CORRIDOR HYDROGÈNE SUD-EUROPE : L’Algérie, acteur incontournable

Les ministres de cinq pays – Allemagne, Italie, Autriche, Algérie et Tunisie – ont signé, mardi dernier, une déclaration politique visant à développer conjointement un réseau de gazoduc d’hydrogène de 4 000 km pour relier les projets de H2 propres en Afrique du Nord aux centres de demande d’Europe centrale.

Par Chahid Lakeb

La déclaration a été signée par des ministres et des responsables de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Autriche, de l’Algérie et de la Tunisie dans le cadre de la première conférence ministérielle sur le corridor sud de l’hydrogène (SoutH2) à Rome. Ce corridor énergétique, destiné à transporter jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers l’Europe d’ici 2030, est une pièce maîtresse de la stratégie européenne pour la transition vers les énergies renouvelables, en réponse à la crise énergétique.
La conférence ministérielle, présidée par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani, et le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto, a été présidée par les personnalités suivantes : le ministre algérien de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, Mohamed Arkab, le secrétaire d’État au ministère fédéral de l’Économie et de l’Action pour le climat, Philipp Nimmermann, et le chef de la section climat et énergies renouvelables. énergie au ministère fédéral autrichien de l’Action pour le climat, l’Environnement, l’Énergie, la Mobilité, l’Innovation et la Technologie, le Dr Jürgen Schneider, directeur de l’Office fédéral suisse de l’énergie, Benoît Revaz, ambassadeur de la République tunisienne à Rome, Mourad Bourehla, représentant la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, et Ditte Juul Jørgensen, directrice générale de l’énergie de la Commission européenne. Le corridor sud de l’hydrogène est l’un des projets d’énergie renouvelable les plus importants de notre époque, a déclaré le secrétaire d’État fonctionnaire au ministère fédéral de l’Économie et de la Protection du climat, Philip Nimmermann, ministère fédéral allemand de l’Économie et de la Protection du climat.
Et à cette occasion, M. Arkab, ministre de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, qui a signé la déclaration au nom du président de la République Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à développer l’industrie de l’hydrogène vert, partant de sa position géographique privilégiée, ses ressources d’énergie solaire et éolienne et son infrastructure énergétique développée, soulignant que l’Algérie aspire à devenir un pôle régional de production de l’hydrogène vert afin de l’exporter vers l’Europe, et contribuer ainsi à la diversification de l’approvisionnement en énergie et à la réduction des émissions de carbone.

Mise en service en 2030
Pour rappel, le corridor SoutH2 prévoit le transport de quatre millions de tonnes d’hydrogène par an par pipeline depuis des projets en Algérie et en Tunisie vers l’Italie, puis vers les marchés d’Autriche et de Bavière dans le sud de l’Allemagne. Le réseau de gazoducs, qui devrait comprendre 60 à 70% des infrastructures existantes, impliquerait 4 000 km de canalisations, dont 3 250 km sur le tronçon européen (dont 2 300 km en Italie). La première mise en service aurait lieu au début des années 2030. Le projet vise également à favoriser la diversification économique en Algérie et en Tunisie, où les entreprises allemandes, ainsi que d’autres d’Autriche et d’Italie, devraient jouer un rôle crucial. Ces partenariats visent à assurer la pérennité des industries.

acteurs-clés et accords signés
Le projet implique plusieurs entreprises et entités gouvernementales des deux côtés de la Méditerranée. En Algérie, Sonatrach, le géant pétrolier, sera responsable de la production d’hydrogène vert, tandis que Sonelgaz assurera l’alimentation des électrolyseurs nécessaires. Du côté européen, VNG, entreprise allemande, gérera la distribution de l’hydrogène en Europe. En Italie, Snam et SeaCorridor prendront en charge le transport à travers la Méditerranée. En Autriche, Verbund Green Hydrogen supervisera les infrastructures. En octobre, les entreprises publiques algériennes Sonatrach et Sonelgaz ont signé un accord avec des sociétés gazières et énergétiques allemandes, italiennes et autrichiennes pour réaliser des études de faisabilité sur la production et le transport d’hydrogène liés à SoutH2.
La Tunisie a signé dix lettres d’intention pour le développement d’installations de production d’hydrogène propre à l’intérieur de ses frontières. Ce projet, soutenu par l’Union européenne via le plan REPowerEU, vise à renforcer la sécurité énergétique du continent en diversifiant les sources d’énergie et en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles.

