
Dans les vastes étendues frontalières de l’ouest algérien, là où le silence du désert se mêle à la vigilance permanente des unités déployées, une bataille discrète mais décisive se joue quotidiennement. Une bataille sans relâche, loin des regards, où l’ennemi ne porte pas d’uniforme, mais avance dans l’ombre, utilisant des réseaux organisés, des itinéraires clandestins et des stratagèmes de plus en plus sophistiqués.
Cette réalité, souvent méconnue du grand public, a été mise en lumière à travers un film documentaire réalisé par la direction de l’information et de la communication de l’État-major de l’Armée nationale populaire (ANP), intitulé Guerre contre la drogue… L’Algérie au cœur de la bataille. Une production immersive qui dévoile, images réelles à l’appui, l’ampleur des opérations menées par les formations de combat de l’ANP dans la sécurisation des frontières et la lutte contre les réseaux de narcotrafic.
Le documentaire plonge au cœur des dispositifs opérationnels déployés le long des frontières Ouest, véritable première ligne de défense face à l’afflux de stupéfiants. Dans ces zones sensibles, les formations de combat et les unités de gardes-frontières mènent des opérations quotidiennes, dans des conditions souvent difficiles, marquées par la complexité du terrain et l’ingéniosité des réseaux criminels. Les images retransmises révèlent des scènes réelles d’embuscades, de ratissages et d’opérations de surveillance. Des unités mobiles sillonnent les zones frontalières, tandis que d’autres observent discrètement les itinéraires suspects. La vigilance est constante, l’alerte permanente.
Car les trafiquants redoublent d’imagination pour contourner les dispositifs sécuritaires. Utilisation d’itinéraires secondaires, tentatives nocturnes, transport dissimulé, relais humains ou logistiques…, autant de méthodes que les forces de l’ANP doivent anticiper et neutraliser. Dans cette guerre silencieuse, chaque opération réussie constitue une victoire stratégique.
Des saisies record amplifiées par la géographie
Le documentaire met également en avant les résultats opérationnels obtenus ces dernières années, illustrant l’intensité de la lutte engagée contre le narcotrafic. Les quantités de cannabis saisies ont atteint des niveaux records, traduisant, à la fois l’ampleur du trafic et l’efficacité des dispositifs mis en place. Les autorités compétentes ont ainsi procédé à la destruction de tonnes de kif traité saisies aux frontières Ouest, dans le cadre d’opérations conjointes impliquant plusieurs secteurs sécuritaires.
Les chiffres évoqués sont particulièrement significatifs. Selon le documentaire, plus de 170 quintaux de kif traité ont été saisis au premier semestre de l’année 2025, tandis que plus de 700 quintaux avaient été interceptés en 2020. Ces données témoignent d’une mobilisation croissante des forces sécuritaires, mais également de la persistance du trafic, qui continue de représenter une menace majeure pour la sécurité nationale.
La recrudescence du trafic de cannabis s’explique, en partie, par la position géographique de l’Algérie. Le pays partage, en effet, une frontière terrestre avec l’un des plus grands producteurs mondiaux de cannabis, selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS). Cette situation géographique place naturellement l’Algérie en première ligne face aux tentatives d’introduction de stupéfiants sur son territoire.
Une défense fondée sur plusieurs piliers
Face à ce défi, l’Algérie a progressivement structuré une réponse globale et multidimensionnelle. Ces dernières années, une stratégie globale de lutte contre le narcotrafic a été mise en place sous l’impulsion du président de la République, chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, Abdelmadjid Tebboune. Cette orientation traduit une prise de conscience croissante de la nature multidimensionnelle de cette menace.
Comme le souligne le documentaire, cette approche repose sur «le renforcement de plusieurs lignes de défense, à travers différents fronts, mobilisant l’ensemble des institutions et des moyens». Dans cette logique, les dispositifs de surveillance des frontières ont été consolidés, tandis que les opérations militaires et sécuritaires ont été intensifiées. Parallèlement, une coordination accrue entre les différentes institutions concernées a été mise en place, accompagnée d’une adaptation continue des procédés opérationnels face à l’évolution des méthodes utilisées par les trafiquants. Cette stratégie globale vise, non seulement à intercepter les cargaisons de drogue avant leur introduction sur le territoire national, mais également à démanteler les réseaux organisés en amont.
