
Sami Boukaila, président du Conseil d’affaires algéro-américain, a annoncé vendredi dernier, lors d’une intervention sur AL24 News, la mise en place prochaine d’un projet industriel d’envergure, réunissant le groupe public Sonatrach, une entreprise américaine et une société turque, autour de la production de fer vert à partir d’hydrogène vert généré par des énergies renouvelables.
«Aujourd’hui, nous avons constaté qu’un projet d’envergure est en cours de structuration entre une entreprise américaine, Sonatrach et une société turque, visant à produire du fer vert via de l’hydrogène vert issu d’énergies renouvelables», a indiqué M. Boukaila. Ce partenariat tripartite s’inscrit dans une dynamique mondiale de décarbonation de l’industrie lourde et pourrait positionner l’Algérie comme un acteur clé de la transition énergétique en Méditerranée.
Dans le prolongement de cette annonce, M. Boukaila a mis en exergue l’intérêt croissant des entreprises américaines pour le marché algérien, notamment dans les domaines de la digitalisation, de l’intelligence artificielle, des data centers et des technologies de l’information (ICT). Il a souligné l’existence de projets majeurs en gestation, susceptibles de catalyser l’innovation locale et de créer des ponts technologiques entre Alger et la Silicon Valley.
«Les sociétés américaines manifestent un intérêt fort pour l’Algérie, notamment dans les domaines du numérique, des data centers et de l’intelligence artificielle. Des projets structurants sont à venir, qui offriront des perspectives réelles aux start-up algériennes pour accéder au marché américain, en particulier dans les technologies de l’information, le digital et internet», a-t-il révélé.
De plus, le président du Conseil a insisté sur le fait que l’accès des jeunes entreprises algériennes au marché nord-américain n’est pas une utopie, mais une ambition réalisable à condition d’une vision entrepreneuriale claire, d’un engagement fort et d’un positionnement fondé sur la qualité, l’innovation et la rigueur professionnelle.
«Ce dont nous avons besoin, c’est d’entreprises algériennes ambitieuses, résolument tournées vers l’international et prêtes à investir sérieusement sur le marché américain. Ce marché est ouvert aux produits algériens, industriels comme agricoles : ciment, acier, pneumatiques, mais aussi huile d’olive et dattes Deglet Nour.»
L’intervention de M. Boukaila s’inscrit dans une stratégie plus large visant à accélérer l’intégration des start-up et des entreprises algériennes dans les chaînes de valeur mondiales, en particulier dans les secteurs à forte valeur technologique.
G. Salah Eddine
D’importants partenariats algéro-américains sont attendus
Dans un contexte géopolitique mondial marqué par une reconfiguration accélérée des flux énergétiques, l’Algérie s’impose comme une destination stratégique pour les investissements internationaux dans les hydrocarbures. Ce repositionnement est incarné par l’intérêt croissant que manifestent les grandes compagnies américaines, à l’instar d’ExxonMobil, Chevron et Occidental Petroleum, pour développer des partenariats à long terme avec le groupe national Sonatrach.
Ce tournant structurel, à la fois régional et international, s’exprime par la multiplication des visites de délégations américaines de haut niveau à Alger, sur fond d’une volonté politique partagée de renforcer les plateformes de coopération énergétique.
Mercredi dernier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu John Ardill, vice-président chargé de l’exploration globale chez ExxonMobil, qui a exprimé la volonté ferme du géant américain d’accélérer ses investissements en Algérie. Lors de l’entretien, John Ardill a salué la compréhension fine du Président Tebboune des enjeux liés aux opportunités d’investissement, mettant en avant le potentiel mutuellement bénéfique d’un partenariat stratégique entre Sonatrach et ExxonMobil.
La présence d’ExxonMobil en Algérie est perçue par les analystes comme hautement symbolique : elle dépasse le cadre d’une simple incursion commerciale pour s’inscrire dans une reconnaissance internationale de la stabilité et du potentiel algérien en tant que hub énergétique alternatif. Ce positionnement est d’autant plus stratégique qu’il intervient dans un contexte de remise en cause de la fiabilité de plusieurs fournisseurs traditionnels à la suite de la guerre en Ukraine et de l’instabilité au Moyen-Orient.
Planification d’investissement concrète
La visite d’Ardill intervient dans le sillage de la signature d’un mémorandum d’entente entre ExxonMobil et Sonatrach, l’an dernier, signalant un changement de paradigme : la relation entre les deux groupes passe désormais du stade de l’exploration d’opportunités à celui de la planification opérationnelle.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large. Il y a seulement quelques jours, le Président Tebboune a également reçu une délégation de Chevron, qui a salué la réactivité du gouvernement algérien et son engagement dans la poursuite des négociations en cours.
Parallèlement, Sonatrach a signé deux nouveaux protocoles d’accord avec Occidental Petroleum à l’occasion du Forum algéro-américain de l’énergie 2025. Ces accords visent à intensifier la coopération dans l’exploration et la production d’hydrocarbures, consolidant ainsi la présence des trois majors américaines en Algérie.
Cette orientation traduit la volonté stratégique d’Alger de diversifier ses partenaires énergétiques de référence. Selon le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, cette démarche vise à stimuler la concurrence positive sur le marché local, au service d’un transfert technologique accru, de la formation des cadres nationaux et de la modernisation des processus industriels.
Vers une nouvelle architecture d’investissement et d’emploi
Les experts estiment que cette convergence entre l’Algérie et les États-Unis pourrait ouvrir la voie à des flux d’investissement significatifs dans des zones encore sous-exploitées, avec en parallèle un fort potentiel en matière de transfert de savoir-faire, de digitalisation du secteur énergétique et de création d’emplois dans les nouvelles technologies.
Au-delà du champ énergétique, cette intensification de la coopération est perçue comme un signal fort de la diversification diplomatique algérienne. Le pays ne se limite plus à ses partenariats européens traditionnels, mais s’ouvre à des alternatives stratégiques structurantes, en particulier avec les grandes multinationales américaines.
Ce rapprochement accéléré entre Alger et Washington repose également sur un socle politique renforcé. La récente rencontre entre le secrétaire général du ministère algérien des Affaires étrangères, Lounès Magramane, et l’ambassadrice des États-Unis en Algérie, Elizabeth Moore Aubin, a mis en lumière l’engagement réciproque à approfondir la coopération bilatérale dans une logique multisectorielle.
Cette intensification des liens économiques s’accompagne d’un élargissement de la coopération sécuritaire. La visite rapprochée du général Michael Langley, commandant de l’AFRICOM, suivie de la signature d’un mémorandum d’entente entre les ministères de la Défense des deux pays, témoigne d’un alignement stratégique global qui conforte la place de l’Algérie comme acteur pivot dans le Maghreb et en Méditerranée.
G. S. E.
