
A travers cet entretien exclusif, El hadi Ould Ali, président de la JS Kabylie, évoque l’actualité de son club sans détours. La remontée de l’équipe première, l’apport du coach Zinnbauer, l’exploit de l’équipe féminine, la régression des catégories jeunes, le projet du centre de formation, les objectifs du club, ses projections futures… le président fait le point sans concession à Alger16.
Entretien réalisé par Djaffar Chilab
Commençons par cette précieuse dernière victoire ramenée de Khenchela…
C’était un match qu’il ne fallait pas perdre. Mieux, l’idéal pour nous était de le gagner pour rester sur la lancée des bons résultats. Il fallait donc éviter de caller. Au-delà des trois points de la victoire, c’était essentiel au plan moral pour les joueurs, le coach, le staff de manière générale. C’est une excellente chose pour nous.
Tout le monde s’accorde à relever l’amélioration du jeu de l’équipe devenu plus attractif…
Tout à fait, l’équipe fait une progression agréable depuis le match du Mouloudia. Il y a une évolution très significative sur tous les plans, notamment dans la qualité et la maîtrise du jeu développé par l’équipe. Et la touche de l’entraineur est visible aujourd’hui. C’est là tout son mérite car j’avoue qu’on n’a pas fait un grand mercato. J’en profite pour renouveler toute la confiance de la direction du club au coach et à son staff. Il a la liberté d’agir dans son domaine sportif et technique. Et nous sommes là pour lui garantir soutien et logistique.
Parlons-en de ces arrivées du mercato. Boudjemaa a l’air de bien satisfaire ?
Oui, il fait un travail remarquable au milieu, il a rajouté de l’abattage et renforcé l’entre jeu de l’équipe. Ce qui a permis d’asseoir une bonne organisation au milieu. Le mérite est aussi partagé par les autres éléments qui se donnent à fond et appliquent la nouvelle assise de jeu mise en place.
Ignatev ?
Il commence à s’adapter doucement. Attention, malgré la présence de sa petite famille qu’il a fait venir à ses côtés, pour lui c’est un grand changement dans sa vie. Il découvre un autre univers différent du sien, mais il ne s’ennuie pas du tout. Il est en train de s’accommoder progressivement, et sur le plan sportif sa passion et son engagement sur le terrain sont mis en avant. Il a déjà montré de belles choses, ne le pressons pas, évitons lui la pression, c’est un atout pour l’équipe en progression.
Revenons à cette victoire de Khenchela, désormais la JSK prend bien place en haut du tableau…
Ce n’est qu’un retour à la normale des choses. La JSK n’est pas du tout un club qui peut se contenter de jouer les seconds rôles, encore moins le bas du tableau. Elle est une équipe des premiers rôles et je pense qu’on est désormais sur la bonne voie. Il reste neuf matchs à jouer et tout reste possible pour nous. En attendant le match retard du Mouloudia, nous sommes à cinq points de la première place, à un point du deuxième, et ex aequo avec l’USMA, avec par ailleurs une certaine avance sur nos poursuivants. Donc je considère qu’on a un bon coup à jouer. La victoire de Khenchela nous a bien propulsés au niveau qu’on voulait atteindre.
On dirait que l’appétit vient vraiment en mangeant pour vous, comme dirait l’autre ?
Il y a déjà une bonne raison qui nous permet d’aspirer à mieux, car comparativement à la saison dernière, les choses ont beaucoup et nettement évolué en mieux cette année. Cela dit, et comme l’a appuyé le coach, il ne faut pas trop s’enflammer. N’empêche que l’équipe s’exercera à négocier au mieux ses matchs restants. Ce ne sera pas facile, c’est la logique de chaque fin de saison que ce soit en haut ou en bas du tableau, mais il faut aller à fond.
Vous êtes optimistes pour un beau finish ?
Je pense raisonnablement, malgré la complexité de la mission, qu’on a aujourd’hui une équipe capable de bien nous surprendre. On sent qu’il y a une bonne cohésion, de la solidarité, une entraide formidable au sein du groupe, un jeu collectif productif et attractif qui est en train de se mettre en place. Et le plus important de tout il y a l’envie de gagner partagée entre les joueurs et le staff.
Etre sur le podium en fin de saison est un objectif qui vous contenterait ?
