Le Chef de l’Etat au journal français l’Opinion, relation Algérie-France, économie, Sahara occidental, Palestine… : Ce que le président Tebboune a dit

Dans un entretien accordé au journal français l’Opinion, le président de la République a abordé des sujets d’une importance capitale, tant sur le plan national qu’international. Cet échange a permis de mettre en lumière les positions fermes et nuancées de l’Algérie sur des questions sensibles, notamment les relations avec la France, la question du Sahara occidental, la normalisation avec I’Etat sioniste, et la gestion des dossiers historiques et mémoriels entre les deux pays.

Par G. Salah Eddine/APS

Les déclarations hostiles de politiques français
Dans cet entretien, le président Abdelmadjid Tebboune a dressé un constat sans équivoque sur l’état des relations entre l’Algérie et la France. Selon lui, les déclarations hostiles de certains responsables politiques français ont contribué à détériorer le climat entre les deux pays, rendant le dialogue politique presque impossible. Ces propos, souvent incendiaires, ont, selon lui, alimenté un climat délétère, freinant tout progrès significatif dans les relations bilatérales.
«Le climat est délétère, nous perdons du temps avec le président (Emmanuel) Macron. Nous avions beaucoup d’espoirs de dépasser le contentieux mémoriel. C’est pour cela que nous avons créé, à mon initiative, une commission mixte pour écrire cette histoire qui nous fait encore mal», a déclaré le président Tebboune.
Cette commission, mise en place pour apaiser les tensions liées au passé colonial, devait permettre de poser les bases d’une relation apaisée. Cependant, malgré ces efforts, le président algérien regrette que les discussions n’aient pas abouti à des résultats concrets. Pour tenter de «dépolitiser ce dossier sensible», le président Tebboune a rencontré à deux reprises l’historien Benjamin Stora, dont il salue le sérieux et l’engagement. Il a toute mon estime et réalise un travail sérieux avec ses collègues français et algériens sur la base des différentes archives, bien que j’aie déploré que l’on n’aille pas assez au fond des choses», a-t-il souligné. Le président Tebboune a également rappelé la feuille de route ambitieuse établie après la visite du président Macron en août 2022, suivie de celle d’Elisabeth Borne, alors Première ministre, qu’il a qualifiée de «femme compétente connaissant ses dossiers». Pourtant, force est de constater que les avancées sont limitées. «Mais, plus rien n’avance si ce n’est les relations commerciales», a-t-il observé, déplorant l’absence de progrès sur le plan politique.

La Grande Mosquée de Paris : un symbole de coopération
En outre, le président de la République a abordé la question de la gestion de la Grande Mosquée de Paris, un sujet sensible dans les relations franco-algériennes. Il a expliqué que l’Algérie avait pris en charge l’entretien de la mosquée pour éviter que des associations douteuses ne s’y infiltrent. «L’Etat algérien n’a pas voulu laisser des associations douteuses faire de l’entrisme à la Grande Mosquée et a toujours pris en charge son entretien», a-t-il précisé. Il a également rappelé que la France officielle n’avait jamais fait d’objection à cette gestion et participait régulièrement aux invitations du recteur. «La Grande mosquée n’est pas une officine», a-t-il insisté, soulignant que le recteur actuel, Chems-Eddine Hafiz, avait été choisi en concertation avec son prédécesseur, Dalil Boubakeur, et l’État français.

