Un des plus grands récits sur la guerre d’indépendance : L’héritage mondial de «La Bataille d’Alger»

Sorti en 1966, “La Bataille d’Alger” de Gillo Pontecorvo est bien plus qu’un simple récit sur la guerre d’indépendance algérienne : avec le temps, il est devenu une référence incontournable du cinéma politique international. Grâce à son style proche du documentaire, son réalisme cru et sa représentation minutieuse de la guérilla urbaine, ce film a profondément marqué plusieurs générations de cinéastes à travers le monde. Qu’ils soient engagés politiquement ou simplement à la recherche d’une représentation authentique des conflits, beaucoup ont été influencés par le travail de Pontecorvo dans leurs propres œuvres.
Le réalisateur britannique Paul Greengrass, connu notamment pour la saga “Jason Bourne”, mais aussi pour “Capitaine Phillips” ou “Bloody Sunday”, revendique une approche cinématographique inspirée du réel et “La Bataille d’Alger” occupe une place centrale dans son parcours. Pour “Bloody Sunday”, qui retrace la répression meurtrière de manifestants catholiques en Irlande du Nord par l’armée britannique, Greengrass cite ouvertement le film de Pontecorvo comme une influence déterminante. Il a déclaré que «la puissance du film reste intacte», même des décennies après sa sortie. Il l’a confirmé à nouveau en 2017, lors de la réédition du film algérien en 4K, soulignant combien Pontecorvo avait façonné sa manière de penser et de filmer.
De son côté, Christopher Nolan a lui aussi mentionné “La Bataille d’Alger” parmi ses œuvres de référence. Bien qu’il ne soit pas classé parmi les cinéastes politiques, il reconnaît la force et l’efficacité du réalisme mis en œuvre par Pontecorvo. Cette influence est perceptible dans deux de ses films : “The Dark Knight Rises” (2012) et “Dunkirk” (2017). Selon le média britannique Open Democracy, Nolan a projet “La Bataille d’Alger” à toute son équipe avant le tournage de “The Dark Knight Rises”, expliquant qu’«aucun film n’a jamais capté le chaos et la peur d’un soulèvement aussi intensément que “La Bataille d’Alger”».
Un geste qu’il a d’ailleurs répété en 2017, avant la production de “Dunkirk”. D’après plusieurs médias spécialisés, “The Dark Knight Rises” évoque, dans son soulèvement populaire à Gotham, les dynamiques révolutionnaires mises en scène par Pontecorvo. Quant à “Dunkirk”, la guerre y est filmée dans un style dépouillé, tendu, presque documentaire. Comme le soulignent certains spécialistes, l’influence se manifeste autant sur le fond que sur la forme : Nolan reprend la caméra portée, le montage coupé au scalpel et le réalisme sonore caractéristiques du film de Pontecorvo.
Un autre grand nom du cinéma, Stanley Kubrick, a lui aussi exprimé une profonde admiration pour “La Bataille d’Alger”, qu’il considérait comme un film «impressionnant» et essentiel pour comprendre le potentiel expressif du septième art. Son assistant personnel, Anthony Frewin, rapporte que Kubrick était fasciné par la puissance du film, en particulier par sa façon de représenter la guerre et la violence : «Lorsque j’ai commencé à travailler pour Stanley en septembre 1965, il m’a dit que je ne pouvais pas vraiment comprendre ce que le cinéma était capable de faire sans avoir vu “La Bataille d’Alger”.» Il en parlait encore peu avant sa mort, avec la même passion. Bien que Kubrick n’ait jamais réalisé de film explicitement révolutionnaire, de nombreux critiques reconnaissent l’empreinte de “La Bataille d’Alger” dans sa manière d’aborder la guerre, notamment dans “Full Metal Jacket” (1987). Comme Pontecorvo, Kubrick interroge les mécanismes de l’oppression et les contradictions propres aux conflits armés.
Et l’influence du film ne s’arrête pas là. D’autres cinéastes de renom à travers le monde ont reconnu l’impact de “La Bataille d’Alger” sur leur travail. Costa-Gavras, figure centrale du cinéma engagé, a salué l’impact du film sur sa vision du politique. Yves Boisset s’en est inspiré pour son film “R.A.S” en 1973 et lui a même consacré un documentaire. Steven Soderbergh, quant à lui, s’est appuyé sur cette influence pour créer “Traffic” (2000), où il utilise un réalisme brut pour dénoncer les dérives systémiques. Enfin, Werner Herzog et Ken Loach ont, eux aussi, loué la rigueur du film dans sa représentation des luttes sociales et politiques.
Cheklat Meriem /Agence

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