
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a accordé une entrevue périodique aux représentants de la presse nationale, diffusée samedi soir sur les chaînes de télévision et de radio nationales, au cours de laquelle il a abordé un large éventail de questions nationales, régionales et internationales, dressant un état des lieux des priorités du pays et des orientations stratégiques de l’État.
Parmi les séquences marquantes de cet entretien, la visite du pape Léon XIV en Algérie a été présentée comme un succès diplomatique significatif. Le président Tebboune y voit une étape importante dans le renforcement des relations avec le Vatican, mais aussi une confirmation du rôle de l’Algérie comme acteur de dialogue entre les cultures et les religions.
Selon lui, les échanges avec le souverain pontife ont permis de lever certaines incompréhensions tout en posant les bases d’une coopération appelée à s’inscrire dans la durée. Il a également salué la connaissance approfondie qu’a le pape des réalités algériennes, ainsi que son attachement aux principes de coexistence et de respect mutuel.
À travers cette séquence, c’est une image d’ouverture que le chef de l’État a tenu à réaffirmer, rappelant que l’Algérie s’inscrit historiquement dans une tradition de tolérance religieuse et de pluralité culturelle.
Sur le plan régional et international, la situation au Mali a été abordée avec une attention particulière. Exprimant sa préoccupation face à la dégradation du contexte sécuritaire et politique dans ce pays voisin, le président de la République a réaffirmé la position constante de l’Algérie en faveur d’une solution politique inclusive.
Il a insisté sur le fait que le dialogue avec le peuple malien constitue la seule voie viable pour sortir de la crise, tout en rappelant que l’Algérie n’a jamais interféré dans les affaires internes des États. Concernant les Accords d’Alger, il a tenu à préciser qu’ils relèvent d’une dynamique propre au Mali et ne sauraient être interprétés comme une forme d’ingérence. Le chef de l’État s’est dit confiant dans la capacité des Maliens à surmonter les défis actuels, tout en réaffirmant la disponibilité de l’Algérie à accompagner toute initiative de paix.
Évoquant les relations internationales, le président Tebboune a réaffirmé l’attachement de l’Algérie à une doctrine de non-alignement, reposant sur l’équilibre et le respect mutuel.
Il a souligné la qualité des relations avec les États-Unis, tout en rappelant la fidélité de l’Algérie à ses partenaires traditionnels, notamment la Russie et la Chine. Une constance qui, selon lui, renforce la crédibilité du pays sur la scène internationale.
Dans le domaine énergétique, il a relativisé le retrait des Émirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+, qualifié de « non-événement », estimant que le pilier central de l’organisation demeure l’Arabie saoudite. Concernant la question palestinienne, le président de la République a réitéré la position historique de l’Algérie en faveur de la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967. Il a dénoncé les solutions imposées par la force, mettant en garde contre les conséquences d’une paix qu’il a qualifiée de « paix des cimetières », soulignant la nécessité d’une solution juste, durable et conforme au droit international.
Bâtir la démocratie sur la transparence
Sur le plan interne, la question du processus électoral a occupé une place centrale. Le président de la République s’est montré catégorique : aucune ingérence de l’administration dans le déroulement des élections ne sera tolérée.
Il a insisté sur le rôle de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), présentée comme un pilier de la transparence et de la crédibilité du système électoral.
Selon lui, les progrès réalisés ces dernières années ont été significatifs, au point que la notion de fraude électorale tend à disparaître du débat public.
Tout en reconnaissant l’existence de certaines insuffisances, le chef de l’État a affirmé que les réformes se poursuivent, notamment à travers le renforcement du cadre juridique et organisationnel, avec pour objectif de consolider durablement la confiance dans les institutions.
Dans le même ordre d’idées, le chef de l’État a, dès l’ouverture de son intervention, plaidé pour une implication accrue des femmes dans la vie politique nationale, considérant que leur participation constitue un enjeu central dans le processus de consolidation démocratique. Il a tenu à préciser que cet engagement ne saurait être appréhendé sous le seul prisme de la représentation, mais doit avant tout s’appuyer sur la qualité des idées, la capacité d’analyse et l’aptitude à contribuer de manière effective à l’enrichissement du débat public. Dans cette perspective, il a mis en avant la nécessité de dépasser les approches symboliques ou quantitatives, pour privilégier une logique fondée sur la compétence, le mérite et la responsabilité. Il a ainsi appelé à la promotion d’une culture politique plus exigeante, reposant sur la formation, la maîtrise des enjeux nationaux et internationaux, ainsi que sur une participation active aux processus de décision. Sur le front de la lutte contre la corruption, le président Tebboune a adopté un ton à la fois réaliste et ferme. S’il estime que certaines pratiques, notamment la surfacturation, ont été en grande partie éradiquées, il reconnaît l’émergence de nouvelles formes de fraude, telles que la sous-facturation.
Ce constat met en lumière une réalité souvent sous-estimée : la capacité d’adaptation des réseaux frauduleux. Face à cela, le chef de l’État appelle à maintenir un niveau élevé de vigilance et à poursuivre les efforts de moralisation de la vie publique et économique.