Les essais nucléaires en Algérie
Par ailleurs, le président Abdelmadjid Tebboune a abordé un sujet particulièrement sensible et douloureux pour l’Algérie : celui des réparations liées aux essais nucléaires et à l’utilisation d’armes chimiques par la France dans le Sud algérien. Pour le chef de l’État, ce dossier est non seulement une question de justice, mais aussi une condition indispensable pour relancer la coopération bilatérale entre les deux pays.
«C’est indispensable. Le dossier de la décontamination des sites d’essais nucléaires est obligatoire sur les plans humain, moral, politique et militaire. Nous pouvions le faire avec les Américains, les Russes, les Indonésiens, les Chinois. Nous estimons que l’Algérie doit le faire avec la France qui doit nous dire avec précision les périmètres où ces essais ont été réalisés et où les matériaux sont enterrés», a martelé le président Tebboune.
Le chef de l’État a également évoqué un autre aspect tragique de cette période : l’utilisation d’armes chimiques à Oued Namous. Ces armes, utilisées pendant la guerre d’indépendance, ont laissé des séquelles environnementales et sanitaires qui persistent encore aujourd’hui.
En outre, le président Tebboune a partagé un témoignage personnel poignant, rappelant ses débuts en tant que fonctionnaire à Béchar, dans le Sud algérien, au début des années 1970. Il a décrit une réalité marquée par la souffrance des populations locales, notamment des éleveurs dont les bêtes mouraient régulièrement à cause des séquelles des essais nucléaires et des armes chimiques. «Au tout début des années 1970, pratiquement toutes les semaines, nous avions des plaintes d’éleveurs relatives à la mort de leurs bêtes», a-t-il raconté. Ces mots illustrent l’impact concret et durable de ces pratiques sur la vie des Algériens, bien après la fin de la guerre.
Le président Tebboune a insisté sur l’importance de ne pas ignorer ces questions, mais de les affronter avec courage et détermination. «Il ne faut pas mettre la poussière sous le tapis et régler définitivement ces contentieux», a-t-il affirmé. Pour lui, il est essentiel que la France reconnaisse pleinement les conséquences de ses actions et s’engage à réparer les dommages causés. Cette reconnaissance est une étape cruciale pour apaiser les tensions et construire une relation basée sur le respect mutuel et la confiance. Le président a également indiqué que ce dossier n’est pas seulement une question bilatérale entre l’Algérie et la France, mais qu’il revêt une dimension internationale.

les «aides» françaises : «nous n’avons pas besoin de cet argent… »
Interrogé sur la question des «aides» au développement octroyées par la France à l’Algérie, le président Abdelmadjid Tebboune a balayé toute idée de dépendance à ces financements, insistant sur leur insignifiance au regard des capacités économiques du pays. Il a dénoncé une méconnaissance profonde de la réalité algérienne chez ceux qui prônent leur suppression.
«C’est de l’ordre de 20 à 30 millions par an. Le budget de l’Etat algérien est de 130 milliards de dollars et nous n’avons pas de dette extérieure», a-t-il noté.
Il a rappelé que l’Algérie s’impose elle-même comme un acteur de solidarité en Afrique, finançant chaque année 6 000 bourses d’études pour des étudiants africains, construisant une route stratégique d’un milliard de dollars vers la Mauritanie et ayant récemment effacé 1,4 milliard de dettes contractées par douze pays du continent.
Sur ces «aides», le président a été catégorique : «Nous n’avons pas besoin de cet argent qui sert avant tout les intérêts d’influence extérieure de la France».

La France fait «une grave erreur» par rapport à la RASD
Dans la suite de l’entretien, le président Tebboune a vivement critiqué le soutien de la France au soi-disant «plan d’autonomie» marocain pour le Sahara occidental, qualifiant cette position de «grave erreur».
En effet, le président de la République a révélé sa conversation avec le président Emmanuel Macron, en marge du sommet du G7 à Bari, où ce dernier lui avait annoncé son intention de reconnaître la «marocanité» du Sahara occidental.
«Nous avons parlé avec le président Macron plus de 2 heures 30 en marge du sommet du G7 à Bari, le 13 juin dernier. Il m’a alors annoncé qu’il allait faire un geste pour reconnaître la ’’marocanité’’ du Sahara occidental, ce que nous savions déjà. Je l’ai alors prévenu : «Vous faites une grave erreur ! Vous n’allez rien gagner et vous allez nous perdre», a-t-il noté.
Il a également rappelé à la France ses responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, «Vous oubliez que vous êtes un membre permanent du Conseil de sécurité, donc protecteur de la légalité internationale».
Le président Tebboune a insisté sur le fait que la question du Sahara occidental reste une question de décolonisation non résolue pour l’ONU, un conflit dans lequel l’Algérie, après 130 ans de lutte, a acquis son indépendance.
Il a ajouté que «la Cour internationale de justice a dit (dans un avis consultatif rendu en 1975) qu’il n’y avait aucun lien de tutelle entre le Sahara occidental et le Maroc, si ce n’est des relations économiques», et a rappelé que la justice européenne continue de reconnaître les droits des Sahraouis.