Une chose est sûre, on jouera nos chances à fond pour le titre, pourquoi pas ? Il reste 27 points en jeu, à nous d’aller glaner le maximum possible. On a encore cinq matchs à domicile et quatre à l’extérieur. Faisons le plein à Tizi-Ouzou et sensation ailleurs, et pourquoi ne pas refaire l’exploit de Khenchela lors d’autres sorties. Après, si par malheur, ça ne vient pas, car cela dépendra aussi des résultats de nos concurrents, il faudra au moins assurer une place africaine. La JSK est une marque à l’international et elle le restera. L’ambition de la JSK et ses supporters c’est de reconquérir l’Afrique.

Une belle équipe qui s’améliore, un beau stade, une formidable galerie, vous semblez bien miser sur une compétition internationale l’année prochaine ?
Absolument ! Nos supporters méritent bien ça. Dès l’entame du championnat, ils ont été là pour l’équipe, mobilisés dans la joie et les peines qu’on a eu à traverser. On a une galerie magnifique et ce n’est pas par hasard qu’elle a été sacrée lauréate du prix de la meilleure galerie la saison dernière déjà. Cette année encore ils n’ont jamais failli de soutenir leur équipe dans la correction et le civisme les plus exemplaires, y compris lors des matchs joués à Tizi-Ouzou par notre équipe nationale. Ils ont fait aussi avec l’équipe même les déplacements les plus lointains, et ils ont une bonne part aussi dans les résultats réussis. J’ai toujours dit que les supporters sont le cœur et l’âme de l’équipe de la JSK.
En parlant de supporters, vous faites la transition pour évoquer les malheureux incidents enregistrés au stade Hocine Aït Ahmed lors de ce match de coupe entre le CRB et le MOB. Le communiqué de la JSK à ce sujet a été diversement apprécié…
Il faut comprendre avant tout que la JSK a, en pareilles situations, la responsabilité et le devoir de déplorer les incidents enregistrés dans un stade où elle évolue. C’est notre stade où on joue ! On a bien précisé qu’on n’a pas visé toute la famille du CRB qu’on respecte et avec laquelle nous entretenons des relations d’amitié et de fraternité excellentes. Ces incidents ont été l’œuvre d’un groupe et seuls ces auteurs doivent se sentir visés et devraient se ressaisir. Mais sinon, les supporters du CRB restent toujours les bienvenus à Tizi-Ouzou. Pour moi, l’incident est clos. D’ailleurs j’ai même eu le président Rabehi au téléphone aujourd’hui même (ndlr entretien réalisé lundi) et on a cordialement échangé. Il nous reste à faire du prochain match qui réunira les deux équipes dans le même stade un grand moment de football et de sportivité pour effacer définitivement cette tache laissée par ce groupe.
Mais avant, il y a d’abord l’US Biskra qui pointe le 12 avril prochain. Et pendant ce temps l’absence prolongée du capitaine Boudebouz soulève des interrogations chez les supporters. Qu’en est-il exactement ?
Boudebouz a fait globalement une bonne entame de saison. Elle a été graduelle à se dessiner certes mais il a fini par atteindre un bon rythme. Les statistiques plaident pour lui, il reste le buteur de l’équipe, il excelle aussi dans les passes décisives. Il est efficace sur le terrain. Il est respecté au sein du groupe. Il nous aide aussi en dehors du terrain puisque, je vous fais une confidence, il a contribué dans la venue de Boudjemaa. Maintenant un joueur de sa trempe, il est tout à fait normal que les supporters attendent toujours plus de lui. Malheureusement il y a ces blessures qui le handicapent. Les staffs technique et médical sont conscients de la situation, et le plus important ce n’est pas quelqu’un qui rechigne sur le travail. Charge à lui de revenir à son meilleur niveau, je pense que c’est son souci aussi. Il est venu à la JSK pour réussir un bon parcours avec l’équipe. Il est en train de faire des efforts, il travaille, il sait qu’il doit faire plus car l’équipe a besoin de lui.
Le gardien Haddid semble la satisfaction qui sort du lot non ?
