
« La France doit reconnaître les massacres de 1945 et l’ensemble de ses crimes coloniaux en Algérie »
La France doit reconnaître les massacres qu’elle a commis en Algérie en mai 1945, ainsi que l’ensemble des exactions perpétrées durant les 132 années d’occupation coloniale. C’est là «notre crédo», a affirmé Abdelhamid Salakdji, président de la Fondation du 8 mai 1945, dans un entretien accordé à l’APS.
«La Fondation a toujours revendiqué, et continue d’exiger, que la France reconnaisse ses crimes, notamment le génocide du 8 mai 1945», a déclaré M. Salakdji, estimant que «les massacres de masse commis il y a 80 ans, qui constituent une page noire de l’histoire de France, ont été le crime de trop. Un peu plus de neuf ans plus tard, le souffle de Novembre balaiera notre pays et fera rugir nos montagnes.»
Abdelhamid Salakdji, qui a consacré de longues années à la collecte de témoignages, d’études, d’ouvrages historiques et de déclarations d’historiens – y compris français – sur les événements du 8 mai 1945 à Sétif, rappelle que les nationalistes algériens avaient alors choisi de participer aux célébrations de la victoire sur le nazisme pour y faire entendre leur revendication de l’indépendance de l’Algérie.
Il retrace, dans le détail, l’organisation de cette célèbre marche pacifique, soigneusement préparée par les Amis du manifeste et de la Liberté (AML), mouvement fondé par Ferhat Abbas un an auparavant.
Il a expliqué que «le 8 mai 1945 coïncidait avec un mardi, jour de marché. La ville de Sétif s’apprêtait, comme chaque semaine, à accueillir des centaines de citoyens venus des villages, mechtas et douars environnants. L’occasion était idéale pour mobiliser le plus grand nombre et donner à la marche la résonance souhaitée».
Le choix de la mosquée Abou Dhar El Ghifari comme point de départ de la marche n’était pas anodin, souligne M. Salakdji : située à quelques dizaines de mètres de la rue de Constantine, elle permettait à la procession de se diriger vers le Monument aux morts pour y déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale. La couronne était portée par feu Belkacem Bella, précédé par un groupe de jeunes scouts musulmans, suivis de militants nationalistes chargés d’encadrer la marche. Tout avait été planifié dans les moindres détails : à un moment précis, les militants devaient déployer des banderoles et brandir le drapeau algérien, au rythme des chants scouts entonnant «Hayou Echamal Efriqi» (Saluez l’Afrique du Nord).
Selon M. Salakdji, quatre banderoles avaient été
préparées : «Vive l’Algérie libre», «Algérie musulmane», «Libérez Messali El-Hadj» et «Libérez les prisonniers». Le drapeau algérien devait être dissimulé sous le burnous d’Aïssa Cheraga, choisi pour sa grande taille, avant d’être hissé sur signal.
Tout se déroulait comme prévu, la foule était disciplinée. La procession s’apprêtait à bifurquer vers le Monument aux morts, à hauteur du «Café de France», lorsqu’une voiture noire apparut. À son bord se trouvaient quatre officiers de la police française : Olivieri, Valère, Haas et Fons. Ayant reçu l’ordre de stopper le cortège et saisir les bannières séditieuses», ils commencèrent par tirer en l’air, avant de viser directement Aïssa Cheraga, porteur du drapeau, puis Bouzid Saâl, qui avait repris l’étendard après que Cheraga eut été blessé. Bouzid Saâl, touché à la tête, succomba plus tard à ses blessures à l’hôpital de Sétif. Il fut la première victime des massacres du 8 mai 1945. Le chaos s’ensuivit. Les policiers tirèrent sur la foule. Vers 11h30, les troupes militaires arrivèrent en renfort depuis la caserne de Sétif, notamment des tabors marocains et des tirailleurs sénégalais. Des centaines de personnes furent tuées à Sétif, avant que la répression ne s’étende aux régions environnantes durant plusieurs semaines, faisant des dizaines de milliers de morts parmi les civils désarmés.
Rappelant la devise de la Fondation, «Afin que nul n’oublie», M. Salakdji appelle les jeunes Algériens à l’unité et à la cohésion autour du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, «qui place la jeunesse au cœur de ses priorités, pour protéger nos richesses et faire face aux menaces pesant sur notre pays».
M. Khadidja