Une posture «réactive» vis-à-vis du Maroc
Dans la suite de l’interview approfondie accordée au journal L’Opinion, le président de la République a exprimé de manière claire et sans équivoque la position de l’Algérie vis-à-vis du Maroc, indiquant que le pays est «dans la réaction» face aux actions hostiles du voisin marocain. «C’est presque un jeu d’échecs où nous sommes contraints de répondre à des actes que nous jugeons hostiles», a-t-il déclaré, mettant en lumière l’attitude défensive adoptée par l’Algérie en réponse à des initiatives jugées agressives de la part du Maroc. Il a rappelé que l’histoire des relations entre les deux pays est marquée notamment l’agression marocaine de 1963, quelques mois après l’indépendance de l’Algérie. Cette guerre des Sables, bien qu’elle n’ait duré qu’un peu plus d’un mois, a laissé derrière elle un lourd tribut de 850 martyrs, un événement qui reste gravé dans la mémoire nationale.
De plus, le président a déploré les «visées expansionnistes» persistantes du Maroc, citant en exemple la reconnaissance tardive de la Mauritanie par le royaume chérifien. «Le Maroc n’a reconnu la Mauritanie qu’en 1972, soit douze ans après son indépendance», a-t-il regretté, soulignant la lenteur du Maroc à reconnaître les frontières régionales et son penchant pour des politiques qui sont perçues comme un prolongement de son expansion territoriale. De plus, le président de la République a évoqué l’épisode des «visas imposés» en 1994, après les attentats de Marrakech, une décision qui avait exacerbé les tensions diplomatiques.
Le chef de l’État a également rappelé les mesures récentes prises par l’Algérie en réponse aux actions militaires du Maroc en collaboration avec les sionistes, une situation jugée incompatible avec la politique de bon voisinage que l’Algérie a toujours cherché à maintenir. «Nous leur avons récemment interdit le survol de notre espace aérien parce qu’ils réalisent des exercices militaires conjoints avec l’armée israélienne à notre frontière, ce qui est contraire à la politique de bon voisinage que nous avons toujours essayé de maintenir», a-t-il expliqué. Cette interdiction illustre l’alignement de l’Algérie sur ses principes de non-ingérence et de souveraineté. Cependant, malgré les tensions persistantes, le président a exprimé un optimisme mesuré quant à la possibilité de résoudre ce différend. «Les deux pays devront mettre un terme à cette situation un jour», a-t-il affirmé. En dépit des désaccords, il a insisté sur le fait que le peuple marocain reste «un peuple frère» pour l’Algérie. Cette position incarne à la fois la fermeté et l’espoir d’un avenir plus apaisé dans une région marquée par des relations complexes et historiques.

Vers une révision stratégique de l’Accord d’association avec l’UE
Interrogé sur les motivations ayant conduit l’Algérie à demander une révision de son accord d’association avec l’Union européenne, le président Abdelmadjid Tebboune a mis en avant la nécessité d’adapter cet accord à la nouvelle dynamique économique du pays. L’objectif principal étant de garantir un accès préférentiel aux marchés européens pour les exportations algériennes. «Notre ambition exportatrice s’affirme. En 2005, nous n’avions guère de production en dehors des hydrocarbures. Aujourd’hui, nous avons une production industrielle nationale», a-t-il souligné, insistant sur la transformation structurelle de l’économie algérienne. Le chef de l’Etat a également mis en avant les progrès réalisés, notamment dans le secteur industriel, en précisant que désormais «tout l’électroménager est algérien» et que l’agriculture génère chaque année «37 milliards de dollars». Ces avancées permettent désormais à l’Algérie d’exporter des produits agricoles vers des pays comme la Tunisie, la Mauritanie ou des marchés au Moyen-Orient. Pour le président, réviser cet accord est devenu crucial pour permettre à des secteurs comme l’agriculture et l’acier de se développer davantage en accédant à l’UE dans des conditions préférentielles, renforçant ainsi la compétitivité de ces produits sur le marché européen.

