Le Sommet des pays exportateurs de gaz (GECF), a vu la participation de plusieurs experts étrangers. Alger16 a approché un expert économiste croate et journaliste, Hassan Haidar Diab, qui a livré sa vision des différents enjeux qu’affronte l’Europe et le rôle de l’Algérie et de son gaz.

Entretien réalisé par G. Salah Eddine
Parlez-nous du contexte économique général en Croatie…
La situation communicative, aujourd’hui, en Croatie et en Europe de façon générale, est vraiment compliquée parce que la guerre en Ukraine a des répercussions indirectes énormes sur nous, elle cause une inflation terrible. Parmi ces répercussions, l’énergie.
Pouvez-vous développer davantage ?
Oui, on est au Sommet du gaz. Ce gaz, l’Europe en a vraiment besoin pour fermer le “robinet” qu’est la Russie, L’Europe ne peut pas dépendre du gaz américain qui est quatre fois plus cher. Tout fonctionne au gaz, même la fabrication du pain ! Alors le prix du gaz en Europe et en Croatie augmente et le niveau de vie des gens se dégrade.
La guerre et l’inflation en plus, après une crise sanitaire historique, n’est-ce pas ?
Tout à fait. Vous avez compris où je veux en venir. On a eu un confinement général pendant une année, l’inflation a explosé ensuite, avant que la guerre ne vienne comme une cerise sur le gâteau. L’économie a été détruite, pas seulement dans les pays des Balkans mais partout. L’économie de la Croatie dépend du tourismeet nous n’avons eu aucun touriste durant la crise du Covid. Juste après, le pays a vécu une inflation. La Russie ne fournissait pas que le gaz et le pétrole à l’Europe mais aussi le fer, le blé et énormément de produits.
Y a-t-il de nouveaux marchés, des “solutions miracles” pour l’Europe ?
Laissez-moi vous dire que tous les pays européens ont vraiment besoin de cette énergie, surtout cette année et les deux suivantes. Toute l’Union européenne cherche la solution, ils ne veulent pluss dépendre de la Russie. L’Allemagne a établi de nouveaux règlements et législations sur le gaz, et ils cherchent un substitut. Trouvez-vous logique que l’Europe ouvre des canaux depuis le Venezuela ?
Quel est le rôle de l’Algérie dans cette conjoncture que vous décrivez ?
L’Algérie est un des plus grands pays producteurs de gaz, il très important pour elle de négocier avec l’Europe. Il y a des discussions, en l’Europe avec Joseph Borrel pour que l’Algérie remplace la Russie. L’Algérie s’est montrée positive au début mais le gaz devait passer par l’Espagne. L’Algérie a une position de principe, une position fière, une position libre. Elle ne peut pas exporter le gaz à travers un pays qui lance une propagande ennemie sur elle.
Qu’est-ce que l’Europe attend de ce sommet ?
L’UE veut que ce Sommet aboutisse à la création d’une commission de discussion avec l’Europe. Par exemple avant que le gaz n’atteigne l’Espagne, il ira par l’Italie. Le Premier ministre de l’Italie a exprimé son envie de recevoir le gaz algérien. Je vais vous dire une chose, peu importe la décision que prendra l’Algérie, ce sera une décision très prononcée. Si certains pays font comme l’Italie et ont une position moins adverse envers l’Algérie, alors je ne vois aucun obstacle pour l’Algérie, qui devrait alors fournir le gaz à l’Europe.
Les pays du Golfe ne peuvent-ils être une solution pour la Croatie et potentiellement l’Europe ?
La situation en Moyen-Orient est toujours très compliquée, disons que c’est compliqué avec les pays arabes. Au début, rappelez-vous, l’Europe voulait acheter du gaz iranien et il y avait de vraies discussions avec l’Iran. Mais d’autres restrictions sur l’Iran cete ont compliqué les choses.
Pensez-vous que des contrats à très long terme avec une possibilité de rediscuter du prix si les cours augmentent ou baissent de plus de 15% du principal, comme le fait le Qatar, serait une solution ?
Rien n’est permanent, c’est risqué. Il y a énormément de variables et de changements. Quand vous signez des contrats sur 20 ans, vous n’êtes sur de rien. Le Parlement peut à tous moment rompre des relations avec un pays, après il y aura quoi ? Quelle sera la solution pour ces contrats de plusieurs dizaines de milliards ? Le Qatar le fait, ça lui réussit pour l’instant mais c’est dangereux. Je pense que c’est pour cela que des pays comme l’Algérie optent pour des contrats à moyen terme.
Les décisions de ce Sommet sont-elles négatives pour l’Union européenne ?
Ce n’est pas vraiment négatif ni positif. Tant qu’elles ne sont pas négatives ça va. Cela aurait été un grand problème autrement et je pense que c’est pour cela que l’Europe a accordé une si grande importance à ce Sommet. On a vu que de nombreux journalistes européens étaient présents au CIC, de même que tous les ambassadeurs des pays de l’UE, dont celui de la Croatie.
J’aimerais également dire que l’Adhésion de la Mauritanie et du Sénégal sont vraiment un point à retenir. Ce sont des nouveaux marchés, pas encore matures, mais des marchés. Cela prouve que les pays africains commencent à se défaire de leur chaines.
Une question qui sort un peu du contexte du Sommet : il s’agit de votre interview du président de la Syrie, Bachar Al-Assad…
Effectivement. En 2017 j’ai interviewé le président Al Assad et 138 pays ont retransmis l’entretien. C’était sa première intervention médiatique après deux ans de silence.
Qu’est ce ca fait de lui parler dans un tel contexte ?
C’était bien. Le président Al Assad est un leader imposant qui a un vrai charisme. Mais vous ne devez pas être stressé mais toujours confiant.
Le mot de la fin…
Merci à vous, je vous souhaite le meilleur.
