39e sommet de l’UA / La Déclaration d’Alger érige les crimes coloniaux : En priorité politique continentale

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a souligné dimanche dernier à Addis-Abeba la portée stratégique de la Déclaration d’Alger sur les crimes coloniaux en Afrique, affirmant que le combat pour l’indépendance du continent demeure une réalité actuelle.

Lors de la conférence de presse clôturant le 39e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, tenu les 14 et 15 février, M. Ali Youssouf a estimé que l’adoption de la Déclaration d’Alger s’inscrit dans «la continuité des luttes pour l’indépendance engagées dans les années 1950 et 1960, et qui se poursuivent encore aujourd’hui ».
Il a rappelé que le sommet de février 2025 avait pour thème « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations », précisant qu’en 2026, l’Union a jugé nécessaire de traduire ces engagements politiques en un texte formel, aboutissant ainsi à l’adoption de la Déclaration d’Alger.
« Il est très important de démontrer ce genre d’engagement et de détermination pour lutter contre toutes les formes de colonisation sur le continent », a-t-il déclaré, soulignant que cette position s’inscrit dans la logique historique des luttes africaines pour la souveraineté.
Le président de la Commission a également réaffirmé l’engagement de l’Union africaine en faveur des causes d’indépendance au-delà du continent, réitérant le soutien de l’organisation au peuple palestinien dans sa quête d’autodétermination. Il a estimé essentiel que les États membres qualifient la colonisation de crime contre l’humanité et affichent clairement leur solidarité avec la Palestine et son peuple.
Dimanche dernier, l’Union africaine a ainsi adopté la Déclaration d’Alger sur les crimes coloniaux en Afrique et décidé de consacrer le 30 novembre comme « Journée africaine d’hommage aux martyrs africains et aux victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l’apartheid ».
Par cette décision, l’Union africaine ne se contente pas d’un geste symbolique : elle inscrit la mémoire des luttes anticoloniales dans son agenda politique contemporain. En consacrant une journée de commémoration et en qualifiant explicitement les crimes coloniaux, l’organisation affirme une ligne claire : la justice historique demeure indissociable des ambitions d’un continent qui revendique pleinement sa souveraineté et sa voix sur la scène internationale.
Abir Menasria

Abdelaziz Medjahed, Directeur général de l’institut national d’études stratégiques globales sur l’Algérie et l’Afrique, à la radio chaîne 3 : «L’Afrique est en nous, l’Afrique nous habite,
et nous habitons l’Afrique»

Dès l’entame de son entretien accordé à la Chaîne 3, Abdelaziz Medjahed, directeur général de l’Institut national d’études stratégiques globales, a souligné que le retour à des relations apaisées, voire le réchauffement des relations entre l’Algérie et le Niger, constitue un gain stratégique non seulement pour les deux pays, mais pour l’ensemble du continent africain. Cela conforte et confirme la voix et les choix de l’Algérie.
Pour illustrer cette vision, il a rappelé un principe historique profondément ancré dans la mémoire africaine, en évoquant Massinissa, premier roi de Numidie, et sa maxime demeurée célèbre : «L’Afrique aux Africains.» Selon M. Medjahed, cette référence n’est pas symbolique mais stratégique : elle traduit la nécessité pour les Africains de prendre en main leur destin, loin des tutelles et des ingérences extérieures et elle est toujours valable et d’actualité. Heureusement, qu’aujourd’hui, les Africains ont pris conscience de leur lourde responsabilité pour réaliser le bonheur de leur peuple. Interrogé sur la question de l’ingérence étrangère qui continue de diviser le continent africain, Abdelaziz Medjahed a répondu sans détour. Selon lui, parler d’ingérence traduit avant tout un déficit de confiance en soi. C’est, dit-il, accepter implicitement une posture de dépendance, comme si les États africains demeuraient dans un état de minorité permanente, condamnés à rechercher appui et protection extérieurs. Or, souligne-t-il, le continent africain a engagé depuis des décennies un processus profond de prise de conscience et de conscientisation politique, porté par des figures historiques majeures. Il cite à ce titre Amílcar Cabral, pour qui Alger était « la Mecque des révolutionnaires », mais aussi Nelson Mandela, qui affirmait que l’Algérie avait fait de lui un homme. M. Medjahed rappelle également l’engagement commun de dirigeants africains emblématiques tels que Agostinho Neto, Julius Nyerere et Kwame Nkrumah, avec lesquels l’Algérie partageait déjà l’esprit et le projet d’unité africaine. C’est dans ce cadre que sont posés, dès 1958 à Accra, les fondements idéologiques de l’Organisation de l’unité africaine, bien avant sa création officielle. Il rappelle que ces dynamiques ont réuni des acteurs majeurs de la lutte anticoloniale, notamment des représentants du Front de libération nationale, aux côtés de penseurs et militants tels que Frantz Fanon et Mohamed Yazid. L’Algérie, insiste-t-il, a ainsi été pionnière dans la construction politique de l’Afrique moderne et figure parmi les fondateurs, en 1963, de l’Organisation de l’unité africaine*.
Cet engagement s’est poursuivi jusqu’à la transformation historique de l’OUA en Union africaine, actée lors du sommet de Sirte en 2000, où l’Algérie a joué un rôle actif dans l’évolution institutionnelle du continent.
Résumant cette relation organique par une formule forte : « L’Afrique est en nous, l’Afrique nous habite, et nous habitons l’Afrique. » Une conviction qui fonde, selon lui, la cohérence et la constance de la diplomatie algérienne sur le continent.
Poursuivant son analyse, il a dressé un constat sans détour sur l’évolution des relations entre l’Algérie, le Niger et, plus largement, l’espace sahélien. Selon lui, la région connaît un « retour à l’anormal », marqué par des tensions politiques, sécuritaires et diplomatiques qui rompent avec les équilibres traditionnels. M. Medjahed a rappelé que l’Algérie a toujours privilégié une approche fondée sur le dialogue, la non-ingérence et le respect de la souveraineté des États, notamment au Sahel. Toutefois, les récents bouleversements politiques et l’instabilité institutionnelle ont profondément affecté les relations entre les pays de la région.
Il a également mis en garde contre l’influence croissante d’acteurs extra-régionaux, estimant que certaines orientations prises dans le Sahel répondent davantage à des agendas extérieurs qu’aux intérêts réels des peuples africains, compliquant ainsi le rôle historique de médiation de l’Algérie.
Face à cette situation, la diplomatie algérienne en Afrique est appelée, selon lui, à redoubler d’efforts pour préserver ses principes constants : rejet des interventions étrangères illégitimes, soutien aux États et promotion de solutions africaines aux crises africaines. Il a rappelé que la stabilité du Sahel demeure indissociable de la sécurité nationale algérienne.
En conclusion, M. Medjahed a averti contre la banalisation de l’« anormal » dans la région, soulignant que seul un retour à la concertation, à la confiance mutuelle et au respect de la souveraineté permettra de consolider durablement les relations entre l’Algérie, le Niger et l’ensemble du continent africain.
Y. O.

*La vision de Massinissa (238-148 av. J.-C.) pour la Numidie reposait sur l’unification des tribus berbères, la sédentarisation, le développement agricole et l’indépendance politique face à Carthage et Rome. Il a cherché à bâtir un État numide fort, prospère et structuré, souvent considéré comme un précurseur du panafricanisme par sa volonté d’affirmer une souveraineté africaine.

ALGER 16 DZ

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