
La visite prochaine du pape en Algérie s’annonce comme un moment historique et diplomatique d’une grande portée, au-delà du simple contexte religieux.
Dans un communiqué officiel rendu public mercredi dernier, la présidence de la République a confirmé que le président Abdelmadjid Tebboune avait adressé une invitation solennelle au pape Léon XIV, soulignant que cet engagement contribuera à « consolider les liens d’amitié, de confiance et d’entente unissant l’Algérie et l’État du Vatican » et ouvrira de « nouvelles perspectives de coopération », reflétant une conviction partagée autour de la paix, du dialogue et de la justice face aux défis actuels de l’humanité.
L’élection de Léon XIV en mai 2025 a marqué le début d’une phase renouvelée dans la relation entre Rome et Alger. Dès les premiers mois de son pontificat, le souverain pontife a exprimé publiquement son lien particulier avec l’Algérie, en évoquant notamment son désir de se rendre dans ce pays pour visiter les lieux associés à la vie de saint Augustin, figure ancienne et majeure de la pensée chrétienne, né et ayant exercé son ministère en Afrique du Nord. Cette dimension patrimoniale, intellectuelle et spirituelle a été présentée comme un « pont » entre les cultures et les religions, renforçant l’intérêt du pape pour une visite qui dépasse la seule portée religieuse.
La figure de saint Augustin, « progressivement redécouverte en Algérie », est au cœur de cette dynamique. Né à Souk Ahras et évêque d’Hippone (aujourd’hui Annaba), Augustin est un des pères de l’Église latine, dont l’œuvre a profondément marqué la pensée chrétienne et le dialogue culturel méditerranéen. Sa postérité, qui unit différentes branches de la chrétienté, est saluée non seulement par l’Église catholique, mais aussi par des spécialistes qui voient en lui une synthèse entre les civilisations de l’Orient et de l’Occident.
En mai 2025, l’ambassadeur du Vatican à Alger, Kurian Mathew Vayalunkal, se félicitait des « bonnes relations » entre les deux pays et exprimait sa gratitude envers les autorités algériennes et la communauté catholique locale pour leur collaboration, tout en saluant l’engagement de l’Algérie auprès des Nations unies pour la proclamation de la Journée internationale du “vivre ensemble en paix”.
Le 24 juillet 2025, un autre jalon diplomatique a été franchi lorsque le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a été reçu en audience par le pape au Vatican, une première depuis plus de deux décennies. Les échanges ont porté sur la nécessité de promouvoir le dialogue interreligieux et la coopération culturelle, avec la conviction commune que la paix et la fraternité doivent être des fondements des relations entre États et communautés.
Cette trajectoire s’inscrit dans un cadre plus large de dialogue interreligieux qui remonte à plusieurs années, avec des interventions officielles du Saint-Siège en Algérie pour encourager la coexistence entre les croyants et favoriser la solidarité dans les périodes de crise.
Pour l’archevêque d’Alger, Jean-Paul Vesco, cette visite pontificale n’est pas seulement historique, mais profondément humaine. Il voit dans le pontificat de Léon XIV — qui connaît bien l’Algérie pour y avoir séjourné à plusieurs reprises avant son élection — une opportunité de renforcer un modèle de coexistence religieuse et d’amitié entre peuples différents, tout en soulignant que le pays est souvent cité comme un exemple à suivre dans la promotion du dialogue interreligieux.
Dans un monde en proie à des divisions religieuses et politiques, cette visite est ainsi perçue par ses promoteurs comme une invitation à placer le dialogue, la compréhension mutuelle et la paix au centre des relations internationales, confirmant que la diplomatie culturelle et religieuse peut jouer un rôle constructif dans la construction d’un avenir partagé.
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