«Notre seule préoccupation, c’est l’instauration de l’état palestinien»
Evoquant le sujet de la Palestine, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé la position intransigeante de l’Algérie sur la question palestinienne, affirmant que l’instauration d’un État palestinien demeure l’unique priorité de la politique étrangère du pays. Le président Tebboune a clairement précisé que les relations diplomatiques entre l’Algérie et l’entité sioniste ne pourront être normalisées que lorsque l’État palestinien sera enfin établi. «Nous normaliserons nos relations avec Israël le jour même où il y aura un État palestinien», a-t-il déclaré. Une position qui, selon lui, «va dans le sens de l’histoire» et qui reste fidèle à l’engagement de l’Algérie en faveur de la cause palestinienne.
«Mes prédécesseurs, les présidents Chadli et Bouteflika, que Dieu ait leurs âmes, avaient déjà expliqué qu’ils n’avaient aucun problème avec Israël», a-t-il ajouté. Cette position claire et sans ambiguïté fait écho à la ligne diplomatique constante de l’Algérie, qui n’a jamais cessé de plaider pour une paix juste et durable dans la région du Moyen-Orient, fondée sur la reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien.
Le président Tebboune a ainsi rappelé que l’Algérie a contribué activement à faire reconnaître la Palestine par un nombre impressionnant d’États membres de l’ONU, notamment en obtenant sa reconnaissance en tant que membre à part entière par 143 États.
Cette affirmation, portée par une volonté de justice et de solidarité, positionne l’Algérie comme un acteur incontournable dans la lutte pour l’émancipation du peuple palestinien.
Le chef de l’Etat a également abordé la question de la Syrie, revenant sur ses efforts pour réintégrer ce pays au sein de la Ligue arabe lors du sommet d’Alger en 2022. «Deux pays s’y sont opposés alors qu’ils ont invité le président Bachar el Assad au sommet suivant à Riyad», a-t-il rappelé.
Il a également précisé que l’Algérie avait toujours maintenu un dialogue avec l’ex-président syrien, tout en restant «ferme avec lui» et en n’acceptant jamais les violences infligées à son peuple.

Un appel à la solidarité au Sahel
Évoquant la situation complexe au Sahel, le président Abdelmadjid Tebboune a exprimé son regret face à l’incapacité des États de la région à bâtir des structures étatiques fortes et durables. «Les États du Sahel, comme beaucoup d’autres pays africains, n’ont pas réussi à construire des institutions solides et plus résilientes», a-t-il déploré. Cette fragilité institutionnelle, selon lui, est l’une des causes profondes des défis sécuritaires, politiques et économiques auxquels la région est confrontée.
Concernant le Mali, «pays voisin et frère», le président Tebboune a rappelé l’engagement de l’Algérie à soutenir sa stabilité et son développement. Il a révélé que l’Algérie avait élaboré un plan de développement pour le nord du Mali, qu’elle était prête à financer «à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars». Cette initiative témoigne de la volonté algérienne de contribuer concrètement à la paix et à la prospérité de la région, tout en renforçant les liens historiques et fraternels entre les deux pays.
Le président a également réaffirmé la disponibilité de l’Algérie à jouer un rôle de médiateur pour relancer le dialogue entre les signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Cet accord, dénoncé l’année dernière par Bamako, reste selon lui une base essentielle pour une solution durable aux crises maliennes. «L’Algérie ne cherche pas à administrer le Mali que nous considérons comme un pays frère pour lequel notre main sera toujours tendue», a-t-il assuré,. Cette intervention présidentielle reflète une vision pragmatique et engagée, où l’Algérie se positionne comme un partenaire fiable et désintéressé, prêt à soutenir ses voisins dans leur quête de paix et de développement.

