Selon une étude de l’UE : L’Algérie, un acteur diplomatique clé

Abdelmadjid Tebboune, président de la République, et Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, lors du 38e Sommet du Conseil africain de paix et de sécurité dans la région MENA, février 2025. (photo archives)

L’Algérie s’impose comme l’un des principaux carrefours diplomatiques d’Afrique. Une étude de l’EUISS, publiée le 17 septembre 2026, la classe parmi les six pays du continent où sont présents les 15 acteurs internationaux étudiés. Un constat qui en dit long sur l’attractivité diplomatique d’Alger et sur la place qu’elle occupe dans le nouveau jeu de puissances qui se dessine en Afrique.

La carte diplomatique africaine est en pleine recomposition. Et dans ce paysage où les grandes puissances multiplient les partenariats, les visites officielles et les initiatives, l’Algérie apparaît comme l’un des principaux points de convergence des acteurs internationaux présents sur le continent.
C’est l’un des enseignements de cette étude publiée de l’EUISS, sous le titre « Levers of influence – Africa : Diplomatic power ». L’institut européen s’est intéressé à la manière dont les puissances extérieures exercent leur influence en Afrique, en s’appuyant sur plusieurs indicateurs : présence diplomatique, visites politiques de haut niveau, partenariats officiels, sommets internationaux et comportements de vote à l’Assemblée générale des Nations unies.
Dans cette cartographie, l’Algérie occupe une place particulièrement significative. Elle figure, aux côtés de l’Égypte, de l’Éthiopie, du Kenya, du Sénégal et de la Tunisie, parmi les six pays africains qui accueillent les quinze acteurs internationaux étudiés par l’EUISS.
Ces acteurs comprennent notamment l’Union européenne, la Chine, les États-Unis, la Russie, la Turquie, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite et l’Iran. La présence simultanée de ces différentes puissances ne constitue pas, à elle seule, une mesure absolue de l’influence d’un pays. Elle montre toutefois que l’Algérie se situe sur une importante ligne de rencontre entre plusieurs réseaux diplomatiques qui cherchent à maintenir ou à développer leur présence en Afrique.
L’intérêt de l’étude réside précisément dans cette approche. L’EUISS ne réduit pas la puissance diplomatique au nombre d’ambassades ou au poids économique. Il observe également les déplacements des dirigeants, les accords conclus, les cadres de coopération et les grandes rencontres internationales. Autrement dit, il s’agit de mesurer la densité des relations plutôt que de s’arrêter à un seul indicateur.

Alger, un point de rencontre

Cette position prend une dimension particulière lorsqu’elle est replacée dans la géographie de l’Algérie.
À la fois nord-africaine, méditerranéenne et sahélienne, l’Algérie se trouve au croisement de plusieurs espaces stratégiques. Elle entretient des relations avec les pays du Maghreb, joue un rôle dans les équilibres méditerranéens et conserve des liens étroits avec plusieurs pays africains, notamment ceux du Sahel.
Cette situation géographique contribue à faire d’Alger un interlocuteur recherché par des puissances qui souhaitent développer leur présence sur le continent. L’EUISS relève ainsi que l’importance de l’Algérie ne tient pas uniquement au nombre de représentations étrangères présentes sur son territoire, mais aussi à sa place dans la compétition diplomatique et politique qui s’intensifie en Afrique.
Le phénomène est particulièrement visible dans les échanges de haut niveau. Selon les données reprises dans l’étude, la Turquie a effectué sept visites de haut niveau en Algérie, ce qui place Alger parmi les destinations importantes de la diplomatie turque sur le continent africain.
L’étude permet également de mesurer le poids particulier de l’Afrique du Nord dans les relations diplomatiques internationales avec le continent. La région a concentré 45,7 % des visites de haut niveau recensées en Afrique, confirmant son rôle de carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
Dans le cas algérien, cette activité s’est traduite par une succession de contacts avec des responsables européens, africains et autres partenaires internationaux. La dynamique comprend notamment les échanges avec l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, ainsi que les relations développées avec les pays du Sahel.
Cette circulation diplomatique traduit aussi la diversité des intérêts qui convergent vers Alger. L’Algérie n’est pas seulement sollicitée sur les questions liées à son voisinage immédiat. Son rôle énergétique, ses positions sur les questions de sécurité régionale, ses relations avec les pays africains et son appartenance à plusieurs cadres multilatéraux lui donnent une capacité d’interaction avec des interlocuteurs issus d’horizons très différents.

