5e session du sommet intergouvernemental algéro-italien : Plusieurs d’accords signés entre les deux nations

La cinquième session du sommet intergouvernemental algéro-italien, tenue hier à Rome, a marqué une étape déterminante dans l’évolution du partenariat stratégique entre les deux rives de la Méditerranée. À travers la signature de plusieurs accords bilatéraux, l’Algérie et l’Italie ont affirmé leur ambition commune de structurer une nouvelle architecture de coopération fondée sur la complémentarité des économies, le transfert de savoir-faire et la souveraineté industrielle partagée.

L’Algérie et l’Italie, deux pays unis par une amitié historique, bénéficient aujourd’hui d’un partenariat stratégique d’une intensité sans précédent. Porté par une volonté politique affirmée, ce rapprochement s’incarne dans une dynamique multisectorielle, ambitieuse et structurée. La tenue, à Rome, de la 5e session du Sommet intergouvernemental de haut niveau entre les deux pays en a constitué le point d’orgue. Coprésidée par le président de la République algérienne, M. Abdelmadjid Tebboune, et la présidente du Conseil des ministres italien, Mme Giorgia Meloni, cette rencontre a confirmé le tournant qualitatif des relations bilatérales.

Une dynamique de co-industrialisation et de formation technique
Au cœur de cette relance se trouve une volonté algérienne clairement affirmée : capter l’investissement productif, localiser l’expertise, et réduire la dépendance aux chaînes de valeur extérieures. L’accord signé entre l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE) et la société publique algérienne Sonarem illustre parfaitement cette orientation. Il prévoit la création à Oran d’un centre de formation technologique dans le secteur du marbre et des pierres ornementales, financé par l’Italie mais porté structurellement par l’Algérie. Ce projet pilote traduit l’ambition algérienne de devenir un pôle de compétences régionales dans les matériaux de construction à haute valeur ajoutée.
Dans le domaine industriel, le groupe italien Sigit s’est engagé, en partenariat avec ACS Holding Algérie, à implanter à Sétif une unité de production de composants plastiques pour le secteur automobile, avec une orientation claire vers l’intégration dans les chaînes de Stellantis. Une autre entente a été conclue avec le groupe Madar pour le développement de l’EcoParc Industriel Enrico Mattei à Tissemsilt, conçu comme un levier de relocalisation industrielle et de génération d’emplois qualifiés.

Consolidation de la souveraineté énergétique
Sur le plan énergétique, l’accord signé entre Sonatrach et Eni porte à la fois sur la sécurité d’approvisionnement et sur les prémices d’une transition énergétique partagée. Il prévoit une extension des contrats gaziers au-delà de 2027, ainsi que de nouveaux investissements en amont. L’Algérie, qui fournit aujourd’hui plus d’un tiers du gaz naturel consommé par l’Italie, consolide ainsi son rôle de pilier stratégique de la sécurité énergétique européenne. La coopération s’étend également aux télécommunications avec un projet d’envergure : la pose d’un nouveau câble sous-marin reliant les deux pays, fruit d’un partenariat entre Algérie Télécom et Telecom Italia Sparkle. Ce corridor numérique sera accompagné de centres de données et de programmes de formation spécialisés, offrant à l’Algérie une base solide pour sa transition numérique souveraine.