«La Tunisie mérite d’être soutenue»
Dans le même entretien, le président Abdelmadjid Tebboune a également abordé la situation en Tunisie, exprimant son soutien sans réserve à son homologue tunisien, Kaïs Saïed. Il a salué les réformes engagées par ce dernier, affirmant qu’il a su «remettre les pendules à l’heure en restaurant le régime présidentiel qu’a connu la Tunisie depuis son indépendance». Pour le président algérien, cette réorientation politique est une étape nécessaire pour renforcer la stabilité et la gouvernance en Tunisie, un pays frère avec lequel l’Algérie entretient des liens historiques et stratégiques.
Le président de la République a également assuré que la Tunisie ne fait face à aucun problème structurel majeur, mis à part des défis économiques tels qu’un endettement important et une croissance faible. «La Tunisie n’a pas de sérieux problèmes en dehors d’un endettement et d’une croissance faible», a-t-il déclaré.
«Nous l’aidons (Tunisie) autant que l’on peut parce que c’est un excellent voisin qui a subi les bombardements de l’aviation coloniale à cause de son soutien à la Guerre d’indépendance algérienne», a-t-il ajouté, rendant hommage à la Tunisie pour son rôle historique aux côtés de l’Algérie durant la lutte pour l’indépendance.
Enfin, le président Tebboune a insisté sur l’importance de soutenir la Tunisie pendant cette période de transition difficile. «C’est un pays qui mérite d’être soutenu, le temps de passer cette conjoncture difficile», a-t-il affirmé. Ce message de solidarité reflète la volonté de l’Algérie de renforcer les relations bilatérales et de contribuer à la stabilité régionale, tout en honorant les liens historiques et fraternels qui unissent les deux nations.

Une amitié durable avec la Chine
Evoquant les relations avec la Chine, le président de la République a affirmé : «Nous avons une longue amitié».
Le Président a noté que «les Chinois s’intéressent à de nombreux secteurs d’activité (en Algérie) : des technologies de pointe à l’électronique en passant par le numérique, les batteries au lithium puisqu’on dispose de cette matière première». Il a ensuite rappelé que, dans les premières étapes de la coopération, «les opérateurs chinois sont venus au début pour construire des logements au grand dam des groupes français comme Bouygues», qui convoitait alors le marché du Djamaa El Djazair.
Selon lui, «les Chinois ont proposé les meilleures offres, les délais les plus courts. Nous sommes satisfaits de leurs prestations».
Cette coopération, marquée par des projets concrets et un transfert de technologies, témoigne de la volonté de l’Algérie de diversifier ses partenariats et d’attirer des investissements dans des secteurs clés pour son développement économique. L’accent mis par le président sur les avantages des accords avec la Chine, en particulier en matière de délais et de compétitivité des offres, traduit la confiance croissante envers ce partenaire asiatique.

Des positions fermes du Président de la République
Cette intervention du président Tebboune, réalisée dans un moment stratégique, survient à un carrefour critique de la diplomatie internationale. D’abord, dans le contexte régional, l’Algérie s’engage activement dans le rééquilibrage des relations avec ses voisins et l’Europe, tout en consolidant son rôle dans les forums internationaux comme la Ligue arabe.
Cette prise de parole intervient donc à un moment où l’Algérie cherche à se repositionner comme un acteur de paix et de stabilité dans une région instable, tout en affirmant sa souveraineté dans un contexte mondial où la pression sur les positions diplomatiques est de plus en plus forte. En tous cas, l’Algérie, sous la présidence de M. Tebboune, s’affirme comme un acteur diplomatique pragmatique, respectueux de ses engagements et fidèle à ses principes.
G. Salah Eddine/APS