La jeunesse prise pour cible
Lors de sa visite au siège du ministère de la Défense nationale, en octobre dernier, le président de la République a salué le rôle déterminant de l’ANP et des institutions sécuritaires dans la lutte contre le fléau des stupéfiants. Il a notamment mis en garde contre «les tentatives d’inonder l’Algérie de drogue pour compromettre l’avenir du pays et son pilier fondamental : sa jeunesse».
Le chef d’État-major de l’ANP, le général d’Armée Saïd Chanegriha, a également insisté sur l’importance de cette lutte, affirmant que l’ANP «accorde une importance particulière à la lutte contre ce phénomène pernicieux». Il a souligné qu’il n’y aurait «aucune tolérance envers ses barons», ajoutant que l’ANP continuera à «combattre vigoureusement tous those qui encouragent, soutiennent ou financent ce fléau néfaste».
Le général d’Armée Chanegriha a également insisté sur la nécessité de «combattre les réseaux de narcotrafic et d’éliminer ces criminels, traîtres de la nation», en mettant en œuvre «des procédés opératoires adaptés aux modes d’action de ces criminels, et en mobilisant tous les moyens possibles». Une détermination qui reflète l’engagement de l’institution militaire à préserver la sécurité nationale et à protéger la société contre les dangers du narcotrafic.
Un instrument de déstabilisation
Le documentaire Guerre contre la drogue… L’Algérie au cœur de la bataille met ainsi en lumière les lectures analytiques de plusieurs experts, qui considèrent l’ampleur du trafic comme s’inscrivant dans une stratégie de déstabilisation ciblant la société algérienne, et particulièrement sa jeunesse.
Dans cette perspective, l’enseignante en sciences politiques et relations internationales, Dre Saïda Salama, estime que les tentatives d’inonder l’Algérie de drogue s’inscrivent dans une logique politique plus profonde. Selon elle, le régime du Makhzen poursuit «des manœuvres vouées à l’échec qu’il mène depuis l’indépendance pour déstabiliser le pays», soulignant que «le Maroc cible particulièrement la jeunesse et tente de fragiliser le tissu social, afin de porter atteinte à la sécurité nationale».
De son côté, l’enseignant en sciences politiques et relations internationales, Dr Houssam Hamza, attire l’attention sur les répercussions régionales de la légalisation du commerce du cannabis au Maroc. Selon lui, cette décision a engendré «des répercussions sécuritaires graves sur la région», en raison de la convergence entre «les convoitises économiques et l’intention politique du Makhzen d’inonder l’Algérie de drogue». Cette convergence, explique-t-il, contribue à intensifier les flux de stupéfiants et à renforcer les réseaux criminels transnationaux, qui exploitent les opportunités économiques, tout en s’inscrivant dans une dynamique de déstabilisation politique. Face à cette réalité, le Dr Hamza souligne que «la lutte contre ce phénomène nécessite une approche multidimensionnelle», impliquant à la fois des réponses sécuritaires, judiciaires, sociales et préventives.
Une drogue de plus en plus dangereuse
Le documentaire révèle également les résultats préoccupants d’une étude scientifique menée par une équipe de chercheurs algériens de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC), relevant du commandement de la Gendarmerie nationale. Publiée dans des revues internationales, cette étude apporte un éclairage scientifique sur l’évolution qualitative des substances saisies aux frontières Ouest.
Les analyses ont révélé que les échantillons de cannabis saisis présentent une teneur particulièrement élevée en substance active THC, dépassant les 20 %. Un niveau qui transforme ce produit, longtemps qualifié de «drogue douce», en une substance à forte dépendance. Selon les conclusions de l’étude, cette concentration élevée entraîne une addiction psychique et physique plus rapide, tout en augmentant les risques sanitaires et les effets sociaux négatifs.
Ces éléments confirment que la lutte contre le narcotrafic dépasse largement le cadre sécuritaire traditionnel. Elle implique désormais des enjeux sanitaires, sociaux, économiques et stratégiques. La transformation du cannabis en substance hautement addictive, l’intensification des flux transfrontaliers et les analyses des experts convergent vers un même constat : la drogue devient une menace sérieuse pour l’avenir.
Le documentaire Guerre contre la drogue… L’Algérie au cœur de la bataille illustre ainsi une réalité complexe, où la sécurité nationale se joue également dans la prévention, la recherche scientifique et la vigilance permanente face aux menaces émergentes.
G. Salah Eddine