Start-up et innovation : Le pari audacieux d’une Afrique en mouvement

À Alger, la quatrième édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF) ne se contente pas d’être une vitrine pour les échanges et les investissements : elle se veut aussi le laboratoire d’une Afrique innovante, portée par ses jeunes entrepreneurs et ses start-up. Dans un contexte où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre dans une phase décisive d’opérationnalisation, l’innovation n’est plus une option, elle devient la colonne vertébrale du projet continental.
La Commission de l’Union africaine et Afreximbank ont frappé un grand coup cette année, en lançant l’AU Youth Start-Up Programme, une initiative inédite qui réunit 75 start-up venues des quatre coins du continent. Ces jeunes pousses bénéficient d’un pavillon dédié, de masterclasses de haut niveau, d’un accès privilégié aux investisseurs et d’opportunités de financement. Surtout, elles trouvent à Alger une scène internationale où leurs idées, souvent nées dans des écosystèmes fragiles, peuvent trouver une résonance continentale.
«Les start-up africaines n’ont pas seulement besoin de capitaux, elles ont besoin de visibilité, de réseaux et d’un marché unifié», explique le professeur Fatiha Youcef Ettoumi, figure de l’innovation en Algérie. «L’IATF leur offre précisément cet espace rare où elles peuvent se projeter à l’échelle de l’Afrique.»

Le lancement de l’African Research and Innovation Hub (ARIH)
Symbole de cette volonté de structurer durablement l’écosystème, l’IATF 2025 marque également le lancement officiel de l’African Research and Innovation Hub (ARIH). Fruit d’un partenariat entre Afreximbank, l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf, ce hub veut devenir la plateforme de référence pour valoriser la recherche africaine et rapprocher les universités des industries.
Concrètement, l’ARIH servira de passerelle entre chercheurs, innovateurs et investisseurs, avec pour objectif de transformer les travaux académiques et prototypes en solutions concrètes capables d’alimenter l’industrialisation africaine. Dans une Afrique où la fuite des cerveaux reste un défi majeur, l’ambition est claire : retenir les talents, capitaliser sur la recherche locale et créer un cercle vertueux d’innovation au service du développement.

L’innovation, un outil de souveraineté
Au-delà des annonces institutionnelles, le message délivré à Alger est sans équivoque : l’innovation est désormais une question de souveraineté économique pour l’Afrique. Dans l’agriculture, les start-up développent des solutions numériques pour moderniser les chaînes de valeur et répondre à l’enjeu de la sécurité alimentaire. Dans la santé, elles créent des applications de télémédecine et des biotechs adaptées aux réalités locales. Dans la mobilité, elles conçoivent des technologies pour l’électrique et l’hybride, en phase avec la transition mondiale.
L’IATF met en lumière cette nouvelle génération de jeunes Africains qui refusent de subir la mondialisation. Ils veulent l’infléchir, la modeler selon leurs réalités. «Nous ne sommes plus de simples consommateurs de technologies venues d’ailleurs. On veut créer», affirme un jeune entrepreneur du Zimbabwe présentant une solution technologique pour l’agriculture intelligente.
Dans cette dynamique, l’innovation ne se limite pas au champ technologique. Avec le Creative Africa Nexus (CANEX), l’IATF ouvre un espace entièrement dédié aux industries culturelles et créatives. Musique, cinéma, mode, jeux vidéo : les talents africains y trouvent un écosystème pour exporter leur savoir-faire et asseoir leur influence culturelle à l’échelle mondiale.
La logique est la même que pour la tech : faire émerger des champions africains, capables de transformer la créativité en valeur économique et en soft power global.

Du discours à l’action : le défi de la continuité
L’IATF d’Alger résonne comme une promesse : celle de faire des start-up et de l’innovation non pas une vitrine éphémère, mais une réalité structurante. Pourtant, les défis restent immenses : financements insuffisants, fragmentation des marchés, manque d’infrastructures numériques, instabilité réglementaire.
C’est pourquoi, les voix ministérielles, à commencer par celle de S.E. Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf, rappellent que l’heure n’est plus aux débats. «Nous devons accélérer le processus. L’Afrique ne peut plus se permettre d’être spectatrice dans la dynamique mondiale», a-t-il martelé.
L’enjeu est clair : passer de l’événementiel à l’institutionnel, de l’annonce à l’exécution. Si les jeunes entrepreneurs qui se croisent dans les allées d’Alger trouvent dans la ZLECAf un véritable marché intégré, alors l’innovation cessera d’être un slogan pour devenir une arme économique.

Une Afrique en mouvement
À l’heure où la quatrième édition de l’IATF se rapproche de sa clôture, un constat s’impose : jamais les start-up et l’innovation n’avaient occupé une place aussi centrale dans un grand rendez-vous continental. Alger a été plus qu’un hôte, elle a été le catalyseur d’une vision africaine où les idées, l’audace et la créativité s’assument comme leviers de transformation.
Du pavillon des start-up au lancement de l’ARIH, en passant par CANEX et les témoignages d’entrepreneurs, l’IATF 2025 confirme que l’avenir de l’Afrique se jouera aussi dans ses laboratoires, ses incubateurs et ses hubs créatifs.
La route reste longue, semée d’embûches. Mais l’élan est là. Une génération est prête à prendre le relais. Et Alger 2025 restera, peut-être, comme le moment où l’Afrique a cessé de douter de son génie.
G. S. E.

ALGER 16 DZ

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