L’Afrique, terrain de la compétition diplomatique

L’autre enseignement majeur de l’étude est l’élargissement du nombre d’acteurs engagés en Afrique.
La compétition diplomatique sur le continent ne se limite plus aux relations traditionnelles entre l’Afrique et les puissances européennes ou les États-Unis. La Chine, la Turquie, la Russie, les pays du Golfe, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud développent eux aussi leurs propres réseaux et multiplient les initiatives.
La Chine dispose ainsi du réseau diplomatique le plus étendu, avec 53 ambassades dans les 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. L’Union européenne compte 50 représentations, tandis que les États-Unis disposent de 49.
Mais l’ampleur d’un réseau diplomatique ne signifie pas automatiquement qu’un acteur domine tous les autres indicateurs. Sur le terrain des visites de haut niveau, par exemple, l’Union européenne arrive en tête avec 75 visites dans 25 pays africains, devant la Turquie avec 54 visites et la Chine avec 43. Cette distinction montre que l’influence diplomatique se construit à travers plusieurs leviers et qu’aucun indicateur ne suffit à lui seul à en rendre compte.
La Chine se distingue, de son côté, par l’ampleur de son réseau de partenariats officiels avec les pays africains. L’Union européenne et les États-Unis adoptent une approche plus sélective dans la formalisation de leurs relations. Parallèlement, la Turquie, la Russie, l’Arabie saoudite, la Corée du Sud et le Japon ont renforcé leur présence à travers des sommets, des partenariats et différentes initiatives diplomatiques.

Capitale au croisement de plusieurs réseaux

Dans ce contexte, la place de l’Algérie prend une dimension particulière. Le pays se trouve au point de rencontre de plusieurs espaces géopolitiques et de plusieurs réseaux diplomatiques qui ne se recouvrent pas toujours.
L’intérêt de cette position réside notamment dans la capacité d’Alger à maintenir des canaux de dialogue avec des acteurs aux intérêts parfois divergents. La présence de puissances européennes, asiatiques, américaines, russes et moyen-orientales dans son environnement diplomatique illustre cette diversité.
L’étude de l’EUISS intervient dans un contexte où l’Afrique est devenue l’un des principaux espaces de compétition diplomatique internationale. Les enjeux énergétiques, les ressources naturelles, les infrastructures, la sécurité, les nouvelles routes commerciales et les partenariats économiques renforcent l’intérêt des puissances extérieures pour le continent. Pour l’Algérie, cette évolution intervient alors que le pays cherche à consolider ses relations avec son environnement africain tout en maintenant des partenariats diversifiés avec l’Europe, l’Asie, le monde arabe et les autres grandes puissances.

Une influence qui ne se résume pas aux chiffres

L’un des principaux intérêts du travail de l’EUISS est finalement de montrer que la puissance diplomatique ne se mesure pas uniquement à la taille d’une économie ou à la capacité militaire d’un État. Elle se manifeste aussi dans la densité de ses relations, la fréquence des contacts politiques, la capacité à nouer des partenariats et la place occupée dans les grandes enceintes multilatérales.
Dans cette lecture, la présence de l’Algérie parmi les six pays africains accueillant les quinze acteurs internationaux étudiés constitue un indicateur significatif. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir un classement général de la puissance diplomatique africaine, mais elle souligne la place d’Alger dans la géographie des relations internationales sur le continent.
Alors que les grandes puissances multiplient les stratégies d’influence en Afrique, l’Algérie apparaît comme l’un des espaces où ces différentes diplomaties se rencontrent. Une position qui s’appuie autant sur sa géographie que sur son histoire diplomatique, ses ressources énergétiques, ses relations africaines et son rôle dans les mécanismes multilatéraux.
À travers les données de l’EUISS, c’est donc moins un classement qu’une réalité géopolitique qui se dessine : dans une Afrique devenue un espace central de la compétition internationale, Alger demeure un point de passage et de dialogue que les différentes puissances continuent de prendre en compte. G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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