
La 4e édition de l’Intra-African Trade Fair (IATF 2025), organisée à Alger, a transformé les vastes halls de la Safex en une véritable mosaïque du continent. Arômes de café, éclats de tissus colorés, innovations industrielles et chaleur humaine : l’événement a été une immersion totale dans le potentiel économique, culturel et commercial de l’Afrique. Alger16 vous emmène à la découverte de quelques-uns des pavillons les plus marquants.
Par G. Salah Eddine
Burundi : le parfum du café et l’écho des partenariats
À peine franchi le seuil du pavillon africain, le stand burundais nous fait face. C’est une odeur entêtante de café fraîchement moulu qui saisit le visiteur. Le pays des Grands Lacs a mis en avant son café vert et plusieurs variétés de thé, accompagnés d’autres produits agricoles comme les avocats. Mais ce qui a retenu l’attention, c’est bien ce café d’exception, véritable carte de visite du Burundi.
«Les visiteurs se sont littéralement acharnés sur notre café», glisse avec fierté un exposant. L’engouement a été tel que plusieurs accords commerciaux ont été esquissés sur place. La délégation burundaise, qui comptait la présence de plusieurs ministères dédiés au branding et à la promotion économique, a su transformer sa participation en levier diplomatique et commercial.
Nigeria : le géant attire les foules
Difficile de passer à côté du pavillon nigérian. L’un des plus vastes, mais aussi l’un des plus fréquentés, il s’impose par son énergie et la richesse de son offre. Des tissus traditionnels chatoyants, des vêtements raffinés, mais aussi des cosmétiques et produits agroalimentaires variés, avec une mise en avant particulière du beurre de karité et de ses dérivés.
Plusieurs entreprises ont également présenté des parfums aux senteurs uniques, qui ont fait forte impression sur les visiteurs. «Nous voulons que chaque produit soit le reflet du Nigeria moderne : innovant, créatif, mais profondément enraciné dans ses traditions», explique un représentant.
Le succès est indéniable : le pavillon n’a pas désempli, confirmant la place du Nigeria comme moteur économique du continent. Un avant-goût de ce qui attend l’IATF 2027, qui se tiendra à Lagos, déjà considérée comme un hub incontournable pour les affaires africaines.
Égypte : entre haute technologie et héritage textile
Au détour des allées, l’Égypte a proposé un voyage alliant tradition et modernité. Le pavillon égyptien a séduit par la diversité de son offre : vitrages automobiles et industriels de pointe signés Dr Greiche Glass, équipements de cuisine professionnelle, électroménagers en inox, mais aussi solutions de contrôle numérique et innovations digitales.
Derrière cette vitrine technologique, l’Égypte a rappelé sa force traditionnelle : le coton égyptien, réputé dans le monde entier pour sa finesse et sa durabilité. «Nous voulons montrer que l’Égypte n’est pas seulement une puissance industrielle, mais aussi un acteur qui marie savoir-faire ancestral et technologies modernes», explique un exposant. Un mélange qui a conquis de nombreux visiteurs, confirmant Le Caire comme un pilier du commerce intra-africain.
Ghana : l’artisanat et l’agroalimentaire en vitrine
Dans le pavillon ghanéen, l’ambiance est chaleureuse et colorée. Sur les stands, des sacs aux motifs traditionnels, des articles de maroquinerie et divers objets artisanaux captent le regard. Plus loin, des produits agroalimentaires comme le granula témoignent de la vitalité du secteur.
La moquette rouge contraste avec le vert, le jaune et le noir des drapeaux, créant une atmosphère festive et professionnelle à la fois. «Le Ghana veut se présenter comme un partenaire diversifié, capable de proposer à la fois l’authenticité de son artisanat et la compétitivité de son agroalimentaire», souligne un représentant local. L’affluence sur le stand confirme que le pari a été réussi.
Cameroun : un pavillon aux couleurs nationales
Impossible de manquer le pavillon du Cameroun, habillé des couleurs vert, rouge et jaune de son drapeau. Ici, chaque stand raconte une histoire : textiles camerounais suspendus aux cintres, objets artisanaux, sacs décoratifs, mais aussi panneaux et affiches promouvant le tourisme, dont une annonçant le Women’s Summit of Yaoundé.
«Le Cameroun est un carrefour culturel et économique. Nous avons voulu le refléter dans notre participation», explique un exposant. Le pavillon a aussi été une invitation à découvrir le pays comme destination touristique, avec ses paysages variés et son patrimoine culturel riche.
Le pavillon tunisien riche en entreprises
Le pavillon de la Tunisie a attiré l’attention par son dynamisme et sa diversité. Sur une superficie de 304 m², la Tunisie a mobilisé 26 entreprises, dont 14 PME, 8 artisans et 4 start-ups, reflétant ainsi la richesse et la pluralité de son tissu économique. «C’est une participation multisectorielle», souligne Mehdi Ben Ghdifa, directeur du Centre de promotion des exportations (CEPEX), rencontré sur place.
