
Dans une nouvelle sortie médiatique aux relents revanchards, Marine Le Pen, cheffe de file de l’extrême droite française, s’en est, une fois de plus, prise à l’Algérie. Invitée mercredi dernier sur LCI, la présidente du groupe Rassemblement National (RN) à l’Assemblée nationale a ouvertement plaidé pour une politique de sanctions contre Alger, s’inspirant du modèle de Donald Trump envers la Colombie.
Un parallèle inquiétant avec la politique de Trump
Interrogée par Darius Rochebin, Marine Le Pen n’a pas hésité à déclarer : «Ce que Donald Trump a fait avec la Colombie, c’est ce que nous réclamons de faire avec l’Algérie.» Une référence explicite à la pression exercée par l’ancien président américain sur Bogota, qui, sous la menace de lourdes sanctions économiques, avait fini par accepter le retour des migrants expulsés des États-Unis.
Dans un contexte déjà marqué par une détérioration des relations franco-algériennes, cette déclaration risque d’envenimer davantage les tensions diplomatiques entre Paris et Alger. S’inspirer du modèle américain et comparer l’immigration algérienne en France à l’immigration colombienne aux États-Unis sans prendre en compte les différences dans les aspects historiques et culturelles et les deux contextes généraux n’est pas seulement la seule mesure qu’elle réclame et proclame. Marine Le Pen a multiplié d’autres propositions radicales contre l’Algérie, tout en poursuivant son entreprise de réécriture de l’histoire.
Parmi les mesures qu’elle préconise, Marine Le Pen propose d’interdire les transferts d’argent des Algériens de France vers l’Algérie, de suspendre toute délivrance de visas, y compris pour les dirigeants algériens, de renforcer le contrôle sur les biens des Algériens en France et d’abroger l’accord de 1968. Ces déclarations s’inscrivent dans une logique de rupture brutale avec les relations bilatérales entre les deux pays, adoptant une posture de défiance qui s’insère dans une stratégie électoraliste clairement assumée.
Une falsification assumée de l’histoire
Mais Marine Le Pen ne s’est pas arrêtée là. Fidèle aux thèses de l’extrême droite et des nostalgiques de l’Algérie française, elle a nié le drame de la colonisation, rejoignant ainsi ceux qui œuvrent à la falsification de l’histoire.
En effet, reprenant un discours déjà largement discrédité, Marine Le Pen a affirmé que la colonisation française ne constituait pas un «drame» pour l’Algérie. «Je peux comprendre que des peuples souhaitent obtenir l’indépendance. Mais venir dire globalement que la colonisation a été un drame pour l’Algérie, ce n’est pas vrai», a-t-elle soutenu, dans une tentative manifeste de minimiser les crimes coloniaux. Ce révisionnisme n’est pas une première pour la fille du criminelle Jean-Marie Le Pen. En effet, en 2017, déjà, elle affirmait que la colonisation française avait «beaucoup apporté, notamment à l’Algérie», des propos rapportés par Ouest-France et vivement condamnés à l’époque. Marine Le Pen s’inscrit ainsi dans une continuité idéologique assumée, exploitant des procédés rhétoriques visant à minimiser la nature oppressive de la colonisation française en Algérie. Comme l’explique un analyste sur un forum de discussions : «Cette approche repose sur des omissions stratégiques et des sophismes. Son objectif est d’occulter la violence systémique de la colonisation et d’entretenir un récit complaisant à l’égard du passé colonial français.»
Un crime absolu
Rappelons à cette femme politique inculte que la colonisation française en Algérie ne s’est pas limitée à un simple processus d’administration territoriale, mais qu’elle s’est accompagnée d’une politique systématique d’exploitation, de répression et de violence institutionnalisée.