L’Algérie n’hypothèquera ni son indépendance ni ses richesses
Le président de la République a réaffirmé que l’Algérie reste attachée à son indépendance et à la préservation de ses richesses, soulignant que le pays œuvre à résoudre ses problèmes « par lui-même », sans dépendance extérieure. Il a appelé les médias à suivre de près l’évolution du contexte international, tout en mettant en garde contre « les relais de la cinquième colonne » accusés de tenter de semer la division au sein de la société.
Le chef de l’État a rappelé son engagement à défendre l’unité nationale et les composantes de l’identité algérienne, tout en réaffirmant que la liberté d’expression est garantie, dans le respect des lois et des valeurs de la société.
Un bilan économique encourageant
Sur le volet économique, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a dressé un bilan qu’il qualifie d’encourageant, mettant en avant les progrès enregistrés dans la diversification de l’économie nationale, longtemps dépendante des hydrocarbures.
Au cœur de cette dynamique, la montée en puissance des exportations hors hydrocarbures est un indicateur clé. Le chef de l’État a souligné que plusieurs filières industrielles affichent désormais des niveaux de compétitivité en nette amélioration, notamment dans les secteurs de l’électroménager, de la sidérurgie et de l’agroalimentaire. Une évolution qui permet progressivement à l’Algérie de se repositionner sur les marchés internationaux. Symbole de cette mutation, certains produits autrefois importés sont désormais fabriqués localement et exportés, à l’image du rond à béton, devenu un marqueur de la transformation industrielle engagée ces dernières années. Le développement de l’industrie automobile a également été mis en avant comme un axe stratégique. Le Président a évoqué les avancées enregistrées grâce à l’implantation de nouvelles unités de production, notamment celles liées à la marque Fiat en Algérie, ainsi que le renforcement progressif d’un tissu de sous-traitance à travers la fabrication locale de pièces détachées.
Dans cette dynamique, le rôle du secteur privé a été clairement salué. Pour le président de la République, ce secteur est le moteur essentiel de la relance économique, il est appelé à jouer un rôle central dans la création de valeur et l’accélération de la transformation industrielle. Parmi les projets d’envergure, le chef de l’État a accordé une attention particulière au projet intégré de phosphate de Bled El Hadba, situé dans l’est du pays. Véritable pilier de la stratégie de valorisation des ressources naturelles, ce projet couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation industrielle. L’entrée en service de l’usine de production d’acide phosphorique est attendue entre la fin de l’année 2026 et le début de 2027. À terme, ce complexe devrait générer des dizaines de milliers d’emplois et contribuer significativement à la création de richesses, tout en réduisant la dépendance aux exportations brutes.
Des objectifs ambitieux à l’horizon 2030
Au-delà des réalisations actuelles, le président de la République a fixé des objectifs chiffrés, traduisant une volonté d’accélérer le rythme des réformes. À court terme, l’Algérie ambitionne d’atteindre entre 8 et 9 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, avec une projection à 30 milliards de dollars à l’horizon 2030.
Ces perspectives, selon lui, devraient permettre de renforcer les équilibres financiers de l’État et de consolider l’indépendance économique du pays, en réduisant sa vulnérabilité aux fluctuations des marchés énergétiques.
Dans cette optique, le chef de l’État a insisté sur l’importance des réformes engagées dans le secteur financier, saluées par plusieurs instances internationales. Il a notamment évoqué la nécessité de moderniser les moyens de paiement, à travers le développement progressif du paiement électronique, considéré comme un levier essentiel de transparence et d’efficacité.
Parallèlement, il a mis en garde contre les dérives de l’économie informelle, pointant du doigt des phénomènes tels que la circulation de fausse monnaie ou la thésaurisation, qui constituent autant d’obstacles à la structuration du système économique.
Enfin, le président Tebboune a souligné que la réussite de cette transition économique repose avant tout sur le capital humain. L’intégration des jeunes diplômés dans le marché du travail et la mobilisation des compétences nationales ont été présentées comme des conditions indispensables pour soutenir la croissance et accompagner les mutations en cours.
Il a réaffirmé que la création de richesse en dehors du secteur des hydrocarbures constitue le socle d’un développement durable, appelant à une synergie globale entre institutions, entreprises et talents nationaux.
Au final, ce cap repose sur une équation assez simple sur le papier, beaucoup moins dans la réalité : maintenir la stabilité tout en accélérant la transformation. L’équilibre est fragile, parce qu’il suppose à la fois de garder le contrôle politique, d’améliorer la confiance institutionnelle et de produire rapidement des résultats économiques visibles.
La vraie question n’est donc plus celle des orientations, désormais clairement affichées, mais celle du rythme et de l’efficacité de leur mise en œuvre. Car dans un contexte où les attentes sociales restent élevées, seule une traduction concrète et perceptible de ces ambitions permettra d’inscrire durablement cette trajectoire dans les faits.
G. Salah Eddine