Économie circulaire, sidérurgie verte et agro-industrie
Le sommet a également été l’occasion de poser les fondations d’une coopération industrielle tournée vers les décarbonations. L’accord entre CEIP Scarl – un consortium réunissant douze aciéries italiennes – et Copresud vise à implanter en Algérie une usine de production de fer pré-réduit (DRI) à faible émission carbone. Ce projet stratégique, d’une valeur estimée à un milliard d’euros, mise sur l’accès algérien à une énergie compétitive et propre pour renforcer la résilience de l’industrie sidérurgique européenne tout en créant une chaîne d’approvisionnement locale intégrée. Il prévoit également l’intégration progressive de l’hydrogène vert dans les processus de production, positionnant l’Algérie comme un acteur clé de l’acier décarboné en Méditerranée.
D’autres projets structurants dans l’économie verte concernent le recyclage de ferraille (Condor–Stemin), la valorisation des déchets organiques en biogaz et CO₂ alimentaire (Tecnocryo–Rayanox), et la construction d’infrastructures électriques bas carbone (Duferco–Copresud). Cette orientation confirme la volonté algérienne de structurer des pôles industriels durables, ancrés dans une stratégie de souveraineté écologique. Dans l’agro-industrie, les accords conclus avec des groupes italiens comme CFT et Rossi Ingegneria visent à doter l’Algérie d’unités modernes de transformation, réduisant les importations alimentaires et consolidant la sécurité nutritionnelle du pays. Ces partenariats s’intègrent dans une politique plus large de montée en gamme des filières agroalimentaires nationales.

Santé, pharmacie, mobilité et compétences
Par ailleurs, l’ouverture vers les secteurs de la santé et de la pharmacie s’est traduite par des accords de distribution de médicaments innovants, notamment en oncologie et dans le traitement des maladies rares, conclus entre les groupes italiens Chiesi et Menarini–Stemline et la Clinica algérienne. Parallèlement, des accords dans le textile médical, la mobilité verte (deux-roues électriques), et l’automatisation industrielle ont été signés, appuyés par un programme ambitieux de formation professionnelle entre l’Académie Comau, la Fondation Enrico Mattei et le groupe Berrahal.
Ces engagements dessinent un horizon économique fondé sur la maîtrise locale des compétences, la création d’emplois qualifiés et l’élévation technologique des entreprises algériennes dans un contexte où la formation devient l’axe structurant du développement.

Une vision stratégique algérienne assumée
Au-delà de leur portée technique, ces accords traduisent la transformation du positionnement économique de l’Algérie : d’exportatrice de matières premières à acteur structurant de chaînes de valeur industrielles et technologiques. La multiplication de projets à forte intensité de capital humain, le rôle moteur joué par les groupes publics algériens (Sonatrach, Sonarem, ACS, Madar…), et la capacité à attirer des investissements structurants soulignent la maturité stratégique d’un pays qui revendique désormais un rôle central dans les reconfigurations économiques euro-méditerranéennes.
Face aux bouleversements géopolitiques mondiaux, l’Algérie et l’Italie réinventent leur partenariat non plus sur la base d’un échange asymétrique, mais sur un socle d’équilibre, de complémentarité et de vision commune. Une dynamique qui, si elle se maintient, pourrait faire du binôme algéro-italien un modèle de coopération intelligente, solidaire et durable entre l’Afrique et l’Europe.

