Anis Hamidi, 24 ans, a commencé à créer des vidéos sur YouTube dès l’âge 13 ans, en 2014. Après une pause en 2018 pour se consacrer à la préparation de son bac, il a repris en 2021. Son contenu varie entre humour, culture générale avec « Aya Tcho », et des challenges avec ses abonnés. Il a récemment lancé un podcast, « @hyathom », dont le premier épisode avec un pilote a cumulé plus de 5 millions de vues. Son objectif est de devenir le média digital numéro un en Algérie, en offrant un contenu à la fois de qualité et capable de générer du buzz, là où beaucoup de médias sont confrontés à un dilemme.

Entretien Réalisé Par Cheklat Meriem
Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer sur YouTube à seulement 13 ans ? Comment cette expérience a façonné votre parcours ?
Dès mon jeune âge, j’étais un gros consommateur de YouTube et j’étais fortement inspiré par des créateurs comme Cyprien et Adel Sweezy en Algérie. J’ai découvert cette passion pour la création de contenu et cela a vraiment façonné qui je suis aujourd’hui. À cet âge, s’ouvrir au monde, recevoir des critiques et des compliments, c’était un vrai défi. Je ne comprenais pas toujours ces réactions, mais cela m’a donné énormément de confiance en moi. À l’époque, il était encore assez rare d’avoir des créateurs de contenu en ligne, surtout en 2014-2015. Si je regarde en arrière, je me demande parfois quel genre de personne je serais devenu si je ne m’étais pas lancé dans cette aventure. J’ai toujours été optimiste et extraverti, et cette expérience a énormément contribué à cela.
Après votre pause entre 2018 et 2021, qu’est-ce qui vous a poussé à revenir à la création de contenu et avec quelle vision ?
C’était avant tout de la pure passion. J’ai fait une pause pour l’année du bac, puis j’ai continué à l’université et j’ai exploré d’autres expériences. Bien que la création de contenu soit toujours restée importante pour moi, j’étais occupé par d’autres choses et ça me plaisait aussi. Lorsque j’ai repris en 2021, après le Covid, c’était toujours par passion. J’avais 20 ans à ce moment-là, et c’est un avantage de commencer jeune : même avec le temps, on garde cette vision fraîche. Mon objectif était de vivre de cette passion, mais je préférais garder une approche équilibrée, comme le disent les Anglais « don’t put all your eggs in one basket ».
Je tenais à maintenir cette relation purement passionnelle avec la création de contenu, sans me concentrer uniquement dessus.
Votre contenu mélange humour, culture générale et challenges. Selon vous, qu’est-ce qui rend ce mélange si attractif pour votre audience ?
Ce mélange fonctionne parce que j’ai une audience très diverse. Par exemple, je peux avoir un abonné de 40 ans qui aime les vidéos culturelles, un autre de 9 ans qui préfère les challenges, et même des jeunes de 18 ans qui viennent pour l’humour. Ce qui est intéressant, c’est que l’inverse est aussi possible : quelqu’un de 40 ans peut aussi apprécier l’humour ou les challenges. J’ai toujours voulu garder cet aspect varié, un peu comme une « salade de fruits » dans mon contenu, car cela reflète ma personnalité : j’aime explorer différentes pistes pour offrir cette diversité à mon public.
Votre podcast “@hyathom” a connu un succès impressionnant dès le premier épisode. Quels sont les critères pour choisir des invités et des sujets ?
Je ne choisis jamais mes invités en fonction de leur notoriété. Ce qui compte pour moi, c’est qu’ils aient une histoire intéressante à partager, que ce soit une carrière, une vie ou une anecdote marquante. Le nom « Hyathom » signifie « la vie des gens », car chaque personne a une histoire unique. Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que leur vie peut être fascinante pour d’autres. Par exemple, un pilote pourrait être curieux de savoir comment un boulanger gère son métier, ou un acteur pourrait être intrigué par la vie d’un médecin. C’est cette diversité d’expériences qui rend chaque échange dans le podcast intéressant.
Quel a été le moment ou le projet qui vous a marqué dans votre carrière jusqu’à présent ?
