
Lors de l’émission «Nabd Al-Djazair» (Le battement de l’Algérie), diffusée mardi dernier sur la chaîne de télévision AL24 News, des experts ont analysé le rapprochement stratégique en cours entre les États-Unis et l’Algérie. Selon eux, ce rapprochement est devenu encore plus visible à travers la récente lettre adressée par le président américain Donald Trump au président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.
Si l’histoire des relations algéro-américaines remonte à la fin du XVIIIe siècle, leur actualité témoigne d’un basculement de nature. Loin des rapports ponctuels ou des partenariats sectoriels d’antan, ce qui s’esquisse aujourd’hui est une architecture stratégique durable, nourrie d’intérêts communs, mais surtout d’une convergence assumée de visions sur la souveraineté, la stabilité régionale et la diversification économique.
Le clin d’œil de Donald Trump dans sa lettre, rappelant que les deux pays célèbrent leur indépendance le même jour, ne relève pas uniquement de la symbolique : il s’agit d’un rappel discret mais ferme que l’Algérie a été l’un des premiers États à reconnaître l’indépendance américaine en 1783, jetant les bases d’une relation fondée sur le respect mutuel et la réciprocité. Cette profondeur historique confère un sens particulier à toute relance diplomatique : la confiance n’est pas à construire, elle est à actualiser.
Une convergence symbolique que Donald Trump évoque comme un « signe profond des liens historiques » unissant les deux nations.
Cette correspondance n’est pas anodine, comme le rappelle le politologue Mohamed Benkherouf lors de l’émission : »C’est cette même date qui a vu naître les États-Unis d’Amérique et l’Algérie, qui a lutté pour son indépendance après 132 ans de colonisation, a été l’un des premiers pays à reconnaître l’Amérique en 1783. Ce lien fondateur a marqué la mémoire stratégique américaine. »
Au cœur du message de Trump, l’insistance sur la coopération sécuritaire. Washington reconnaît le rôle crucial de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme international.
« Aujourd’hui, les États-Unis savent qu’ils peuvent compter sur Alger plus que jamais », estime Benkharouf.
Pour le politologue Mohamed Benkharouf, il faut lire entre les lignes du discours américain :
« La visite du commandant d’AFRICOM, il y a quelques mois, n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une volonté affichée de construire un véritable partenariat stratégique et durable avec Alger, qui dépasse les simples intérêts ponctuels. »
Selon lui, le contexte africain a radicalement changé. La France, puissance coloniale historique, voit son influence s’effriter face à la montée en puissance de la Chine, de la Russie et de la Turquie.
Sur le plan régional, les experts américains perçoivent Alger comme un acteur pivot au Sahel, capable de stabiliser une zone en proie à une insécurité chronique, sans ingérence étrangère, mais par le dialogue, la médiation et la maîtrise du terrain.
Un tournant économique stratégique
Mais ce message diplomatique est aussi et surtout économique. Donald Trump salue l’ouverture croissante du marché algérien aux grandes entreprises américaines. L’intérêt manifeste de Chevron et ExxonMobil, récemment reçues à Alger, marque un tournant. Pour l’économiste Djamel Eddine Noufel, cette dynamique s’inscrit dans une vision de long terme :
« L’Algérie est en train de devenir un marché énergétique stratégique et un partenaire fiable. L’accueil réservé aux géants américains du secteur démontre que la politique de modernisation économique porte ses fruits. »
Noufel insiste sur les réformes profondes entreprises dans le secteur des hydrocarbures et de l’investissement :
« La nouvelle loi sur l’investissement, la numérisation des procédures, la stabilité politique, ainsi que les efforts de Sonatrach dans le respect des normes environnementales – à hauteur d’un milliard de dollars pour limiter les émissions de gaz – montrent que l’Algérie veut s’inscrire dans une logique de croissance durable. »
Donald Trump appelle également à « élargir la coopération culturelle et académique », un domaine encore trop peu exploré, mais porteur d’avenir.
À l’heure où le monde connaît de profonds bouleversements géostratégiques, la convergence entre les visions algérienne et américaine s’avère plus pertinente que jamais.
« Les États-Unis ont besoin de partenaires solides, stables, enracinés dans leurs valeurs et ouverts à l’avenir. L’Algérie en fait partie », ajoute M. Djamel Eddine Noufel. La lettre de Donald Trump n’est donc pas une simple formalité. Elle marque un tournant. Un moment où les deux nations peuvent, si elles le veulent, entrer dans un âge nouveau de coopération stratégique, basé non plus sur l’histoire seule, mais sur une vision commune des enjeux du XXIe siècle.
Un glissement du soft power au real power
Ce repositionnement des États-Unis s’inscrit dans une lecture froide mais lucide des nouvelles dynamiques du continent africain. Là où la France perd du terrain, la Chine bâtit ses routes, la Russie étend ses alliances, l’Algérie se distingue par une constance géopolitique et une autonomie diplomatique, qui la rendent de plus en plus précieuse dans l’équation américaine.
Ce qui distingue l’approche algérienne, c’est le refus des rapports de domination. La coopération se bâtit, certes, autour d’intérêts – sécurité énergétique, lutte contre le terrorisme, ouverture de marché – mais elle se structure autour de principes.
Le revirement implicite de l’administration américaine sur le dossier du Sahara occidental – en désavouant progressivement la reconnaissance de Trump – illustre ce retour au droit international que réclame Alger depuis toujours.
Sur le plan économique, l’attractivité nouvelle de l’Algérie ne repose plus seulement sur ses gisements pétroliers, mais sur une série de mutations structurelles. Le nouveau Code de l’investissement, les réformes bancaires, la digitalisation des procédures, et l’engagement pour une industrialisation à haute valeur ajoutée créent un cadre inédit qui séduit désormais les majors américains.
L’intérêt porté par Chevron, ExxonMobil, mais aussi des acteurs des secteurs minier, logistique et technologique en témoignent. L’Algérie ne veut plus exporter des matières premières brutes, elle veut co-produire, transformer, valoriser localement, dans une logique de souveraineté économique maîtrisée.
De plus, la diplomatie algérienne, souvent sous-estimée, est aujourd’hui reconnue pour sa capacité à dialoguer avec tous les pôles sans jamais s’aligner. Elle devient un atout dans un monde où l’Occident lui-même redécouvre les vertus de la non-ingérence. Enfin, rappelons que l’histoire commune entre Alger et Washington n’est pas un simple souvenir diplomatique ; elle est en train de redevenir une plateforme active de coopération à 360°. Si les deux pays réussissent à articuler leurs convergences sécuritaires, énergétiques et commerciales autour d’un socle de respect mutuel, alors c’est un véritable âge d’or qui peut s’ouvrir pour les décennies à venir. Le défi ne sera pas seulement de signer des accords. Il sera de les inscrire dans la durée, de les rendre équilibrés et, surtout, de ne jamais perdre de vue que dans un monde incertain, les relations fondées sur les principes sont les seules à pouvoir résister au temps.
G. Salah Eddine