Un partenariat premium bien avant le sommet
Le partenariat entre l’Algérie et l’Italie ne date pas d’hier. Ancré dans une histoire de proximité politique, économique et culturelle, il s’agit d’un partenariat premium qui s’est construit bien avant le sommet de Rome. Dès la signature du Traité d’amitié, de coopération et de bon voisinage, il y a plus de vingt-ans, les deux pays ont posé les bases d’un dialogue stratégique régulier, intensifié au fil des années par des échanges de haut niveau, des investissements mutuels et une confiance politique constante. Ce socle ancien, nourri par des intérêts convergents et une complémentarité structurelle, a préparé le terrain à l’intensification actuelle de leur coopération dans des secteurs clés.
Rappelons que bien avant ce dernier sommet, l’Algérie s’était imposée comme le principal partenaire énergétique de l’Italie. Depuis 2022, elle en est le premier fournisseur de gaz naturel, couvrant près de 40 % des besoins de la péninsule, grâce au gazoduc TransMed reliant les deux rives de la Méditerranée. À cela s’ajoute le projet GALSI, toujours à l’étude, qui vise à relier directement l’Algérie à la Toscane via la Sardaigne. Cette infrastructure stratégique permettrait de renforcer la sécurité énergétique italienne tout en diversifiant les voies d’approvisionnement européennes.
L’engagement de la major italienne Eni en Algérie illustre l’intensité de cette coopération. Outre un plan d’investissement de 8 milliards d’euros sur quatre ans, un accord de codéveloppement de 1,35 milliard de dollars a été signé en juillet 2025 avec Sonatrach pour l’exploitation du bassin de Berkine. Cette synergie participe à la modernisation de la chaîne de valeur énergétique algérienne et conforte la convergence stratégique entre les deux pays. Au-delà des hydrocarbures, le partenariat s’élargit vers les énergies renouvelables. L’accord sur le projet Medlink – une interconnexion électrique de grande capacité – permettra à l’Algérie d’exporter de l’électricité verte vers l’Europe via l’Italie. Une feuille de route conjointe sur l’hydrogène vert et l’économie circulaire a, par ailleurs, été lancée à Rome, témoignant d’une vision commune d’une transition énergétique durable. L’agriculture et l’industrie s’imposent également comme piliers de cette alliance. En 2024, la société Bonifiche Ferraresi a signé un contrat de 420 millions d’euros pour exploiter 36 000 hectares à Timimoun, renforçant la sécurité alimentaire de l’Algérie tout en intégrant des transferts de savoir-faire agronomique. Sur le plan industriel, Tecnimont a décroché un contrat d’1,1 milliard de dollars pour la réalisation d’une unité pétrochimique à Skikda, accélérant la stratégie algérienne de transformation locale des ressources.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, les échanges commerciaux bilatéraux ont dépassé les 14 milliards d’euros, dont près de 11 milliards d’exportations algériennes essentiellement énergétiques. L’Italie, de son côté, a exporté pour un peu plus de 3 milliards d’euros de biens vers l’Algérie, notamment des équipements industriels, des véhicules, des machines-outils et des produits pharmaceutiques.

Plusieurs entreprises ancrées dans les deux pays
Plus de 150 entreprises italiennes opèrent en Algérie dans des domaines clés : BTP, énergie, infrastructures, agroalimentaire, santé, numérique. Parmi elles, Tecnimont, Condotte, Rizzani de Eccher, Webuild ou Bonifiche Ferraresi participent activement au tissu économique algérien. Côté algérien, le groupe ACS s’associe avec Sigit pour produire des composants automobiles, tandis que l’implantation progressive de Fiat marque le retour stratégique de l’industrie automobile en Algérie sur la base d’une logique industrielle partagée.
Les institutions économiques telles que le CREA algérien et la Confindustria italienne renforcent cette dynamique via la promotion de joint-ventures, le transfert technologique et la création d’écosystèmes industriels intégrés. Ce maillage institutionnel accompagne la montée en puissance d’une coopération structurée et orientée vers la performance.
Le sommet de Rome, tenu en juillet 2025, a permis de franchir une nouvelle étape. Des accords ont été conclus dans des secteurs aussi variés que l’éducation, la santé, l’économie verte, les technologies avancées, l’industrie spatiale, ou encore l’économie circulaire. Il a également réaffirmé une convergence politique forte sur les dossiers régionaux sensibles : soutien à la stabilité en Libye, à la paix au Sahel, au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, et à la cause palestinienne.
Ce partenariat dépasse aujourd’hui le cadre d’une simple relation bilatérale. Il s’inscrit dans une démarche de diplomatie économique intégrée, alliant stratégie, souveraineté industrielle, coopération énergétique et transition verte. Pour l’Algérie, il représente un levier de diversification et un vecteur de montée en gamme de son économie. Pour l’Italie, il incarne une passerelle vers l’Afrique et une réponse à ses besoins en sécurité énergétique. Ensemble, Alger et Rome tracent les contours d’un avenir partagé, fondé sur la confiance, la complémentarité et l’ambition méditerranéenne.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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