Sahara Occidental: Le grand soutien de l’Algérie

Par G. Salah Eddine

Le représentant du Front Polisario à Genève, M. Oubi Bouchraya, a indiqué vendredi dernier dans l’émission « Hadith El-Djazaïr » diffusé en direct par la chaîne AL24 News que la récente position de la France de soutenir le plan d’autonomie marocain sur le Sahara Occidental est une « position honteuse ».

« Les anciennes et nouvelles puissances coloniales savent bien se coordonner et s’entraider. » C’est sur ces mots qu’a résonné le communiqué du ministère des Affaires étrangères algérien en réponse à la décision de la France de soutenir le plan d’autonomie sur la Sahara Occidental. Le communiqué du ministère algérien indique que cette décision aggrave l’impasse sur la question sahraouie, déjà complexe à cause du plan marocain depuis plus de 17 ans. L’Algérie affirme également que la France, en déclin, défie le consensus international et devra en répondre seule. Cette décision française a suscité une large controverse des parties impliquées dans la question, une question qui touche en grande partie la stabilité et la paix de la région nord-africaine et la question des droits de l’homme.

Contexte historique
En 1963, les Nations unies ont classé le Sahara Occidental comme territoire non autonome. En 1981, la France a permis au Front Polisario d’ouvrir un bureau à Paris, provoquant une crise avec le Maroc. En mai 2000, une initiative franco-américaine pour une autonomie sous souveraineté marocaine a été proposée au Conseil de sécurité.
Les positions françaises ambiguës et le manque de soutien à la reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté marocaine ont exacerbé les tensions. En janvier 2023, le Maroc a rejeté les accusations du Parlement européen sur la liberté de presse, les jugeant hostiles. Les relations entre la France et le Maroc, marquées par la question sahraouie, ont été mises à l’épreuve, comme lors du refus marocain d’aide française après le tremblement de terre de 2023. Un nouveau chapitre s’est ouvert avec la visite de Stéphane Le Foll à Rabat en 2024.

La signification de la Décision Française
Interrogé sur la signification la démarche française, Le représentant du Polisario à Genève, Oubi Bouchraya, a estimé que cette démarche est « une position honteuse, un développement très négatif, malheureusement pas du tout surprenant ». Il a déploré cette décision qui provient d’un « pays membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et en même temps membre du groupe des Amis du Sahara Occidental, censé pousser vers une solution basée sur les résolutions et le droit international adoptés par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité des Nations unies ». Selon M. Bouchraya, le soutien de la France envers le Maroc s’apparente au soutien des États-Unis pour Israel. Il a déclaré : « La France semble abandonner ses principes diplomatiques traditionnels pour soutenir directement le Maroc, dans le but de le sauver d’une crise, notamment en raison de la crise économique marocaine sévère et une crise sociale avec des réactions contre la normalisation des relations avec l’entité sionistes, avec une population marocaine en ébullition. » Il a estimé que « le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères est très éloquent ». Ce communiqué fait implicitement référence au passé colonial odieux de la France dans la région, tout en évoquant le processus de libération réussi et la lutte de libération menée par le peuple algérien pour obtenir sa liberté et son indépendance. En même temps il renvoie à la véritable nature coloniale de la présence marocaine dans le Sahara Occidental, qui ne peut être dissimulée par une proposition d’autonomie, un soutien français, ou tout autre soutien.
M. Bouchraya a affirmé qu’il est important de noter que, malgré les circonstances et les données qui auraient dû empêcher la France d’adopter sa position actuelle, elle semble compromettre les avancées possibles sur la question sahraouie dans le contexte du mouvement international autour de la Palestine, concernant le droit à l’autodétermination et la création d’un État.
De plus, la France pourrait chercher à se rapprocher du Maroc pour se repositionner dans la région après son expulsion du Sahel, utilisant le Maroc comme tremplin pour recouvrer son influence coloniale. Enfin, « la France semble également vouloir contrer l’émergence stable et équilibrée de l’Algérie en tant que puissance régionale, en s’opposant à sa consolidation économique et politique ».

