
Il rêvait d’une entrée dans les points pour le premier Grand Prix de Formule 1 de sa carrière. Au lieu de cela, Isack Hadjar a vécu un cauchemar en crashant sa Racing Bulls dès le tour de formation, en Australie. Le Français, « gêné » par cet incident rarissime à ce niveau, a tout de même été réconforté par Anthony Hamilton. Mais beaucoup moins par Helmut Marko…
Avant même ce Grand Prix d’Australie, on se souvenait du pire jour de la carrière d’Isack Hadjar. C’était le 8 décembre dernier, lorsque le Français avait calé sur la grille de départ de la dernière course de la saison de F2, durant laquelle il avait bataillé ferme pour y disputer le titre. On peut désormais affirmer, sans trop se tromper, que ce triste incident a été remplacé par un autre, ce dimanche, à Melbourne.
On savait que les conditions météorologiques constitueraient un immense traquenard pour les débutants et ce n’est sans doute pas un hasard si quatre des six «rookies» n’ont pas été en mesure de boucler la première course de l’année. On n’imaginait pas, en revanche, que l’un d’eux puisse se faire piéger dès les premiers virages du tour de formation.
Hadjar, jeune homme à la personnalité rafraîchissante, au talent certain et aux premières séances encourageantes, a vécu la terrible difficulté de vivre son premier Grand Prix de Formule 1 sans parvenir à en prendre le départ. Son baptême s’est arrêté dès le deuxième virage du tour de formation, alors que la piste était encore détrempée par les violentes averses qui s’étaient abattues sur l’Albert Park.
«J’ai perdu l’arrière, ces voitures partent si vite dans ces conditions, a-t-il expliqué dans l’exercice difficile des obligations médiatiques, après coup. J’ai essayé de retrouver l’adhérence mais je n’ai pas réussi.» L’arrière de sa Racing Bulls a heurté le mur et contraint le Parisien à abandonner.
«Gêné», comme il l’a répété aux médias, le pilote de l’académie Red Bull a ensuite vécu cet interminable moment de solitude au bord des larmes, casqué, et dont la détresse a été diffusée en mondovision. Sur le chemin du retour à son box, il a au moins croisé la présence réconfortante d’Anthony Hamilton, père de son idole Lewis.
«Dès que j’ai vu ce qui lui est arrivé, je me suis senti mal pour lui, a confié le père du septuple champion du monde sur Canal+. Je sais à quel point c’est difficile pour ces jeunes pilotes qui arrivent en F1. Il y a tellement de pression, tout le temps. Alors, si vous êtes là pour votre premier Grand Prix et que rien ne se passe… ça doit être l’un des pires sentiments du monde. J’avais vraiment mal pour lui. J’ai juste voulu le réconforter. J’ai voulu me comporter comme un père.»
«C’était un geste très sympa, a admis Hadjar par la suite. Il m’a dit de garder la tête haute, que j’avais fait du bon travail hier…». Jusqu’ici, le pilote de 20 ans avait effectivement réussi ses premières séances, manquant même de peu un passage en Q3 lors de la qualification.
Mais le Français ne sait que trop bien qu’il sera surtout jugé sur ce qu’il est capable de réussir le dimanche. Helmut Marko n’a pas tout à fait le même point de vue qu’un Anthony Hamilton ou un Peter Bayer, patron de l’écurie Racing Bulls qui a rapidement mis en avant les circonstances atténuantes pour défendre son pilote.
En début de week-end, le grand manitou de la filière Red Bull s’était amusé à classer les débutants dans des catégories A, B et C, ce qui donne une idée de la froideur avec laquelle il juge les jeunes pousses. Dimanche, auprès de l’ORF, il n’a pas hésité à qualifier « d’embarrassant » le «show de larmes» d’un pilote qu’il avait très vite comparé à un «Petit Prost». Avec Marko, il n’y a jamais de demi-mesure.
C’est aussi la raison pour laquelle Hadjar a reçu tant de soutiens venus d’autres camps. Tous connaissent l’impitoyable politique de la firme autrichienne et de sa lessiveuse de talents. «C’est une petite faute qui peut arriver mais on souffre avec lui, a glissé Toto Wolff, patron de Mercedes, sur Canal+. Il a de l’avenir en F1, c’est clair.»
