Grève des 8 jours de 1957 un tournant stratégique dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie

La grève générale de huit jours de 1957 a constitué un tournant majeur dans la lutte pour l’indépendance du pays, en mobilisant massivement les Algériens dans un acte de résistance. Cet événement a permis de mettre la question de l’indépendance sur le devant de la scène internationale, notamment à l’ONU, où elle est devenue un sujet central des discussions sur la décolonisation.

Initiée par le Comité de coordination et d’exécution (CCE) du Front de libération nationale (FLN), cette grève, qui s’est déroulée du 28 janvier au 4 février 1957 à l’échelle nationale, a mis en lumière la forte conscience politique du peuple algérien et sa détermination à résister. Elle a également renforcé l’impact de la cause nationale au sein des instances internationales, a révélé le journaliste et historien Amar Belkhodja dans une déclaration à l’APS.
Évoquant le contexte historique de la grève, Amar Belkhodja a expliqué qu’au 1er janvier 1957, alors que la lutte armée en était à son 793e jour, l’Armée de libération nationale (ALN) menait des combats héroïques dans les montagnes, tandis que les réseaux urbains intensifiaient leurs actions de résistance dans les villes. Face à cette situation, l’armée française demandait constamment des renforts pour « mater la rébellion ».
Les politiciens français soutenaient que la victoire était proche, déclarant qu’il ne restait « qu’un quart d’heure ». Toutefois, cette affirmation s’est révélée être une illusion, car ce « quart d’heure » allait en réalité se prolonger sur cinq ans et demi de guerre.
La France coloniale, misant sur une solution militaire, a déployé un arsenal considérable, rappelant ainsi la politique de la terre brûlée instaurée dès les premières années de l’invasion de l’Algérie par le général Bugeaud et les troupes françaises. À l’époque, l’occupant affirmait que la question algérienne était une « affaire interne à la France ». Toutefois, depuis le 20 août 1955, l’ONU avait cessé de prendre en compte la diplomatie française, a indiqué M. Belkhodja.
A Paris, malgré l’insurrection déclenchée le 1er novembre 1954, les autorités persistaient à nier que le FLN représentait le peuple algérien.
Cependant, la grève générale de huit jours, lancée le 28 janvier 1957 dans tout le pays, représentait « un démenti cinglant à ceux qui défendaient l’Algérie française, mettant ainsi le gouvernement français dans une position délicate ».
L’appel à la grève a été soigneusement rédigé par le FLN, qui mettait en avant la nécessité pour le peuple algérien de manifester son soutien unanime au Front, en tant que seul et véritable représentant, afin de renforcer la légitimité de ses délégués auprès de l’ONU. M. Belkhodja insiste sur le fait que l’objectif était d’engager toutes les couches sociales et de rassembler le pays autour de la cause de la libération.
La préparation de l’opération a été soigneusement planifiée : des comités de grève ont été instaurés dans chaque wilaya, sous la supervision de sous-comités au niveau régional, des villes et des quartiers, précise le chercheur en histoire. Les commerçants ainsi que les professions libérales ont été encouragés à prendre part activement à la grève.
De plus, des comités ouvriers ont été créés dans les secteurs stratégiques, tels que les docks, les transports, la radiodiffusion, les PTT et les services municipaux, afin de garantir le succès de cette grève, à laquelle ont également pris part les étudiants et d’autres groupes sociaux.