Une nouvelle autoroute de l’hydrogène : le corridor H2 Sud
Le déclenchement de la guerre en Ukraine a entraîné une redéfinition des bilans énergétiques en Europe, notamment entre les deux rives de la Méditerranée. Avec la fermeture des robinets de gaz russe, les pays du bloc européen ont commencé à se projeter vers le sud pour l’approvisionnement de leurs réserves énergétiques. L’Algérie, en particulier, s’est révélée être le principal pays alternatif, devenant le nouveau point de référence pour l’exportation d’énergie principalement de gaz vers les pays européens. Ce renforcement des relations énergétiques avec l’Algérie, a incité l’Union européenne et, individuellement, ses États membres à voir également un potentiel dans la production et le transport d’hydrogène. Parmi les futures infrastructures vertes qui traverseraient la Méditerranée, le corridor hydrogène Italie-Autriche-Allemagne, plus connu sous le nom de South H2, serait l’un des projets phares. Présenté pour la première fois en mars 2023, il s’agit d’un pipeline d’hydrogène de 3 300 km qui, au départ de l’Algérie et de la Tunisie, traverserait l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, faisant transiter des molécules vertes des pays du Maghreb vers le cœur industriel de l’Europe. La principale caractéristique du gazoduc, qui vise à transporter près de 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an, est son développement greffé sur l’utilisation des infrastructures intermédiaires existantes, qui représenteront plus de 70% du nouveau corridor.
Le document, signé par les ministres compétents des pays concernés, souligne l’importance d’une infrastructure régionale et transfrontalière bien connectée pour l’hydrogène, afin de développer un marché de l’hydrogène fonctionnel dans l’UE afin d’accélérer la décarbonation et la transition vers l’énergie verte.

L’Algérie et la Tunisie aux sources de l’initiative
L’Algérie et la Tunisie constituent en effet les sources de l’initiative, tant en termes de production d’hydrogène que de transport en Europe. En tant que gazoduc, ce serait en fait Transmed, le principal gazoduc d’acheminement du gaz algérien vers l’Italie via la Tunisie, qui constituerait le premier bloc du nouveau gazoduc hydrogène. Construit dans les années 70 à l’initiative de l’italien Eni, Transmed se compose de trois segments principaux : le gazoduc Enrico Mattei (GEM), qui part du champ de Hassi R’mel dans le désert algérien jusqu’à la station de Oued Safsaf à la frontière avec la Tunisie ; le gazoduc transtunisien, qui traverse le pays jusqu’à la station de compression de Cap Bon en Tunisie ; le tronçon de la ligne maritime (appelé TMPC, de la Société de gazoduc transméditerranéen) qui s’enfonce dans la mer Méditerranée pour réapparaître en Sicile, à Mazara del Vallo. L’intégration de Transmed dans l’établissement South H2 impliquerait une conversion partielle de ses trois gazoducs pour le transport de l’hydrogène en Europe.

L’Algérie : un marché de développement de l’hydrogène élevé et compétitif
En ce qui concerne la production, l’Algérie offre certainement un marché de développement de l’hydrogène élevé et compétitif. Le fort rayonnement solaire et les excellentes conditions de vent en Afrique du Nord favorisent la production d’électricité à partir de sources renouvelables, nécessaires pour alimenter le processus d’électrolyse à partir duquel l’hydrogène est ensuite obtenu. Conscient du potentiel, le président Tebboune a approuvé; en décembre 2022; une stratégie nationale de développement de la filière hydrogène à l’horizon 2050, avec laquelle produire et exporter entre 30 et 40 milliards de kilowatts d’hydrogène gazeux, liquéfié et dérivé, et fournir au marché européen près de 10% de ses besoins d’ici 2040 à des prix compétitifs. La feuille de route, divisée en trois phases principales – démarrage et formation (2023-2030), expansion et création de marché (2030-2040), industrialisation et exportation (2040-2050) – analyse à la fois l’hydrogène vert (produit par électrolyse de l’eau à partir de sources d’énergie renouvelables) et l’hydrogène bleu (produit par conversion du méthane). Cela impliquerait une expansion de la production d’électricité solaire au Sahara algérien, l’un des plus grands gisements solaires au monde (jusqu’à 3 900 heures d’ensoleillement par an), nécessaire pour alimenter le processus d’électrolyse. Dans le même temps, l’Algérie souhaite également tirer parti de sa longue expérience dans les infrastructures gazières pour réduire les coûts de production et disposer d’avantages concurrentiels par rapport à d’autres pays, en saisissant les opportunités de financement international pour créer de nouveaux partenariats stratégiques.