Un soutien de la France envers la Maroc, une décision claire ?
Intervenant lors de la même émission, le Dr Zoheir Bouamama, professeur de sciences politiques, a déclaré : « Je pense que la situation est claire : ce pays (la France) rejette complètement une orientation juste pour la question ». Il a rappelé que l’ambassadeur de France à Rabat a déclaré clairement que la France était le seul pays à avoir soutenu militairement les forces d’occupation marocaines dans leurs tentatives de contrer la lutte armée des Sahraouis dans les années 1970, 1980 et jusqu’au début des années 1990. Il a ajouté : « La France a toujours été un protecteur réel du Maroc, et ce, depuis des décennies, depuis les années 1920. Cependant, il est surprenant que la diplomatie française annonce maintenant un alignement sur un plan qui est complètement en contradiction avec les résolutions internationales et le droit international, alors même que les Français ont participé à la formulation de ces résolutions depuis 2007. »
Le Dr Bouamama a assuré que « la France a des calculs politiques et géopolitiques actuels, mais il est regrettable que les élites politiques en France semblent manquer de profondeur et prennent des décisions contraires à leurs propres intérêts ». « Les élites actuelles ne sont pas à la hauteur du rôle historique joué par la France. La France est maintenant absente du Moyen-Orient, chassée du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest », a martelé l’expert.
M. Bouamama a souligné que les observateurs français, y compris les critiques de l’Algérie et du Sahara Occidental, reconnaissent que les intérêts économiques de la France « sont mieux alignés avec le Sahara qui offre de réelles opportunités pour l’économie française, plutôt qu’avec un Maroc en crise économique grave et endetté ». Il estime que « les calculs politiques, montrent que les contrats français dans les territoires occupés influencent les décisions politiques en France et en Europe ». Et d’ajouter : « La France, en tant que membre du Conseil de sécurité, devrait assumer ses responsabilités pour la paix et le respect des résolutions des Nations unies, plutôt que d’aggraver les tensions. »

Une décision provocatrice pour l’Algérie
Le Dr Bouamama s’est prononcé sur l’impact de la décision sur l’Algérie en affirmant que « l’une des raisons de cette décision est de provoquer l’Algérie ». Cet acte de provocation vise à « briser les efforts pour établir une relation normale entre les deux grands pays, fondée sur le respect mutuel et l’égalité, loin de toute forme de tutelle que la France impose à cet État dont elle reconnaît maintenant des droits qu’il ne possède pas ». Selon lui, l’Algérie est « un pays qui dérange par son discours constant en faveur de la paix et de la stabilité dans la région ». « Il est clair que l’Algérie a tout à fait le droit de réévaluer ses relations avec un partenaire qui ne respecte pas l’équilibre régional, ne respecte pas la loi et encourage un État hors-la-loi qui fait tout pour s’étendre aux dépens des autres, ignorant toutes les résolutions et bloquant tous les efforts des Nations unies », a-t-il dit.
La position française qui survient alors que des accords ont été établis lors de la visite du président Macron en Algérie n’est « ni sérieuse ni sincère. L’Algérie est un pays respectable et doit être traité avec respect ».
Pour sa part, le représentant du Front Polisario, M. Bouchraya a affirmé qu’un facteur qui a pesé sur le timing de la décision française est la « perspective de l’élection présidentielle en Algérie. L’Algérie, en tant que pays observateur dans le conflit du Sahara Occidental, est un acteur-clé en Afrique du Nord. Le positionnement de l’Algérie, qui reste fermement aligné avec la légitimité internationale tout en voyant l’expansion marocaine comme une menace pour sa sécurité nationale, est crucial ».

La lutte continue
M. Bouchraya a indiqué que cette décision française ne changera rien à la nature du conflit ni au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination : « Cela ne modifiera pas la détermination des Sahraouis à poursuivre leur lutte pour leur droit à l’autodétermination et à la liberté, conformément aux normes internationales. »
Le Dr Bouamama a exprimé un avis similaire : « Ses répercussions ne changeront rien pour la lutte du peuple, tout comme le tweet de Trump n’a eu aucun impact ces dernières années. »
Le représentant du Front Polisario a déclaré : « La résistance se poursuit sur les fronts militaires, civils, diplomatiques, et juridiques, que ce soit sous occupation ou en diaspora, partout. La feuille de route est claire concernant les Nations unies. Nous avons dit qu’en réponse à la violation par le Maroc du cessez-le-feu en novembre 2020, le Front Polisario a exercé son droit légal à la légitime défense. Depuis ce temps, il n’y a plus de cessez-le-feu dans le Sahara Occidental, et le peuple sahraoui continue sa lutte. C’est l’un des axes de la résistance nationale. » Et d’ajouter que « le Front Polisario reste ouvert à la voie que les Nations unies ont initiée pour entamer des négociations directes entre le Front et le Maroc afin de trouver des solutions pratiques pour organiser un référendum d’autodétermination.
La récente position de la France en faveur du plan d’autonomie marocain pour le Sahara Occidental est un affront aux principes de l’autodétermination et aux résolutions internationales, aggravant ainsi la situation déjà complexe du conflit sahraoui. Alors que la France semble chercher à renforcer ses relations avec le Maroc et à affaiblir l’influence de l’Algérie dans la région, le soutien français est une tentative de contourner les principes de justice et d’équité.

ALGER 16 DZ

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