Solidarité nationale
Il est important de souligner qu’un mois avant le début de la grève, la population avait été incitée à anticiper son ravitaillement pour une durée de huit jours. Par ailleurs, les responsables des comités de grève avaient été autorisés à utiliser les fonds du FLN pour venir en aide aux familles en difficulté.
Lorsque le jour J est arrivé, la grève a été observée « scrupuleusement » à travers tout le pays, par toutes les catégories sociales et professionnelles, précise-t-il encore, ajoutant que « 22 journalistes avaient été envoyés en Algérie pour couvrir les événements, et la plupart ont salué la détermination du peuple algérien à poursuivre la lutte pour la liberté et la dignité ». Le peuple algérien était conscient qu’il ferait face à une répression sévère. Dès le premier jour, les forces de l’ordre ont été déployées pour punir ceux qui avaient suivi l’appel du FLN.
Le général Massu, responsable de la répression, a menacé les commerçants : « En cas de grève, tous les magasins seront ouverts. S’il le faut, les portes et les rideaux seront forcés pour permettre la libre entrée du public. »
Ainsi, les militaires, accompagnés de policiers et de milices européennes, envahirent les magasins pour les « réquisitionner ». Les méthodes utilisées étaient d’une grande violence : haches, maillets, crochets et même des véhicules blindés furent employés pour briser portes et fenêtres.
« Des scènes de pillage ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Alger, Sidi Bel-Abbès et Tébessa, où des commerçants et des ouvriers ont été punis pour avoir participé à la grève », a-t-il ajouté, tout en indiquant que l’Union générale des commerçants algériens (UGCA) avait fermement dénoncé les abus et les menaces de Massu, qui incitaient les pillards à agir en toute impunité.
M. Belkhodja a ajouté que malgré ces tentatives d’intimidation, la grève a continué jusqu’au dernier jour. Les ouvriers, fonctionnaires et enseignants solidaires ont été arrêtés et forcés de rejoindre leurs lieux de travail sous la contrainte. Des sanctions sévères ont été infligées à ces derniers : mutations forcées, suspensions, licenciements et emprisonnements.
La presse internationale, aussi bien arabe qu’occidentale, a unanimement salué le succès de la grève des huit jours.
Sur le plan diplomatique, la question algérienne est désormais internationalisée.
Le 15 février 1957, l’Assemblée générale des Nations unies adopte à l’unanimité une résolution reconnaissant le droit du peuple algérien à l’autodétermination. Cette victoire diplomatique constitue un progrès majeur vers la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie.
« La grève des huit jours a démontré la maturité politique du peuple algérien, sa capacité à résister, à se sacrifier, et sa volonté inébranlable de poursuivre son combat pour la liberté. Elle a renforcé l’unité du peuple autour du FLN et a marqué un tournant décisif dans la lutte pour l’indépendance. »
A. Ryad

Les commerçants, des acteurs essentiels de la glorieuse Révolution

Grâce à leur engagement remarquable, les commerçants algériens se sont imposés comme des acteurs incontournables de la glorieuse Révolution, métamorphosant leurs boutiques en véritables bastions de résistance. Animés d’un esprit indomptable, ils ont défié l’oppression coloniale et joué un rôle crucial dans la continuité et la réussite du combat pour la liberté.
Dès les premiers instants de la Révolution, ces commerçants ont fait le choix de s’engager pleinement dans la lutte pour la libération nationale, devenant le symbole de l’unité du peuple et de la solidarité entre toutes ses classes sociales dans une lutte commune contre un colonisateur résolu à priver les Algériens de leur terre et de leur identité. Chaque magasin se transformait en un véritable bastion, où, derrière des façades simples, se tissaient des histoires de courage, de dévouement et de sacrifice.Les commerçants ont joué un rôle clé dans la durabilité de la Révolution en garantissant un financement constant. D’après plusieurs historiens, ils consacraient une large portion de leurs profits à l’achat d’armes et à l’approvisionnement des moudjahidine.
Après le déclenchement de la Révolution le 1er novembre 1954, lorsque les leaders ont lancé un appel aux Algériens pour des dons financiers, les commerçants se sont distingués par leur engagement et leur générosité. Leur mobilisation incarnait pleinement la célèbre citation de Larbi Ben M’hidi : « Jetez la Révolution dans la rue, et le peuple l’embrassera ».
Leurs magasins sont aussi devenus des centres de communication clandestins. Ils étaient utilisés pour transmettre des informations et des messages aux moudjahidine, pour stocker des armes, des vivres et des vêtements, des ressources cruciales pour la survie des combattants dans des conditions de guerre particulièrement ardues. Selon les études sur l’approvisionnement en armement pendant la Révolution, les commerçants ont également joué un rôle essentiel dans la fourniture de matières premières indispensables à la fabrication d’explosifs, comme les fils de coton explosifs, le sel de mercure et le plastique. En outre, les commerçants algériens ont utilisé leurs réseaux relationnels pour mettre en place des chaînes d’approvisionnement transfrontalières efficaces, faisant des marchés des wilayas frontalières comme Souk Ahras, Tébessa et Tlemcen des axes essentiels pour fournir la Révolution en armes et en matériel.
En plus de leur soutien financier et logistique, les grèves commerciales ont joué un rôle crucial en exerçant une pression économique sur l’occupant, tout en manifestant un soutien sans faille au Front de libération nationale et en sensibilisant l’opinion publique à la cause nationale.

