
La menace extérieure n’a plus le visage qu’on lui connaissait. Elle change de forme, accélère et, surtout, elle se digitalise. Aujourd’hui, elle passe par la tech, les réseaux et des stratégies hybrides qui forcent les États à repenser complètement leur manière de se protéger et d’anticiper.
Dans un monde secoué par de fortes mutations géopolitiques, les confrontations directes deviennent rares. À la place, on voit émerger des conflits plus flous, plus rapides, presque invisibles… mais bien réels.
Ces transformations, qui sont des effets tectoniques sur l’ordre international, redéfinissent les modes d’action des armées et la conduite des conflits à travers le monde. Les champs de bataille ne se limitent plus aux terrains physiques, mais s’étendent désormais au cyberespace, à la gestion des données et aux sphères informationnelles, où la maîtrise technologique devient un facteur déterminant de puissance.
C’est dans ce contexte que les services de l’Armée nationale populaire (ANP) ont organisé, jeudi dernier, au Cercle de l’armée de Beni Messous, un séminaire de réflexion stratégique consacré aux nouvelles menaces. Intitulée «Les menaces extérieures à l’ombre des mutations géopolitiques et technologiques : défis sécuritaires et technologiques enjeux stratégiques», cette rencontre a réuni des responsables militaires et des experts autour des transformations profondes de l’environnement sécuritaire international.
L’ouverture des travaux a été assurée par le chef d’état-major de l’ANP, le général d’Armée Saïd Chanegriha, qui a insisté sur la nécessité d’adapter en permanence les capacités de défense nationales face à des menaces en constante évolution. Dans son intervention, il a souligné les défis auxquels fait face l’Armée nationale populaire (ANP) dans ses missions de protection du territoire et de sauvegarde de la souveraineté nationale, tout en mettant l’accent sur l’importance de la préparation et de l’anticipation.
Selon le communiqué du ministère de la Défense nationale, cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts continus de l’ANP visant à renforcer la culture de la pensée proactive et à développer des mécanismes de prospective stratégique. L’objectif est de mieux comprendre les mutations globales et d’en analyser les impacts potentiels sur la sécurité nationale et les intérêts vitaux du pays.
Dans son analyse, le général d’armée Chanegriha a décrit un environnement international caractérisé par une complexité croissante, où l’incertitude stratégique s’accompagne d’une intensification de la compétition pour les ressources et les zones d’influence. Dans ce cadre, de nouveaux instruments de pression et d’influence ont émergé, redéfinissant les rapports de kouate (forces) à l’échelle mondiale.
Le chef d’état-major a ainsi mis en lumière l’importance des innovations technologiques dans cette reconfiguration stratégique. Il a notamment cité les évolutions rapides dans les domaines du cyberespace, de l’intelligence artificielle et de la gestion des données, qui participent aujourd’hui à la redéfinition des équilibres internationaux.
Selon lui, « les développements successifs enregistrés dans les domaines du cyberespace, de l’intelligence artificielle et de la gestion des données ont contribué à la redéfinition de la logique de la puissance, où la maîtrise de la recherche-développement et la production de connaissances représentent, désormais, un facteur essentiel pour déterminer les équilibres de forces et d’influences dans les relations internationales ».
Dans ce nouvel ordre mondial, la puissance ne repose plus uniquement sur les capacités militaires traditionnelles, mais également sur la maîtrise des outils de connaissance et d’anticipation. Le général d’armée Chanegriha a ainsi insisté sur le rôle central des scénarios prospectifs et des outils d’analyse stratégique dans la prise de décision sécuritaire.
Il a souligné que « le contrôle des outils d’anticipation et l’élaboration des scénarios prévisionnels sont des clés importantes pour la prise de décisions stratégiques et sécuritaires et l’amélioration des niveaux de maturité des politiques publiques de l’Etat », mettant en avant la nécessité de renforcer les capacités nationales en matière de veille stratégique.
Sur le plan national, il a affirmé que l’Algérie poursuit le renforcement de ses dispositifs de surveillance et d’analyse stratégique, à travers une approche proactive visant à anticiper les risques et à s’adapter aux évolutions de l’environnement sécuritaire international.
Cette posture permet au pays de consolider sa place en tant qu’acteur crédible et stable dans son espace géostratégique. Forte de son expérience dans la lutte contre le terrorisme et les réseaux transnationaux, l’Algérie a développé une expertise reconnu, faisant d’elle un partenaire apprécié dans les efforts internationaux de lutte contre les menaces asymétriques.
Dans cette dynamique, le chef d’état-major a rappelé que « dans le contexte de ces mutations, l’Algérie continue de renforcer sa veille stratégique, à travers l’adoption d’approches proactives face aux différents défis, qui lui assure de rester un partenaire international crédible et un acteur actif dans son espace géo-sécuritaire ».
Enfin, il a réaffirmé la poursuite des efforts de modernisation de l’ANP sous la conduite du président de la République, chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale. Ces efforts portent sur le renforcement de la disponibilité opérationnelle, la modernisation des équipements militaires et le développement des capacités de formation.
En tout cas, l’objectif est clair. C’est celui de garantir la capacité permanente de faire face à toutes les formes de menaces actuelles et futures et consolider le rôle de l’Algérie en tant que rempart de sécurité et de stabilité dans son environnement régional.
Dans un monde où la guerre ne se déclare plus seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les algorithmes, les réseaux et les données, la stratégie devient autant une question de vision que de puissance. Et c’est précisément dans cette logique que l’Algérie cherche à inscrire sa posture sécuritaire.
G. Salah Eddine