Pour les acteurs tunisiens, l’IATF représente une véritable rampe de lancement vers de nouveaux horizons. «Cet événement est une opportunité à ne pas rater pour nos entreprises, car il permet de promouvoir leurs produits et de saisir des opportunités d’affaires sur le marché africain, notamment dans le cadre de la ZLECAf», explique Ben Ghdifa.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), souvent présentée comme le projet le plus prometteur pour le commerce intra-africain, constitue un levier stratégique pour Tunis. «Ce projet est porteur, non seulement pour les entreprises tunisiennes, mais surtout pour les échanges Sud-Sud. Grâce à la ZLECAf, beaucoup de nos entreprises peuvent accéder à des marchés porteurs sur le continent», ajoute-t-il.
La Tunisie, par sa position géographique stratégique, entend jouer un rôle de passerelle entre l’Afrique et l’Europe. «Notre pays cherche à réussir une triangulation entre l’Afrique, la Tunisie et l’Europe, et à renforcer les exportations africaines à travers son rôle d’intermédiaire», explique le directeur du CEPEX.
La coopération avec l’Algérie, voisine et partenaire historique, reste un pilier central de cette vision. «Les collaborations tuniso-algériennes remontent à des dizaines d’années. Grâce à ce salon, nous essayons de les renforcer et d’ouvrir la voie à de nouveaux projets de partenariat, notamment dans le domaine des start-up, qui représentent des opportunités de partenariat gagnant-gagnant», affirme Ben Ghdifa.
Enfin, il a tenu à saluer l’accueil réservé par le pays hôte : «Je voyage souvent et j’assiste à de nombreux salons, mais je tiens à féliciter l’Algérie pour la qualité de l’organisation et surtout pour l’hospitalité exemplaire, que nous avons ressentie dès notre arrivée à l’aéroport. Ce n’est pas une surprise, car chaque fois que je viens en Algérie, je retrouve cette chaleur humaine.»
Ainsi, le stand tunisien à l’IATF 2025 n’a pas seulement été une vitrine commerciale : il a incarné une volonté affirmée de renforcer l’intégration régionale, de stimuler les échanges Sud-Sud et de bâtir des ponts solides vers un marché continental en pleine mutation.
Namibie : le goût de la diversité et le sourire de l’accueil
Au cœur des allées animées de l’IATF 2025, le pavillon de la Namibie a été une véritable invitation aux sens. Ici, pas de clinquant ostentatoire, mais une authenticité assumée : des produits naturels, simples, mais porteurs d’identité et de fierté.
Sur les étals soigneusement disposés, on découvre une gamme impressionnante de produits agroalimentaires. Cacahuètes grillées au parfum irrésistible, miels dorés aux textures onctueuses, épices aux couleurs vives et condiments aux saveurs surprenantes : chaque produit raconte une histoire, celle d’un terroir riche et encore trop méconnu. «Nous voulons montrer que la Namibie, ce n’est pas seulement le désert et les paysages, mais aussi une terre fertile et créative», confie une exposante, tout en tendant un petit pot de miel à un visiteur curieux.
L’ambiance du stand est marquée par une chaleur humaine qui ne laisse personne indifférent. Des sourires francs, des échanges enthousiastes, des gestes de bienvenue simples mais sincères. Ici, chaque visiteur est accueilli comme un invité de marque. «L’hospitalité fait partie de notre identité», explique un autre représentant, le regard pétillant.
Ce pavillon n’est pas seulement une vitrine de produits : c’est un concentré de ce que la Namibie souhaite incarner dans la ZLECAf, une économie ouverte, prête à exporter son savoir-faire agricole et artisanal, tout en bâtissant des ponts humains. Car plus que les cacahuètes, le miel ou les épices, c’est bien le sourire namibien qui a marqué les esprits.
Zimbabwe : à la recherche de nouveaux marchés
Plus discret, mais non moins stratégique, le pavillon zimbabwéen s’est surtout tourné vers l’avenir. Les représentants présents ont expliqué rechercher des partenaires pour élargir leurs exportations. Déjà implantés en Zambie et au Botswana, ils visent désormais l’Algérie, le Kenya et la RDC.
Le Zimbabwe s’est également montré intéressé par des fournisseurs de rolled oats (flocons d’avoine transformés), un produit encore rare dans son agriculture locale. «Nous voulons créer de nouveaux partenariats pour diversifier notre marché», confie un responsable. Moins spectaculaire que d’autres, le pavillon n’en demeure pas moins révélateur de l’esprit d’ouverture et de conquête économique qui anime ce pays.
G. S. E.
