
L’Afrique entre dans une phase charnière de sa mutation numérique, où les centres de données deviennent un enjeu aussi stratégique que les routes, les ports ou les réseaux énergétiques. Selon un rapport de l’Association africaine des centres de données (ADCA), réalisé en partenariat avec Rising Advisory, la capacité du continent dans ce domaine devrait tripler d’ici 2030, portée par l’explosion des besoins en cloud, en intelligence artificielle et en stockage de données.
Cette dynamique est prometteuse, le contraste reste frappant : même avec cette croissance accélérée, l’Afrique ne pèserait encore que moins de 0,6 % de l’infrastructure informatique mondiale. Un chiffre qui illustre à la fois l’immensité des opportunités à saisir et le retard structurel que le continent doit impérativement combler pour s’imposer dans la nouvelle géographie mondiale du numérique. Actuellement, la capacité active des centres de données africains est estimée à 360 mégawatts (MW). À cela s’ajoutent 238 MW en cours de construction et 656 MW supplémentaires en phase de planification. Si l’ensemble de ces projets se concrétise, la capacité totale du continent pourrait atteindre environ 1,2 gigawatt (GW) d’ici la fin de la décennie. Cette dynamique traduit une accélération des investissements dans les infrastructures numériques, considérées désormais comme un pilier stratégique de la croissance économique et de la souveraineté technologique.
Cependant, cette expansion s’inscrit dans un contexte de concurrence mondiale intense.
Le rapport souligne que, malgré cette croissance rapide, la part relative de l’Afrique dans la capacité mondiale devrait rester globalement stable, en raison des investissements massifs réalisés simultanément aux États-Unis, en Europe et en Asie, où la course à la puissance informatique est alimentée par l’essor de l’intelligence artificielle, du cloud computing et des services numériques avancés.
À l’horizon 2030, les centres de données devraient ainsi s’imposer comme un levier central de transformation économique du continent, conditionnant sa capacité à participer pleinement à l’économie numérique mondiale et à affirmer sa souveraineté à l’ère de l’intelligence artificielle.
Abir Menasria