Un dialogue politique en panne
Le président Tebboune n’a pas mâché ses mots pour dénoncer les déclarations hostiles de certains responsables politiques français, qu’il juge responsables de la rupture du dialogue entre les deux pays. «Le dialogue politique est quasiment interrompu», a-t-il affirmé, pointant du doigt les propos de personnalités comme Eric Ciotti, député de Nice, ou Jordan Bardella, membre du Rassemblement national. Ces déclarations, souvent teintées de mépris ou de provocation, ont selon lui contribué à envenimer les relations. «Et ces personnes aspirent un jour à diriger la France. Personnellement, je distingue la majorité des Français de la minorité de ses forces rétrogrades et je n’insulterai jamais votre pays», a-t-il ajouté, marquant une distinction claire entre les citoyens français et une frange de la classe politique qu’il qualifie de érétrogradeé. Dans un ton plus incisif, il s’est interrogé sur les intentions de Marine Le Pen, leader du Rassemblement national, en cas d’accession au pouvoir : «Je m’interroge sur la manière dont Mme Le Pen va s’y prendre si elle parvient au pouvoir : veut-elle une nouvelle rafle du Vel d’Hiv et parquer tous les Algériens avant de les déporter ?». Interrogé sur sa disposition à reprendre le dialogue avec la France, le président Tebboune a posé une condition claire : des déclarations politiques fortes. «Tout à fait. Ce n’est pas à moi de les faire. Pour moi, la République française, c’est d’abord son Président», a-t-il répondu.
Il a également tenu à saluer certains intellectuels et hommes politiques français qu’il respecte, comme Jean-Pierre Chevènement, Jean-Pierre Raffarin, Ségolène Royal et Dominique de Villepin, ce dernier étant particulièrement apprécié dans le monde arabe pour son positionnement équilibré. «Il y a des intellectuels et des hommes politiques que nous respectons en France comme Jean-Pierre Chevènement, Jean-Pierre Raffarin, Ségolène Royal et Dominique de Villepin, qui a bonne presse dans tout le monde arabe, parce qu’il représente une certaine France qui avait son poids», a-t-il relevé. Cependant, il a déploré que ces voix modérées soient souvent étouffées par des médias qu’il juge hostiles. «Il faut aussi qu’ils puissent s’exprimer. Et ne pas laisser ceux qui se disent journalistes leur couper la parole et les humilier, particulièrement dans les médias de Vincent Bolloré dont la mission quotidienne est de détruire l’image de l’Algérie», a-t-il affirmé. Le président Tebboune a toutefois tenu à préciser que l’Algérie n’a «aucun problème avec les autres médias, qu’ils soient du secteur public ou privé».
G. S. E.

L’Algérie est en bonne voie pour devenir un pays émergent
L’Algérie s’apprête à franchir un cap décisif dans son développement, aspirant à atteindre d’ici deux ans le statut de pays émergent comparable aux nations du sud de l’Europe. Le président Abdelmadjid Tebboune a affirmé que cette progression s’appuie sur une dynamique économique ambitieuse et une vision stratégique à long terme.
«Si Dieu le permet, peut-être dans deux ans maximum, l’Algérie sera un pays émergent du niveau des pays du Sud de l’Europe avec un PIB de plus de 400 milliards de dollars», a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé au quotidien L’Opinion.
Évoquant les grands projets en cours, il a détaillé les réalisations et objectifs d’ici début 2027 : finalisation du programme de 3,5 millions de logements, dont deux millions déjà livrés, résolution du problème de l’eau, réduction des importations de matières premières en favorisant la production locale.