Grève des Commerçants Algériens : Un Acte de Résistance
Parmi ces grèves, on trouve celle des commerçants de Tlemcen, le 2 avril 1956, en solidarité avec leurs collègues persécutés en raison de leur engagement dans le mouvement national.
Deux jours après la grève des commerçants de Tlemcen, la ville de Constantine a connu une grève en protestation contre les campagnes de terreur et d’extorsion menées par les autorités coloniales.
La capitale, Alger, n’a pas été en reste. Le 10 avril de la même année, les commerçants de La Casbah ont fermé leurs boutiques après trois jours de deuil consécutifs à l’assassinat d’un jeune commerçant par les forces coloniales.
Le 9 mai de cette même année, plusieurs grèves ont eu lieu à Béjaïa et à Batna pour protester contre l’instauration du couvre-feu. Le 22 juin, la ville d’Oran a connu une fermeture générale des commerces des commerçants algériens, en solidarité avec la grève des dockers qui protestaienet contre l’assassinat de deux artisans à Alger.
Ces grèves s’inscrivent dans une série d’actions de protestation qui ont atteint leur apogée entre 1956 et 1960, marquant le rejet ferme des commerçants de participer aux impôts perçus par l’administration coloniale, utilisés pour financer ses efforts militaires contre la Révolution. Elles dénonçaient également les politiques de spoliation des terres et des biens, ainsi que les mesures d’exclusion des Algériens au profit des colons européens.
Parmi ces actions, la grève de huit jours (du 28 janvier au 4 février 1957) demeure l’une des plus emblématiques, illustrant l’unité des commerçants et du peuple algérien derrière le Front de libération nationale.
Cette grève a montré l’unité du peuple algérien et envoyé un message puissant au monde, affirmant de manière incontestable le rejet de la colonisation. Elle a eu un impact considérable en contribuant à internationaliser la cause nationale et à attirer l’attention des médias internationaux.
Cependant, l’engagement des commerçants dans la Révolution n’a pas été sans répercussions. En réponse à ce soutien sans faille, ils ont subi de sévères représailles : saisies de leurs biens, emprisonnements et exécutions sommaires. Pourtant, ces menaces n’ont pas entamé leur détermination car, pour eux, soutenir la lutte était un devoir national absolu. La contribution des commerçants algériens à la Révolution représente une page glorieuse de l’histoire du pays, témoignant de l’unité du peuple derrière la bannière de la liberté, chacun jouant sa part dans une lutte diversifiée où chaque action avait son importance. Cette mobilisation exemplaire rappelle que l’indépendance ne se conquiert pas uniquement par les armes, mais aussi à travers les sacrifices quotidiens et la solidarité d’un peuple déterminé à retrouver sa dignité.
A. R.

ALGER 16 DZ

Next Post

NEYMAR BIENTÔT DE RETOUR CHEZ LUI

mar Jan 28 , 2025
Le petit prince qui ne voulait pas être roi. La star brésilienne Neymar est très proche de rejoindre le club ou il a commencé son aventure en football, Santos. Attendu au Brésil demain mercredi, l’attaquant brésilien de 32 ans doit d’abord s’entendre avec l’administration de son club actuel, Al-Hilal Saoudien, […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37