
Lundi dernier, sous le soleil lourd de la station balnéaire égyptienne Charm el-Cheikh, les regards du monde se sont tournés vers une table de négociations où se joue peut-être une ultime chance de paix. Dans le cadre du plan en 20 points proposé par le président américain Donald Trump, des délégations sioniste et palestinienne se sont retrouvées pour tenter de mettre fin à la guerre qui déchire Ghaza depuis octobre 2023.
Les pourparlers, auxquels participent des représentants de l’entité sioniste – notamment des membres du Mossad et du Shin Bet – et une délégation du Hamas dirigée par Khalil Al-Hayya, se concentrent sur trois objectifs majeurs : la libération des otages, le cessez-le-feu et le retrait militaire sioniste. Selon les sources présentes, il resterait 48 otages, dont seulement 20 encore en vie. En échange, le Hamas réclame la libération de prisonniers palestiniens et des garanties solides quant à la fin des hostilités. Cependant, un grand obstacle freine les négociations. C’est la demande sioniste, appuyée par Washington, d’un désarmement complet du Hamas. Un scénario que le mouvement de résistance palestinien rejette catégoriquement. Pour le Hamas, remettre les armes sans la fin de l’occupation sioniste et la création d’un État palestinien indépendant équivaudrait à un suicide politique et stratégique. Le dirigeant sioniste, Benjamin Netanyahou, lui, s’oppose avec la même fermeté à toute concession qui pourrait signifier une reconnaissance implicite du Hamas comme acteur politique légitime. Les médiateurs égyptiens, qataris et américains s’efforcent de bâtir des mécanismes crédibles : garanties écrites, supervision internationale, ou déploiement d’une force neutre. Mais pour le Hamas, ces dispositifs ne doivent pas devenir une « nouvelle forme d’occupation », dissimulée sous le nom de forces de stabilisation.
Une guerre aux cicatrices indélébiles
Notons que la guerre à Ghaza a atteint des proportions qu’aucun vocabulaire diplomatique ne peut adoucir. Depuis octobre 2023, plus de 67 000 Palestiniens ont été tués, selon les autorités locales. Les bombardements ont réduit en cendres des quartiers entiers, anéanti les infrastructures et déplacé plus de deux millions de personnes. Le siège, la famine et les coupures d’eau ont transformé l’enclave en un tombeau à ciel ouvert.
Cette réalité, que Washington ne peut plus ignorer, place les négociateurs face à un dilemme moral autant que stratégique : comment parler de paix quand le terrain est encore jonché de ruines et de cadavres ?
Les Palestiniens craignent que, même en cas d’accord, l’entité d’occupation ne se retire des engagements dès la libération des otages. Cette crainte trouve ses racines dans la mémoire collective d’un peuple marqué par les massacres de Sabra et Chatila en 1982, après le départ de l’OLP du Liban, et par celui de Srebrenica en 1995, où la communauté internationale avait, une fois de plus, échoué à protéger les civils. Les discussions entamées à Charm el-Cheikh sont donc menacées par une série de lignes rouges impossibles à franchir. Pourtant, Donald Trump persiste à afficher son optimisme, évoquant une «paix plus large au Moyen-Orient», qu’il espère inscrire à son actif diplomatique. Mais cet optimisme américain se heurte à la dureté des faits : dans les 24 heures précédant l’ouverture des négociations, 21 Palestiniens ont encore été tués, dont deux retrouvés sous les décombres, et 96 blessés admis dans les hôpitaux de Ghaza, selon le ministère de la Santé local.Au-delà des postures et des déclarations, les habitants de Ghaza, eux, attendent dans un silence plein de dignité. Entre espoir et résignation, ils aspirent simplement à voir le ciel redevenir bleu, les bombardements cesser et la vie reprendre.
Mais pour l’heure, la paix reste suspendue à un fil, entre les mains d’hommes qui négocient sous les dorures d’un palais égyptien, loin du tumulte des ruines et des cris d’enfants.
G. Salah Eddine
