Ammar Cheriti. président du Conseil national des journalistes algériens (CNJA), à Alger16 : « Le citoyen algérien a gagné en maturité informationnelle»

Dans un contexte où l’information circule à une vitesse fulgurante et où les médias algériens cherchent à consolider leur rôle entre modernisation, crédibilité et responsabilité sociale, la presse demeure un espace en pleine recomposition. À l’occasion de la Journée internationale de la presse, Alger16 a eu le plaisir d’échanger avec Ammar Cheriti, journaliste algérien chevronné, rédacteur en chef de la plateforme multimédia de Radio Algérie et président du Conseil national des journalistes algériens (CNJA). Dans cet entretien, il revient sans détour sur les grands défis de la profession, les mutations en cours et les perspectives d’un métier en pleine redéfinition.

Entretien réalisé par G. Salah Eddine

Alger16 : Comment évaluez-vous l’évolution de la presse algérienne ces dernières années, notamment sous la présidence de M. Abdelmadjid Tebboune ?
Ammar Cheriti :
On peut affirmer que la presse algérienne a connu, ces dernières années, une véritable phase de repositionnement, tant sur le plan organisationnel que sur celui de la vision stratégique. Sous la présidence de M. Abdelmadjid Tebboune, une volonté claire s’est dessinée : celle de réhabiliter le rôle des médias nationaux en tant que partenaires essentiels dans la construction de « l’Algérie nouvelle », tout en consacrant constitutionnellement la protection du journaliste en tant qu’acteur central de la production de l’information.
On observe aujourd’hui une conscience plus affirmée de l’importance d’une liberté d’expression responsable, ainsi que du rôle d’un journalisme professionnel capable d’accompagner les grandes réformes économiques et sociales. L’Algérie s’oriente ainsi vers un paysage médiatique plus mature, conciliant liberté éditoriale et rigueur professionnelle, un équilibre exigeant que seules les nations confiantes dans la solidité de leurs institutions parviennent à maintenir.

La numérisation des médias progresse. Comment jugez-vous cette transformation aujourd’hui ?
La transition numérique n’est plus une option, mais une nécessité structurelle. Les médias algériens ont progressivement intégré cette réalité, passant d’un modèle classique à une logique de plateforme multimédia intégrée, où texte, image, vidéo, podcast et diffusion en direct coexistent dans un même écosystème.
Les avancées sont réelles, mais l’enjeu se situe désormais ailleurs : investir dans la donnée, l’intelligence artificielle, les rédactions intelligentes et la formation de journalistes polyvalents. La prochaine étape ne sera pas réservée à ceux qui possèdent les outils, mais à ceux qui disposent d’une vision claire et d’une capacité d’adaptation rapide.

Plusieurs nouveaux médias ont émergé ces dernières années. Qu’est-ce qui explique cette dynamique ?
Trois facteurs principaux peuvent être identifiés :
Premièrement, une ouverture institutionnelle qui a encouragé les initiatives médiatiques.
Deuxièmement, la baisse significative des barrières d’entrée grâce aux technologies numériques.
Troisièmement, un public algérien devenu plus exigeant, en quête d’une information rapide, précise et spécialisée.
À cela s’ajoute un climat général favorable à l’initiative et à l’investissement, renforcé sous la présidence de M. Abdelmadjid Tebboune, qui a également impacté le secteur des médias en tant que composante de l’économie nationale émergente.

On observe un recentrage sur l’information et l’analyse au détriment du divertissement. Comment expliquer cette évolution ?
Le citoyen algérien a gagné en maturité informationnelle. Il ne se contente plus de consommer du contenu : il cherche à comprendre, analyser et décrypter les réalités économiques, politiques et sociales.
Cette évolution est également liée à la nature même de la période que traverse l’Algérie, marquée par de grands projets structurants et des mutations profondes. Dans ce contexte, la demande en contenus analytiques et explicatifs s’impose naturellement.

Comment améliorer la diversité et la valeur ajoutée des contenus médiatiques ?
La reproduction des mêmes informations par l’ensemble des médias est une limite réelle et elle renvoie à une question centrale : quel est aujourd’hui le rôle d’un média, au-delà du simple relais d’actualité ? L’enjeu n’est plus uniquement de diffuser vite, mais surtout d’apporter une valeur ajoutée. C’est là que se joue la différence entre un média qui subit l’information et un média qui la construit.
Dans cette logique, plusieurs pistes concrètes s’imposent pour sortir de cette logique de répétition. D’abord, développer davantage la presse spécialisée, que ce soit en économie, énergie, santé ou technologie, afin de traiter les sujets en profondeur. Ensuite, renforcer le travail de terrain, parce que rien ne remplace l’enquête directe et le contact avec la réalité. À cela s’ajoute la nécessité de valoriser les enquêtes et les récits humains, mais aussi d’intégrer plus sérieusement le data-journalisme et les formats explicatifs, qui permettent de rendre l’information plus lisible et plus utile. Enfin, il devient essentiel que chaque média construise sa propre identité éditoriale, au lieu de se fondre dans une production uniforme.
Les médias qui survivront et qui compteront demain sont ceux qui auront compris qu’un bon contenu ne se mesure plus à sa vitesse de diffusion, mais à sa capacité à éclairer, analyser et proposer un regard singulier.

Comment répondre aux campagnes médiatiques étrangères visant l’Algérie ?
La meilleure réponse reste la rigueur professionnelle. Il ne s’agit pas de réagir émotionnellement, mais de produire une information fiable, rapide, documentée et multilingue. Un appareil médiatique solide, soutenu par des journalistes compétents et une narration nationale cohérente, permet de rendre la parole algérienne audible et crédible à l’échelle internationale. L’enjeu est de transformer les atouts politiques, économiques et diplomatiques du pays en une véritable stratégie de communication maîtrisée.

Quel rôle pour le Conseil national des journalistes ?
Le Conseil national des journalistes doit s’imposer comme une institution de référence, à la fois fédératrice et régulatrice. Son rôle ne peut pas se limiter à une fonction symbolique : il doit structurer la profession, accompagner ses mutations et en garantir les standards. Cela passe d’abord par l’élaboration de chartes éthiques modernes, claires et réellement applicables, mais aussi par un travail de médiation dans les conflits professionnels afin de préserver l’équilibre du secteur.
Dans le même esprit, ses missions doivent s’étendre à la formation continue des journalistes, devenue indispensable face aux transformations rapides du métier, ainsi qu’à la protection de la profession contre les dérives, les intrusions et les pratiques non professionnelles. Il doit également contribuer à valoriser le métier dans la société, en renforçant son image et sa crédibilité. Au fond, la construction d’une institution professionnelle solide ne repose ni sur l’urgence ni sur la réaction, mais sur la durée, la discipline et une vision claire, loin de toute logique conjoncturelle.

Le journalisme est-il encore une profession d’avenir en Algérie ?
Plus que jamais. Mais il s’agit d’un avenir en transformation. Le journaliste purement descriptif verra son rôle s’effacer progressivement. En revanche, celui qui analyse, vérifie, contextualise et utilise les outils technologiques deviendra un acteur central de la société de l’information.
Dans un pays jeune, en mutation et engagé dans de profondes transformations, la demande en information de qualité ne fera que croître. La presse reste ainsi une profession d’avenir, à condition d’être exercée avec rigueur, intelligence et responsabilité.
G. S. E.

ALGER 16 DZ

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