Marine Le Pen ferait bien de réviser l’histoire avant de tenter de minimiser la colonisation française en Algérie. Durant cette occupation de 132 ans la France a mené une guerre d’extermination, réduisant la population algérienne de moitié en quelques décennies. Le 8 mai 1945, à Sétif, Guelma et Kherrata, plus de 45 000 Algériens ont été massacrés pour avoir osé réclamer leur indépendance. Pendant la guerre de libération (1954-1962), la France a généralisé la torture, les exécutions sommaires et les disparitions forcées. Des millions d’Algériens ont été déplacés, enfermés dans des camps ou exterminés dans des opérations punitives.Sur le plan économique, la colonisation a été un pillage à grande échelle. Des milliards ont été dérobés à l’Algérie, de ses terres fertiles confisquées aux mains des colons jusqu’aux richesses minières exploitées pour alimenter l’industrie française. Pire encore, la politique coloniale a plongé le peuple algérien dans un abîme éducatif et social sans précédent. En 1830, plus de 90 % des Algériens étaient alphabétisés, un taux exceptionnel pour l’époque. En 1962, après 132 ans de « civilisation française », ce chiffre était tombé à 15 %, résultat d’une politique volontaire d’abrutissement et d’exclusion des Algériens de toute forme d’instruction.
Il vaudrait mieux ne pas mentionner les essais nucléaires français dans le Sahara (1960-1966) ont irradié des milliers de civils, laissant un héritage toxique encore visible aujourd’hui. Les déclarations de Marine Le Pen ne sont qu’une tentative grossière de blanchir un passé criminel. Mais l’histoire ne se falsifie pas, et l’Algérie n’oubliera jamais. Un crime absolu ne sera jamais un bienfait.
Un positionnement scandaleux par rapport à la RASD
Au-delà du sujet nommé « Algérie » qui semble susciter toute l’attention de la classe politique française et ses médias, la dirigeante du RN a également évoqué le dossier du Sahara occidental, dénonçant la position d’Alger sur ce conflit. En juillet dernier, la France s’était alignée sur la position du Maroc en reconnaissant son plan d’autonomie comme « seule base » de règlement, adoptant ainsi une posture en contradiction avec le droit international. Marine soutien complètement cette idée. C’est assez drôle et ironique de savoir que l’extrême droite et ses figures toujours attachés au souvenir de la France coloniale et criminelle soutiennent des idées coloniales à travers le monde. Ca en dit long sur ce qu’est la scène politique française d’aujourd’hui.
De plus, Marine Le Pen rejoint ainsi un courant politique français, incarné notamment par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui multiplie les attaques contre l’Algérie sous couvert de considérations diplomatiques et sécuritaires.
Marine Le Pen face à la justice
Ces déclarations interviennent alors que Marine Le Pen est attendue, avec plusieurs élus du RN, devant la justice dans le cadre de l’affaire dite des « eurodéputés », un dossier portant sur des soupçons d’emplois fictifs au sein du parti. Le procès, prévu pour le 31 mars 2025, pourrait fragiliser davantage l’image du Rassemblement National, déjà mis en cause pour des pratiques de détournement de fonds publics européens destinés aux assistants parlementaires. L’enquête menée par Reuters et France Info a d’ailleurs révélé que plusieurs magistrats impliqués dans cette affaire ont été la cible de menaces sur internet. Des appels explicites à l’assassinat d’une juge et de deux procureurs ont été proférés sur le site d’extrême droite Riposte laïque, un fait qui illustre la radicalisation croissante de certains cercles proches de l’idéologie lepéniste. Interrogée sur ces menaces, la procureure générale de Paris, Marie-Suzanne Le Quéau, a dénoncé une « dérive extrêmement inquiétante », pointant du doigt une montée en puissance des violences verbales et des pressions exercées sur les magistrats et les figures d’autorité.
Dans ce contexte, la posture de Marine Le Pen apparaît comme un exercice de diversion, visant à détourner l’attention de ses propres démêlés judiciaires en polarisant le débat sur des questions historiques sensibles. Cette stratégie, qui consiste à provoquer pour mieux s’imposer dans l’espace médiatique, alimente un climat de tension et de crispation dans les relations franco-algériennes, réveillant des blessures que le temps et la mémoire collective n’ont jamais réellement refermées.
G. Salah Eddine
Des provocations systématiques à l’égard des Algériens
Dans des interventions médiatques sur l’émission « L’invité de 19h » diffusée sur la chaine de télévision AL 24 News, des présidents d’associations de diaspora algérienne en France, ont dénoncé le traitement réservé aux Algériens dans les aéroports français. Les tensions entre la France et l’Algérie connaissent une nouvelle escalade. De nombreux ressortissants algériens dénoncent des traitements discriminatoires aux nombreux aéroports français. Un climat jugé oppressant par plusieurs associations et figures engagées dans la défense des droits des Algériens de France, qui voient dans ces pratiques une tentative d’instrumentalisation politique.
