
L’industrie automobile n’est pas une industrie comme les autres. Elle demeure, partout dans le monde, l’un des piliers essentiels de la croissance économique et du développement social. Chaque État qui aspire à la puissance industrielle sait qu’il doit bâtir une filière automobile solide, car elle irrigue presque tous les compartiments de la société : mobilité des citoyens, logistique des entreprises, transports publics, sécurité, innovation technologique, sans oublier les milliers d’emplois directs et indirects qu’elle génère.
Produire ses propres véhicules, c’est réduire massivement la facture des importations, renforcer la souveraineté nationale et ouvrir la voie à l’exportation.
C’est dans cette perspective qu’un accent tout particulier a été mis sur l’automobile lors de la 4ᵉ édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025) à Alger. Plus qu’un simple espace d’exposition, l’African Automotive Show a littéralement volé la vedette aux autres secteurs, tant l’engouement était grand autour de ses stands et démonstrations.
Entre prototypes, modèles flambant neufs, poids lourds imposants et innovations vertes, ce pavillon est devenu le cœur battant de la Safex durant plusieurs jours. Et ce n’est pas un hasard. L’automobile concentre toutes les attentes : volonté des gouvernements africains de s’affranchir des dépendances extérieures, espoirs des industriels locaux de participer à la chaîne de valeur, curiosité des jeunes passionnés de mécanique et de technologie. L’African Automotive Show est apparu comme une vitrine de ce que l’Afrique peut produire, mais aussi comme un miroir des ambitions à long terme. Derrière tout cela, on a voulu comprendre où en est le secteur de l’automobile algérien et africain.
Salon africain de l’automobile
Dans le Casbah Hall de la Safex, impossible de rester indifférent. Dès l’entrée, les visiteurs sont happés par la lumière des projecteurs et le vacarme des démonstrations. Le Salon africain de l’automobile, organisé dans le cadre de l’IATF 2025 n’est pas une exposition classique : c’est un spectacle à ciel ouvert, une foire où le chrome, les moteurs et les rêves se disputent l’attention du public.
Le pavillon Fiat brille comme une scène de concert. Sur un podium tournant, la nouvelle Grande Panda dévoile ses courbes futuristes. Des smartphones se lèvent en chœur, les flashs crépitent. «C’est elle qui va rouler chez nous bientôt», souffle un père de famille à son fils, les yeux rivés sur le tableau de bord minimaliste.
Un peu plus loin, Chery attire une foule compacte. Les SUV Tiggo sont pris d’assaut : on ouvre les coffres, on teste les sièges, on pianote sur les écrans tactiles. Des commerciaux en costume répètent inlassablement leurs démonstrations, mais l’enthousiasme reste intact. Chaque explication technique se conclut par une salve de selfies et de vidéos.
Chez Hyundai, l’ambiance est plus feutrée, presque premium. Les modèles exposés, polis comme des miroirs, reflètent l’éclairage savamment étudié. Une hôtesse présente les innovations de connectivité embarquée à un groupe de visiteurs kényans qui acquiescent gravement, carnets ouverts. Quelques pas plus loin, c’est Jetour qui vole la vedette : un SUV massif, capot ouvert, attire une foule qui touche, compare, rêve. Le stand vibre d’excitation, comme si chaque nouveau modèle exposé représentait une promesse d’avenir accessible.
Les véhicules électriques sino-tunisiens ne sont pas en reste. Ils attirent énormément de visiteurs impressionnés par leur utilité dans la vie urbaine et leur impact écologique positif. Les stands de l’Afrique du Sud étaient également très prisés.
La cour des poids lourds
Mais pour ressentir toute la puissance du Salon, il faut sortir dans la grande cour de la Safex. Là, plus de subtilité : c’est la démesure brute. Les géants des routes, alignés sous le soleil d’Alger, imposent leur présence par leurs silhouettes colossales.
Des camions aux couleurs flamboyantes, des bus urbains dernier cri et même des engins de chantier massifs attirent un autre type de public : entrepreneurs, logisticiens, transporteurs. Des visiteurs casqués, carnet en main, examinent chaque détail mécanique, posent des questions pointues sur la consommation, la fiabilité, les délais de livraison.
Le bruit sourd des moteurs qui démarrent parfois, pour les démonstrations, ponctue l’atmosphère. On sent la vibration jusque dans les côtes, comme un rappel physique de la force mécanique en jeu. Ici, ce n’est pas la séduction par le design : c’est la démonstration de robustesse, l’argument concret qui séduit les marchés africains.
Un spectacle total
Entre l’élégance des berlines sous projecteurs et la puissance brute des poids lourds dans la cour, le contraste est saisissant. Mais c’est ce mélange qui fait du Salon un événement unique : une scène où l’Afrique découvre à la fois le confort des voitures familiales de demain et la force industrielle qui bâtira ses routes et ses villes.
Un exposant résume, le regard tourné vers les mastodontes alignés :
«Dans ce Salon, on rêve avec les voitures et on construit avec les camions. C’est ça, l’avenir de la mobilité africaine.»
Et en arpentant les allées, on comprend que ce Salon n’est pas seulement une vitrine : c’est une projection du futur de l’automobile africaine, des rêves les plus urbains aux besoins les plus terre-à-terre. À Alger, l’Afrique automobile s’affirme, entre ambitions industrielles, coopération continentale et ouverture sur le monde. Si les moteurs tournent encore doucement, la route semble déjà tracée : celle d’une Afrique qui roule vers son indépendance technologique.
G. Salah Eddine