«Je n’ai pas l’intention de m’éterniser au pouvoir»
Lors de la même intervention, le président de la République a réaffirmé son engagement à ne pas s’éterniser au pouvoir au terme de son second mandat. Il a précisé qu’il respectera scrupuleusement la Constitution et qu’il laissera en héritage des infrastructures modernes, des réformes structurelles et une transformation en profondeur du système politique.
«À mon arrivée, il a fallu reconstruire les institutions dans un laps de temps très court. La crise sanitaire a ajouté son lot de difficultés (et) malgré cela, nous avons tenu nos engagements et avons révisé la Constitution», a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien français L’Opinion. Ce second mandat, a-t-il précisé, est celui du parachèvement des grandes réformes initiées depuis 2020. Il a rappelé les épreuves traversées par l’Algérie, notamment la décennie noire, les turbulences de la fin du règne du président Bouteflika, ainsi que le Hirak, autant de crises qui auraient pu ébranler durablement le pays.
«Nous allons trouver un consensus pour réformer la loi sur les partis, le système électoral, les codes régissant les communes et les wilayas. Nous allons aussi renforcer l’économie de ces régions en créant une banque des collectivités locales», a-t-il ajouté.
Ces transformations visent à moderniser l’administration, renforcer la gouvernance locale et insuffler une dynamique économique plus équitable entre les territoires.
Interrogé sur ce qu’il souhaite léguer à l’Algérie à l’issue de son mandat, le chef de l’État a réitéré son attachement au respect des règles démocratiques et au principe de limitation des mandats. «Je n’ai pas l’intention de m’éterniser au pouvoir. Je respecterai la Constitution (qui limite à deux les mandats présidentiels)», a-t-il déclaré, tout en réaffirmant sa volonté de laisser en place des infrastructures durables et une refonte en profondeur du système politique.
S’il concède que tout ne pourra être accompli en une seule présidence, il a affirmé néanmoins que les bases du changement auront été posées : «Même si je n’ai pas tout réussi, j’aurais eu le mérite de montrer aux Algériens que cela était possible. La voie sera tracée. Ce sera aux générations futures de parachever le travail».

Un partenariat sans contentieux avec l’Italie
L’Italie s’affirme, au fil des jours, comme un partenaire privilégié pour l’Algérie, devançant ainsi d’autres nations européennes dans l’intensification de ses liens économiques et diplomatiques. Ce partenariat stratégique avec l’Italie, dirigée par l’extrême droite, dont la présidente du Conseil des ministres, Giorgia Meloni, a fait l’objet de nombreuses interrogations, notamment dans les colonnes du quotidien L’Opinion, qui a abordé la question avec le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.
Concernant les relations bilatérales avec l’Italie, le président a fermement précisé : «L’Italie a toujours été un partenaire très fiable».
Il a notamment expliqué que «contrairement à l’extrême droite française, nous avons d’excellentes relations avec la droite radicale italienne, d’autant que nous n’avons aucun contentieux, ni mémoriel, ni autre.» Le président a par ailleurs souligné : «Nos amis italiens sont de bonne foi. On s’aide réciproquement et l’Italie renforce ses positions économiques chaque année.» Ces propos illustrent non seulement la confiance réciproque mais également la dynamique croissante des échanges économiques entre les deux pays, renforçant ainsi l’Algérie dans ses ambitions de diversification et de consolidation de ses partenariats internationaux.

L’Algérie en médiateur entre la Russie et l’Ukraine
Dans le même contexte, le président de la République a abordé la position de l’Algérie face au conflit en cours entre la Russie et l’Ukraine, mettant en lumière un «double standard» qu’il perçoit dans la manière dont certains pays traitent ce dossier. Il a exprimé l’incompréhension de son pays face à cette incohérence, précisant que certains appellent à condamner l’intervention militaire en Ukraine, tout en restant muets sur des situations similaires, comme «l’annexion du Golan ou du Sahara occidental».
Le chef de l’Etat a également évoqué sa propre initiative de dialogue, rappelant sa visite en Russie en juin 2023, au cours de laquelle il a été encouragé par le président français Emmanuel Macron à tenter une médiation pour la paix. Selon le président algérien, «le président russe m’a aussi donné son feu vert» pour discuter, manifestant une volonté claire de s’engager dans un processus de dialogue.
Cependant, il a regretté l’absence de réponse de la part de Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, malgré les efforts déployés pour trouver une issue pacifique à ce conflit.
G. S. E./APS

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