Une stigmatisation persistante
Karima Khatim, présidente de l’Association d’Amitié France-Algérie, révèle que son organisation a reçu énormément de témoignages de familles ayant été maltraitées dans les aéroports français. «Nous avons clairement affaire à un manque flagrant de culture d’État au sein des politiques français et à une bassesse de l’action politique. Ce populisme rampant fracture de plus en plus la société française dans sa diversité», a-t-elle dit.
Ce constat est partagé par Nacer Khabat, président du Mouvement des Algériens de France, qui dénonce une «stigmatisation permanente» de la communauté algérienne. «Nous sommes servis quotidiennement par des débats stériles dans les médias français sur l’Algérie, ses institutions et sa diaspora. Cela devient épuisant», a-t-il déclaré.
Des contrôles arbitraires et humiliants
L’un des points les plus alarmants concerne les traitements que subissent les Algériens à leur arrivée en France. «La police aux frontières procède à des contrôles poussés et des attentes prolongées de manière arbitraire et ciblée. C’est une honte pour la République française et ses principes de liberté et d’égalité», a déclaré M. Khabat.
Ces pratiques, jugées discriminatoires, ont suscité une réaction ferme des autorités algériennes. Le ministère des Affaires étrangères algérien a publié un communiqué soulignant que ces actes étaient «aux antipodes des principes de l’État de droit» et rappelaient «les heures sombres de la colonisation».
Face à cette situation, Karima Khatim a mis en avant la nécessité d’une approche diplomatique plus constructive. «Nous assistons à une perte totale de niveau dans les relations entre la France et l’Algérie. Une frange de la droite extrême et de l’extrême droite française cherche à couper toute relation entre les deux rives. «Elle a regretté que «la diplomatie de haut-parleur, qui consiste à hurler et stigmatiser les Algériens, ait remplacé une approche noble et discrète, telle que l’Algérie a l’habitude de la pratiquer».
Pourquoi un tel acharnement ?
Pour Nacer Khabat, la montée en puissance de l’extrême droite en France explique en partie cette stigmatisation. «Nous avons aujourd’hui une ‘fachosphère’ qui impose son agenda politique. Ces réseaux influencent les discours et les actes politiques hostiles à la communauté algérienne, alimentés par la nostalgie d’une Algérie encore soumise à la France. » a-t-il informé. Il a insisté sur la nécessité pour les Algériens de France de réagir : «Notre citoyenneté nous engage. Nous continuerons à dénoncer ces injustices avec force et conviction.»
Malgré ce climat hostile, la communauté algérienne en France demeure un acteur essentiel du tissu social et économique. «Nous avons des médecins, des avocats, des ingénieurs, parfaitement intégrés et respectueux des lois de la République», a rappelé Karima Khatim. Pourtant, cette réalité est occultée par un discours de stigmatisation omniprésent. «On tente de nous diaboliser. Je reçois personnellement des menaces de mort sur les réseaux sociaux, visibles de tous, sans que le ministre de l’Intérieur intervienne. On veut nous faire passer pour des ennemis de la France, alors que nous ne faisons que réclamer notre droit à être traités avec dignité», a-t-elle informé.
Un appel à une réaction politique forte
Face à cette situation, les représentants des Algériens de France demandent une réaction au plus haut niveau. Nacer Khabat a informé : que «nous attendons du président Macron qu’il rappelle son ministre de l’Intérieur à l’ordre et lui impose le respect des principes républicains et du vivre-ensemble». Les tensions actuelles illustrent une fracture grandissante entre la France et son importante diaspora algérienne. Une relation historiquement complexe qui semble aujourd’hui prise en otage par des enjeux politiques nationaux français, au détriment du dialogue et du respect mutuel.
L’avenir dira si les autorités françaises sauront faire preuve de sagesse et restaurer un climat de confiance, ou si cette crispation marquera un tournant définitif dans les relations entre Paris et Alger.
G. S. E.
