
L’avocate d’origine algérienne Khadija Aoudia, ancienne bâtonnière au barreau de Nîmes, fait face à une vague d’insultes à caractère raciste et sexiste sur internet. Ces attaques surviennent après qu’elle a déposé, au nom de plusieurs associations, une plainte visant le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
Le 8 août dernier, trois associations représentées par maître Khadija Aoudia ont saisi la Cour de justice de la République. Elles reprochent au ministre des propos constituant, selon elles, une «incitation à la haine» et une «discrimination» à l’encontre de la communauté musulmane et des personnes d’origine maghrébine.
La plainte repose sur plusieurs déclarations publiques attribuées à Bruno Retailleau, notamment : «l’immigration n’est pas une chance pour la France», «le voile est un signe d’apartheid» ou encore «à bas le voile».
Une déferlante de haine
À la suite de cette démarche judiciaire, l’avocate est devenue la cible de messages haineux d’une extrême violence sur les réseaux sociaux. Parmi les insultes proférées figurent des propos racistes tels que «dehors blédarde» et des injonctions à quitter le territoire français, à l’image de : «qu’elle aille en Algérie faire son métier» ou encore «qu’elle mette son sac-poubelle sur le crâne puis hop dans le premier avion direction Alger». Des propos sexistes accompagnent également ces attaques, avec des expressions comme «ma belle» ou «la petite dame algéro-française», allant jusqu’à des menaces évoquant «la provocation au viol».
En parallèle, de nombreux commentaires similaires ont été publiés sur la fiche Google professionnelle de l’avocate. On peut y lire notamment : «Avocate faisant une différence en fonction de votre origine. Mieux vaut ne pas être français si vous souhaitez qu’elle vous représente» ou encore «la France aux Français».
Mobilisation et soutien à l’avocate
Face à cette situation, plusieurs instances professionnelles ont exprimé leur solidarité envers Khadija Aoudia. Parmi elles, la section nîmoise du Syndicat des avocats de France, la Conférence régionale des bâtonniers du Grand sud-est de la Corse, ainsi que l’Ordre du barreau d’Alès. Michael Bastien, président de la Ligue de défense des valeurs républicaines et engagé dans la procédure judiciaire, a souligné que ces attaques sont «symptomatiques de la réalité» et témoignent d’«un climat délétère» nourri par certains discours politiques. Il a également déclaré : «Quand vous avez la peau noire ou que vous êtes arabe, on vous déteste, on vous dévisage partout, tout le temps et plusieurs fois par jour. Vous finissez par croire ce que le regard des autres vous renvoie, surtout quand un ministre vous explique que vous n’êtes qu’un barbare».
Pour sa part, Khadija Aoudia affirme être devenue un «point de cristallisation des haines» en tant que femme et en raison de son prénom. Elle choisit toutefois de ne pas porter plainte contre ses agresseurs, estimant que «les concitoyens sont aveuglés par les discours qui viennent des plus hautes sphères de l’État».
A.Ryad
