au théâtre algérien et sa capacité à évoluer entre différents genres artistiques.
Khadija Boumslouk, professeure d’arts à l’Université de Mostaganem, comparait, quant à elle, Agoumi à certains grands acteurs hollywoodiens, en référence à sa personnalité artistique et à son approche des rôles, estimant que ses six décennies de carrière suffisaient à le placer parmi les grandes figures artistiques nationales et internationales. D’autres professionnels du théâtre et du cinéma, à l’image de Lotfi Ben Sebaa, Jalal Draoui et Lydia Larini, ont également salué en lui « une icône du théâtre, du cinéma et de la télévision » et « un artiste complet et exemplaire ». Son parcours, marqué par des collaborations avec différentes générations de metteurs en scène et d’acteurs, a contribué à inscrire durablement son nom dans le patrimoine artistique algérien. À travers ces témoignages se dessine le portrait d’un artiste dont l’influence ne se mesure pas uniquement au nombre de rôles interprétés ou de productions auxquelles il a participé. Sid Ahmed Agoumi aura traversé plusieurs périodes de l’histoire culturelle algérienne, accompagnant les transformations de la scène artistique, tout en restant profondément attaché au théâtre. La scène se vide aujourd’hui de l’une de ses grandes icônes.
Abir Menasria

——————————

La ministre de la culture présente ses condoléances

La ministre de la Culture et des Arts, Mme Malika Bendouda, a présenté, hier, ses condoléances suite au décès d’Ahmed Meziane, connu sous le nom de Sid Ahmed Agoumi. « C’est avec une profonde tristesse et une grande émotion que la ministre de la Culture et des Arts, Mme Malika Bendouda, a appris la disparition du grand artiste Ahmed Meziane, connu sous le nom artistique de Sid Ahmed Agoumi, l’une des figures emblématiques du théâtre et du cinéma algériens, dont la carrière artistique s’est étendue sur plus de six décennies », indique un communiqué du ministère.
« Tout au long de cette longue carrière, il est resté fidèle à son art, présent dans des étapes marquantes de la création algérienne et contribuant à l’enrichissement de la scène culturelle et artistique nationale », ajoute la même source.
« A vec sa disparition, l’Algérie perd l’un de ses créateurs qui ont porté l’art comme une responsabilité et un message, laissant sur les planches et à l’écran une empreinte qui dépasse les rôles pour s’inscrire dans la mémoire de générations entières», souligne également le communiqué. « Le nom de Sid Ahmed Agoumi restera présent dans l’histoire de l’art algérien à travers les œuvres et les rôles qu’il a interprétés, qui ont contribué à enrichir la mémoire artistique nationale et à consolider la place du théâtre et du cinéma dans le cœur des Algériens », poursuit-il.
« En cette douloureuse circonstance, Mme la ministre présente ses sincères condoléances et exprime sa profonde compassion à la famille et aux proches du défunt, à ses collègues et admirateurs, ainsi qu’à l’ensemble de la famille artistique et culturelle algérienne, priant Dieu Tout-Puissant d’accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde, de l’accueillir dans Son Vaste Paradis et d’accorder à sa famille et à ses proches patience et réconfort », conclut la même source.

ALGER 16 DZ

Next Post

Élections locales : L’ANIE accélère les préparatifs et rappelle les exigences de neutralité

dim Sep 20 , 2026
À Oran, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Saad Arous, a réuni samedi dernier les coordinateurs locaux de 17 wilayas de l’Ouest et du Sud-Ouest dans le cadre des préparatifs des élections des membres des Assemblées populaires communales et de wilaya, prévues le 28 novembre prochain. À […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37