
La mobilisation des lycéens et des étudiants, conjuguée aux appels à relancer le mouvement des « gilets jaunes » samedi en France, s’inscrit dans une succession de crises sociales et politiques qui ont marqué le pays ces dernières années, sur fond de contestations liées au pouvoir d’achat, aux réformes sociales et aux conditions de vie.
Le mouvement des « gilets jaunes », déclenché en novembre 2018 contre la hausse des taxes sur les carburants, avait rassemblé près de 300.000 personnes à travers le pays lors de sa première journée nationale.
Les manifestants avaient notamment occupé des ronds-points et bloqué des routes, avant que les mobilisations hebdomadaires ne soient marquées par des épisodes de violences. Face à la contestation, les autorités avaient notamment renoncé à la hausse prévue des taxes sur les carburants, gelé les tarifs du gaz et de l’électricité, et annoncé une revalorisation du salaire minimum.
Le mouvement, qui s’est progressivement essoufflé à partir du printemps 2019, a été marqué par 11 décès en marge des mobilisations, notamment dans des accidents de la route et à la suite de malaises, ainsi que par de nombreux blessés parmi les manifestants. Quelque 2.500 manifestants avaient été blessés, dont 23 éborgnés.
Début 2023, le projet jugé impopulaire de réforme des retraites prévoyant le recul de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans a déclenché plus de trois mois de mobilisations. Plusieurs manifestations ont réuni plus de 1,2 million de personnes, selon les chiffres de la police, tandis que des secteurs comme les transports, les raffineries et les ports ont été affectés par des grèves et des blocages.
A Paris, la grève des éboueurs avait entraîné une accumulation de déchets dans les rues transformant des trottoirs parisiens en poubelles à ciel ouvert.
La réforme sur les retraites a finalement été adoptée sans vote à l’Assemblée nationale, après le recours à l’article 49.3 de la Constitution par la Première ministre de l’époque, Elisabeth Borne.
En juin 2023, des émeutes urbaines ont éclaté après la mort de Nahel, un adolescent de 17 ans, tué par un policier lors d’un contrôle routier dans la région parisienne. Les violences se sont étendues à plusieurs villes pendant cinq nuits consécutives, mobilisant quelque 45.000 policiers et donnant lieu à près de 4.000 interpellations.
La colère agricole a également constitué un épisode majeur des tensions sociales.
A l’automne 2023, des agriculteurs du sud-ouest de la France avaient retourné des panneaux de signalisation pour dénoncer notamment la hausse annoncée de la taxation du gazole non routier et les retards dans le versement des aides européennes.
Début 2024, les mobilisations se sont intensifiées avec des blocages d’autoroutes, des convois de tracteurs en direction de Paris et des déversements de fumier devant des lieux symboliques.
Les tensions ont resurgi l’année suivante, dans un contexte d’instabilité gouvernementale et de difficultés économiques et sanitaires pour le secteur agricole, confronté à sa pire récolte de blé en 40 ans, à une baisse des vendanges et à des maladies animales. L’adoption de la loi d’orientation agricole début 2025 a temporairement apaisé la contestation, avant une reprise des tensions autour de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.
Depuis le 17 septembre 2026, les mobilisations des lycéens se sont progressivement étendues de la région parisienne à d’autres parties du pays, avant de gagner les universités. Les jeunes dénoncent notamment la pression liée à la plateforme d’orientation Parcoursup, le manque d’enseignants, la dégradation des établissements scolaires et la surcharge des emplois du temps.
Cette contestation a été accompagnée d’incidents violents ayant fait des blessés parmi les mineurs.
Les mobilisations en cours et les appels à une reprise des rassemblements contre la vie chère témoignent ainsi de la persistance de tensions autour du pouvoir d’achat, des services publics et des choix économiques et sociaux