Par Ammour Ryad
Tout a commencé dimanche dernier, après la diffusion d’une émission sur la chaîne d’information française CNews, connue pour son hostilité à tout ce qui est algérien.

L’émission Punchline Weekend, souvent controversée pour ses orientations dans le traitement des sujets, a accueilli un influenceur qui se dit Algérien de nationalité. Du jour au lendemain, ce dernier s’est improvisé analyste politique, se présentant comme un lanceur d’alerte, tout en mettant en doute le travail des Services secrets français.
L’influenceur, pour plaire à ses maîtres, n’a rien trouvé de mieux que de s’attaquer à une institution religieuse : la Grande Mosquée de Paris. Il a lancé de graves accusations, affirmant, sans aucune preuve et avec une grande assurance, que ce lieu de culte cherchait à déstabiliser la France. Cette offensive, teintée de bêtise humaine, a été partagée tant par le tiktokeur que par les journalistes présents sur le plateau.
Le jour suivant, Chemseddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a été contraint de réagir par le biais d’un communiqué dénonçant cette campagne diffamatoire menée par CNews et certains individus de faible envergure. Il a précisé que les accusations portées par l’influenceur, que CNews présente comme un lanceur d’alerte, étaient sans fondement et motivées par le désir de profit que procure la plateforme TikTok, notamment via ses lives.
Sur le même plateau quelques jours plus tôt, l’ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, avait tenu un discours similaire. Etrange coïncidence.
Le recteur de la Grande Mosquée a vivement critiqué ces déclarations qu’il a qualifiées de «propos diffamatoires», soulignant qu’elles s’inscrivaient dans une stratégie délibérée de CNews visant à stigmatiser l’ensemble des musulmans de France et à leur nier leur droit fondamental de vivre librement dans le pays. Il a également dénoncé cette démarche comme étant en adéquation avec l’idéologie de l’extrême droite au sein de la société française.
Dans son communiqué, le recteur a rappelé que la Grande Mosquée de Paris est administrée par une association régie par la loi française, tout comme l’ensemble des mosquées sur le territoire national. Il a ajouté que cela n’empêche en rien l’établissement de maintenir des liens solides et historiques avec l’Algérie, dans le respect total des principes de l’État français.
Pour M. Hafiz, cette campagne menée par CNews n’a rien d’inattendu. La chaîne, connue pour ses multiples bourdes, a déjà été rappelée à l’ordre à plusieurs reprises par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) et mise en demeure pour «incitation à la haine ou à la violence» à l’encontre des musulmans. En 2019, elle avait été sanctionnée pour des propos d’Éric Zemmour, un proche de l’extrême droite. Deux ans plus tard, c’est pour des propos islamophobes qu’elle avait de nouveau été condamnée.
Face à ces attaques répétées, l’institution musulmane envisage désormais des actions judiciaires contre toute diffusion d’allégations mensongères par CNews ou d’autres médias, lorsqu’elles portent atteinte à sa réputation et à celle des fidèles qu’elle représente.
La Grande Mosquée de Paris, un lieu de rencontre et de culture, a été construite en 1922 dans le but d’offrir aux musulmans de France un lieu de culte, non pour mener une quelconque action politique ou déstabiliser qui que ce soit.
La Grande Mosquée réagit
L’administration de la Grande Mosquée de Paris a qualifié l’intensification des attaques à l’encontre de l’institution religieuse comme étant une «campagne de diffamation malveillante» visant à ternir son image et celle de son recteur auprès de l’opinion publique. Ces attaques sont dirigées par des médias connus pour leurs orientations de droite, à l’instar de la chaîne CNews, et s’appuient sur des accusations graves, selon l’administration de la Grande Mosquée : «Cette campagne n’est pas un hasard, elle résulte des positions et engagements forts de la Grande Mosquée de Paris contre l’extrême droite, notamment lors des récentes élections de juin et juillet 2024. Nous regrettons le silence des autorités françaises face aux tentatives de certains groupes et idéologues de déstabiliser la Grande Mosquée de Paris. »
La Grande Mosquée a exprimé son rejet total de cette campagne de diffamation, la considérant comme faisant partie d’une stratégie de la chaîne et de ses alliés visant à diffuser la haine et la discrimination contre tous les musulmans de France et à ancrer les idées de l’extrême droite dans la société. Selon le communiqué de la Grande Mosquée, «ce week-end, sur la chaîne CNews, le blogueur Chouki Benzahra a porté de lourdes accusations, affirmant que notre institution cherchait à déstabiliser la France. Quelques jours auparavant, l’ex-ambassadeur français en Algérie, Xavier Driencourt, connu pour sa haine aveugle envers le pays dans lequel il avait servi, a prononcé un discours similaire.»
La Grande Mosquée de Paris a exprimer sa volonté d’engager des actions en justice contre toute déclaration ou rapport mensonger cherchant à nuire à sa réputation ou à celle des musulmans qu’elle représente et défend, conformément aux rôles sociaux qu’elle exerce.