Opportunités d’un projet ambitieux
La création d’une autoroute de l’hydrogène reliant la Méditerranée au cœur industriel allemand offre plusieurs opportunités aux acteurs impliqués. L’UE pourrait importer des molécules propres et à faible coût afin d’accélérer et de rendre moins coûteux le développement d’un système énergétique durable, ce qui est essentiel pour respecter les engagements pris dans l’accord de Paris. D’un point de vue politique, le projet contribuerait à construire un nouveau partenariat vert en matière d’énergie entre l’UE et les pays d’Afrique du Nord, cimentant ainsi les dialogues et les partenariats stratégiques déjà tissés, notamment après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Outre la valeur symbolique, une plus grande interconnexion et une approche unifiée des initiatives en matière d’hydrogène apporteraient des avantages significatifs à l’Algérie et à la Tunisie, avec le potentiel de stimuler la croissance économique, de créer des opportunités d’emploi et d’améliorer le climat des affaires dans les pays d’Afrique du Nord. L’aménagement du corridor HSud2, et plus largement la création d’une économie collaborative de l’hydrogène entre l’Algérie et l’Europe, offrent un potentiel énorme, dont les deux régions pourraient bénéficier. L’avancée des discussions entre les parties, combinée à l’intérêt de l’Algérie et de la Tunisie pour l’hydrogène, comme en témoignent les stratégies nationales, ouvre de nouvelles formes de collaboration, dans lesquelles l’Italie peut entrer sous différents angles. L’Algérie dispose d’une capacité considérable de production d’électricité à faible coût, qui peut être exportée vers l’Europe en raison de son surplus d’énergie renouvelable à haut rendement.

Des retombées économiques significatives pour l’Algérie
L’Algérie, dotée de ressources naturelles abondantes et d’une position géographique stratégique, joue un rôle central dans ce projet. En participant activement au SoutH2 Corridor, le pays démontre son engagement envers la transition énergétique et le développement durable. Cette initiative offre à l’Algérie l’opportunité de diversifier son économie, de moderniser ses infrastructures énergétiques et de renforcer sa position sur la scène énergétique internationale. Le projet prévoit également des retombées économiques significatives pour l’Algérie. En attirant des investissements étrangers et en développant des partenariats technologiques, le SoutH2 Corridor contribuera à la création d’emplois locaux, au développement de nouvelles compétences et à l’innovation industrielle. De plus, en exploitant son potentiel en énergies renouvelables, l’Algérie pourra répondre à une partie des besoins croissants de l’Europe en hydrogène vert, tout en renforçant sa propre sécurité énergétique. En s’engageant dans le SoutH2 Corridor, l’Algérie se positionne comme un acteur clé de la transition énergétique mondiale, tout en consolidant ses relations avec les pays européens et en contribuant aux objectifs climatiques globaux. Il représente une opportunité historique pour l’Algérie de diversifier son économie, de moderniser ses infrastructures énergétiques et de renforcer son rôle stratégique sur la scène internationale. Grâce à ses ressources naturelles abondantes, sa position géographique privilégiée et le leadership visionnaire du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie se place au cœur de la transition énergétiquor mondiale. Le corridor SoutH2 n’est p as seulement un projet énergétique pour l’Algérie, il est le symbole d’une transformation économique ambitieuse et durable, mettant en avant son potentiel exceptionnel pour répondre aux défis du 21ᵉ siècle. Ce corridor illustre l’ambition de l’Algérie de devenir un pilier de la transition énergétique mondiale et un modèle de développement pour l’Afrique.
C. L.

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