Par O. Houria
Le Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi (TNA) a abrité le spectacle, qui marque également la rentrée artistique de ce bel établissement dédié aux arts de la scène, célèbre dans une exploration de l’être aux contours philosophiques qui invite à l’introspection, les grands poètes qui ont peint avec leurs mots ciselés, la vie dans ses joies et ses peines.

Durant près de deux heures , « Wissal, Rentrée en Nouba », a abordé, entre autres thématiques, la joie des retrouvailles, la douleur de la séparation, la cruauté de l’absence, les longs moments de solitude, l’attente et l’espoir, la quête de délivrance qui aboutira au salut, trouvé dans « cette rencontre avec l’autre qui redonne des couleurs luxuriantes à la vie et permet à la nature de se réveiller et s’égayer à nouveau ».
Dans une randonnée onirique en deux parties, Lila Borsali a su « doser » son spectacle tant sur le plan de la rythmique de ses différents moments, aux atmosphères conviviales montant crescendo, que dans le contenu de son programme qui n’a pas manqué de surprises. Dans son beau costume aux broderies traditionnelles, la soprano illustrait la profondeur des textes poétiques qu’elle déclamait, avec des chants andalous et soufis, rendus dans l’esthétique des formes métaphoriques et allusives, ainsi que dans de belles variations modales et des cadences rythmiques composées.
Le public a, ainsi pu apprécier lors de la première partie, Noubet Raml El Maya, bâtie dans la féminité du mode mineur, avec les pièces Betna fi hanae, Hobbi yazid koulla yawm, Kam li fi çabil, Bi Allahi ya hammam, Ya âchiqin, Bin Dh’louâï, Lahbet chems el assaïl, Harramtou bik nouâssi et Chiyatoun.
Rendant hommage au musicien-poète et également président de l’association Slam de musique andalouse de Tlemcen, Toufik Benghabrit, présent au spectacle, Lila Borsali est apparue lors de la deuxième partie du récital avec une trentaine d’enfants choristes de l’ensemble Slam, qui ont interprété avec elle une série de m’dihs entamés dans le mode Sika.
Mis en valeur par la cantatrice pour lui avoir prêté main-forte alors qu’elle entamait un retour difficile à la chanson, plusieurs mois après le décès de son mari Salim Borsali, Toufik Benghabrit a, à son tour, rendu hommage à Lila Borsali à travers la voix pure et cristalline de la jeune choriste Zoulikha Bensahla qui a brillamment entonné Lila ya Lila, une oeuvre écrite et composée par Toufik Benghabrit pour la chanteuse, qui avait auparavant accepté d’être la marraine de l’association Slam.
L’orchestre de virtuoses, dirigé par Leïla El Kebir au violon alto, a accompagné Lila Borsali avec Ghouti Hadjil à la derbouka, Saïd Gaoua aux percussions, Mohamed El Amine Cheikh au ney, Fethy Benabdesadok au luth, Rassim Bouabdallah à la kouitra, Djilali Rahmoun au rebab, Djihed Labri au qanun, Hamza Bellouti au violoncelle et Sidali Bouzar au violon.
Autre spectacle de Lila Borsali, précurseuse de ce nouveau registre des arts de la scène qui allie la sagesse de la poésie à la musique savante que représente le genre andalou, « Wissal, Rentrée en Nouba » est attendu vendredi à Mostaganem et samedi à Oran.