Franchement, je considère que c’est avant tout la réussite globale d’un groupe encadré par un bon staff. Maintenant, c’est vrai que pour un jeune à qui on a endossé des responsabilités auxquelles il ne s’attendait peut-être pas, je dirais qu’il a fait preuve d’une grande réussite dans sa mission. Il a bien assuré après la défection de Merbah. Et ses prestations font de lui un élément qui est propulsé aux devants des projecteurs. Nous sommes satisfaits de son rendement. Il a beaucoup progressé et j’espère que ça lui ouvrira les portes de l’avenir. L’histoire des gardiens de la JSK ne date pas d’aujourd’hui. Cerbah, Harb, Amara, Hamenad, Boughrara, Gaouaoui, pour ne citer que ceux-là ont tous fini par garder les bois de la sélection nationale. C’est tout le mal que je lui souhaite que de faire perpétuer cette tradition. Cela est valable aussi pour les autres joueurs.
Et quelles sont les nouvelles de Merbah ?
Il va de mieux en mieux. Il va être bientôt de retour au pays, dans une quinzaine de jours au plus, et il devrait de suite réintégrer le groupe. Il devrait être là d’ici le 19 avril à ma connaissance. Nous nous réjouissons pour lui et pour l’équipe de tourner enfin cette malheureuse page.

Parlons maintenant des jeunes catégories, quelle appréciation faites-vous de leurs parcours ?
Bah, je peux déjà dire que c’est un bilan très mitigé. On a enregistré une nette régression pour certaines catégories à laquelle il faudra remédier. Toutes les catégories sont éliminées de la coupe d’Algérie, et en dehors des U21, on est loin du podium à espérer en championnat. On est conscient que la prise en charge des jeunes passera fatalement par la concrétisation du centre de formation du club, à l’instar des grandes équipes. Le projet a accusé du retard faute de régularisation de l’assiette de terrain qui nous a été attribuée à Oued Aissi, cette dernière s’étant avérée du domaine de l’hydraulique. Mais on est sur une solution de rechange du côté de Yakouren, et je salue à l’occasion l’APC locale pour sa collaboration, mais aussi l’accompagnement actif du wali de Tizi-Ouzou. Le projet est bien pris au sérieux. Certes, cette année on a été trop pris par l’équipe première, mais on fera en sorte qu’à l’avenir ces jeunes catégories bénéficieront de la même attention que l’équipe A pour garantir une meilleure relève.
Il y a aussi l’équipe féminine…
Chez les féminines, c’est pour nous la grande satisfaction. Un travail remarquable a été accompli puisqu’elles ont déjà assuré l’accession en division excellence. Au passage, je rends hommage au staff et aux joueuses qui sont également aux portes de la finale en coupe d’Algérie. Elles jouent la demi-finale le 12 avril prochain contre Relizane qui est une coriace équipe de la division excellence. Mais on a des raisons d’y croire puisqu’elles jouent à domicile et ont déjà éliminé El Khroub, qui est également une grosse cylindrée de la division Excellence, au tour précédent. Quelle que soit l’issue, leur parcours restera historique, et l’équipe est à féliciter pour le travail accompli.
Un sujet peut-être qui vous tient à cœur qu’on n’a pas évoqué ?
Ma gratitude va au propriétaire du club, Mobilis, dont le P-DG a mis à la disposition du club tous les moyens nécessaires. Car sans la disponibilité des moyens, l’attention et les encouragements que nous manifeste Mobilis qui supporte jusque-là seul toutes les charges, on en serait certainement pas à la réjouissance qu’on ressent aujourd’hui autour de l’équipe. Notre reconnaissance est également entière à monsieur le wali de Tizi-Ouzou, et aux différentes institutions sportives ou autres, qu’elles soient locales ou nationales qui nous accompagnent pour mener à bien notre mission, notamment les services de sécurité. La JSK est en pleine restructuration, les choses sont en train de se mettre en place progressivement et le meilleur est à venir, j’en suis persuadé. Enfin, je ne cesserai de dire tout le mérite de nos supporters qui donnent au club l’âme qui l’anime.
C’est votre mot de la fin ?
Peut-être avez-vous déjà une ébauche de la JSK de 2026…
C’est un peu trop tôt pour en parler même si je vous concède qu’une vision est déjà projetée. Des séances de travail ont déjà été tenues dans ce sens avec le coach pour arriver à un exercice 2025 – 2026 meilleur en tout points de vue que cette année qu’il faudra, bien entendu, finir en beauté. La JSK doit présenter une meilleure équipe et une meilleure image. Elle doit renouer avec le haut niveau et s’y distinguer.
Dj. Chilab
