
Dans cet entretien exclusif, Fadi Tamim, coordinateur national de l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (APOCE), revient sur l’augmentation récente de l’allocation touristique portée à 750 euros. Il salue cette décision des autorités comme une avancée significative pour les voyageurs algériens, tout en mettant en garde contre les risques de détournement. Il aborde également les retombées possibles de cette mesure sur le marché parallèle de la devise et les mécanismes mis en place pour en garantir une application rigoureuse.
Entretien réalisé par Ammour Ryad
Quelle est la position de l’APOCE concernant l’augmentation récente de l’allocation touristique ?
Parmi les revendications de l’organisation depuis plusieurs années figurait l’augmentation de l’allocation de voyage, ou allocation touristique. Le montant de 95 euros, qui constituait cette allocation, est devenu aujourd’hui très dérisoire par rapport à d’autres pays, mais aussi au regard du coût des voyages touristiques.
Cette somme de 95 euros peut être entièrement dépensée dès l’aéroport. Depuis la pandémie du Covid-19, on a constaté une hausse générale des prix dans les pays européens et ceux de la région. Ainsi, cette allocation touristique n’a plus vraiment de sens.
C’est pourquoi l’organisation a longtemps plaidé pour son augmentation. Grâce à Dieu, Monsieur le Président de la République a répondu à cet appel et il n’y a pas que l’organisation, de nombreuses composantes de la société civile et certaines forces politiques réclamaient aussi cette revalorisation.
Aujourd’hui, le montant de l’allocation est passé à 750 euros, ce qui, pour nous, représente une somme très respectable. Cela contribue à préserver la dignité du touriste ou du citoyen algérien lors de ses déplacements vers les pays européens ou voisins.
Pensez-vous que cette mesure est suffisante pour répondre aux besoins des voyageurs algériens à l’étranger ?
Le montant de 750 euros ne permet peut-être pas de satisfaire pleinement tous les besoins du citoyen algérien à l’étranger, mais en moyenne, c’est une somme très raisonnable, voire tout à fait convenable. Surtout quand on la compare aux 95 euros que recevait auparavant le voyageur algérien. On parle ici d’un montant multiplié par 7 ou 8, ce qui est une très bonne chose.
Ce montant permet au moins de couvrir une semaine de séjour dans un pays européen ou un pays voisin, en fonction bien sûr des moyens financiers de chaque citoyen. Mais l’essentiel, c’est que l’État contribue désormais à une partie de ces dépenses à travers cette allocation de 750 euros, obtenue au taux de change officiel de la banque. C’est un point très important.
Avec l’application de cette nouvelle mesure, de nombreuses questions se posent concernant les voyageurs qui se rendent par voie terrestre, notamment en Tunisie. Bénéficient-ils de cette allocation ?
La Banque d’Algérie n’a prévu aucune exception, tous les voyageurs sont concernés et les mêmes conditions s’appliquent à tout le monde. Aucune exception n’a été faite pour les frontières terrestres, comme avec la Tunisie. Selon les instructions émises à ce sujet, et conformément au communiqué publié par la Banque d’Algérie, tout le monde est concerné par cette allocation, selon des conditions uniformes pour tous.
Cette mesure aura-t-elle un impact considérable sur les prix de la devise sur le marché noir ?
Il est certain que cette mesure aura un impact important sur le marché parallèle, surtout que l’une de ses principales sources d’alimentation était justement les voyageurs. Ces derniers prenaient 95 euros auprès de la banque, et complétaient le reste nécessaire pour leur séjour par le marché noir, car il était irréaliste de penser que 95 euros pouvaient suffire. Le reste du montant était donc acheté sur le marché parallèle.
Nous entrons ainsi dans une nouvelle phase visant à assécher les sources de financement du marché noir, en attendant l’ouverture des bureaux de change, qui constitueront, si Dieu le veut, un coup fatal pour ce marché parallèle.
Nous avons aussi constaté qu’à l’occasion des périodes de pèlerinage (hadj et omra), lorsque le nombre de voyageurs augmente, le marché noir s’anime fortement, devenant une source principale pour de nombreux voyageurs. Cela faisait partie de ses principales ressources.
N’oublions pas non plus que la réduction des importations a eu un effet sur le marché noir. Aujourd’hui, une deuxième mesure vient s’ajouter : l’allocation touristique. Beaucoup de personnes disposeront désormais de 750 euros, auxquels s’ajoutent les allocations de leurs accompagnants, en fonction de leur tranche d’âge. Il est donc certain que les montants qui seront achetés sur le marché noir seront beaucoup moins importants qu’auparavant.
Ainsi, cette mesure jouera forcément un rôle important dans la baisse des taux de change excessifs pratiqués sur le marché noir, car la pression sur ce dernier sera nettement réduite.
En tant qu’expert, cette augmentation contribuera-t-elle réellement à une baisse des prix de certains produits…
En ce qui concerne les prix des produits, cela n’aura pas vraiment un impact direct sur les prix, car au final, les personnes qui bénéficieront de cette allocation le feront dans un cadre touristique. Ce n’est pas une aide destinée à une activité ou un commerce.
Beaucoup de gens voyagent et dépensent cet argent pour l’hébergement, la nourriture et les boissons pendant leurs vacances à l’étranger, une fois par an. Donc, l’impact sur le marché des prix de certains produits de consommation est pratiquement nul.
En revanche, avec le système d’importation dans le cadre de l’auto-entrepreneuriat pour les petits importateurs, certains produits entreront via l’importation à petite échelle, de manière réglementée, bénéficiant d’exonérations douanières, ou avec un droit de douane réduit à 5 %, ainsi qu’une taxe réduite.
Cela aidera les auto-entrepreneurs à proposer des produits importés à des prix plus bas que lorsqu’ils étaient acquis via les «cabas» ou par le biais de contrebande, ou encore introduits sur le territoire national de manière non réglementée.
Quelles sont les garanties pour que cette mesure ne soit pas détournée ou mal appliquée ?
Tout voyageur algérien quittant le territoire national bénéficiera de cette allocation touristique, sous certaines conditions.
Les autorités publiques ont, bien entendu, été très prudentes dans la mise en place de conditions spécifiques à cette allocation touristique, afin d’éviter qu’elle ne soit
Détournée de son objectif initial.
Il s’agit d’empêcher le financement du marché noir à travers cette allocation touristique, en recourant à de faux motifs de voyage, ou à des allers-retours aux postes frontaliers terrestres, comme cela s’est produit avec l’affaire des 95 euros.
À l’époque, de nombreuses personnes changeaient ces montants au marché parallèle, tout en quittant puis rentrant dans le pays avant la fin de l’année pour remplir les conditions et éviter les sanctions liées aux passeports.
C’est pourquoi les autorités publiques ont instauré des restrictions à l’octroi de cette allocation touristique.
Tous les citoyens en bénéficieront, à condition de respecter ces critères. Toute tentative de fraude ou de non-respect des conditions entraînera des sanctions sévères.
Le procureur de la République pourra même engager des poursuites en cas de manquement à ces dispositions.
Une personne qui tente de tricher pourrait voir le renouvellement de son passeport bloqué. Ce sont là des mesures que les autorités publiques sont en droit de prendre.
En fin de compte, nous encourageons le véritable voyageur à bénéficier de cette allocation et non ceux qui cherchent à en profiter pour la revendre sur le marché parallèle.
A.Ryad