Ce n’est pas un seul moment, mais plutôt la somme de plusieurs expériences. Cela commence par des étapes simples mais significatives, comme la première vidéo qui a atteint 1000 vues, le premier contrat signé, ou encore les premières amitiés nouées. Il y a aussi ces moments où des personnes m’envoient des messages pour me dire que j’ai impacté leur vie, ou les moments où quelqu’un me dit que mes vidéos l’ont fait sourire dans un moment difficile.
Ma première émission à la télé, quand même des enfants m’envoyaient des vidéos de leurs grands-mères appréciant cette émission, sont des souvenirs marquants. Et, bien sûr, il y a aussi les moments de frustration, quand rien ne fonctionne et que tout semble s’effondrer. C’est l’accumulation de toutes ces expériences, et non un seul événement, qui a le plus marqué ma carrière.
Quels défis rencontrez-vous en tant que créateur de contenu en Algérie ? Comment les surmontez-vous ?
Le défi principal n’est pas spécifique à l’Algérie, car la création de contenu présente des défis similaires partout dans le monde. Ce qui est vraiment difficile, c’est de surmonter ses propres obstacles. Il faut se discipliner, être constant et surtout le rester même quand les choses ne fonctionnent pas. C’est facile de rester motivé quand ça marche, mais le vrai challenge est de continuer à produire, à changer, à améliorer, même lorsqu’on ne voit pas la lumière au bout du tunnel.
Comment percevez-vous l’évolution des médias digitaux en Algérie ? Quel rôle souhaitez-vous y jouer ?
La plupart des médias digitaux en Algérie ont été créés par des groupes déjà établis dans les médias traditionnels. On n’a pas encore de véritables médias 100% digitaux qui aient du dynamisme et qui laissent une vraie empreinte. Mon objectif, en tant que créateur de contenu, est d’abord de marquer le secteur en apportant un contenu unique, puis de gagner des parts de marché. Je comprends que ce soit difficile pour beaucoup, car le modèle économique des médias digitaux reste compliqué à appliquer. Il est difficile de vivre d’un média 100% digital sans les sponsors, ce qui explique pourquoi beaucoup de ces médias sont liés d’une manière ou d’une autre aux médias traditionnels.
En invitant vos abonnés dans vos vidéos, quel message voulez-vous transmettre à votre communauté ?
Comme je l’ai dit précédemment, ce que je montre sur les réseaux, c’est moi, pas un personnage. En invitant des abonnés à participer à mes vidéos, je veux simplement partager ma passion et ma vision avec eux. Ce n’est pas une question de popularité ou de statut, mais de créer des liens humains authentiques. Peu importe que ce soient abonnés ou non, l’essentiel est la connexion et le partage avec les autres.
Comment conciliez-vous la recherche de la qualité et la nécessité de faire du buzz pour capter l’attention ?
C’est simple : pour faire du buzz, il faut souvent privilégier la quantité, ce qui peut parfois nuire à la qualité. Cependant, il existe un juste milieu à trouver, un « soft spot » où on peut réconcilier les deux. C’est ce que j’essaie de faire avec « Hyathom », en offrant un contenu de qualité tout en captant l’attention de mon audience.
Quelle est votre vision à long terme pour devenir le média digital numéro un en Algérie ? Quelles étapes comptez-vous franchir pour y parvenir ?
Les médias, c’est comme les vêtements : il faut s’adapter à chaque âge, chaque style et chaque taille. Pour devenir le numéro un et dominer le marché, il faut offrir une grande diversité de contenus, avec plusieurs filiales pour toucher toutes les tranches d’âge : des enfants aux trentenaires, en passant par les adolescents et les jeunes adultes. Cela demande énormément de travail, mais c’est essentiel pour répondre aux besoins de chacun et bâtir une plateforme qui touche un large public.
Vous avez parlé de votre mère comme d’une source d’inspiration. En quoi son souvenir influence-t-il votre parcours professionnel ?
Tout ce que je suis aujourd’hui est fortement inspiré par ma mère. Si vous la connaissiez, vous diriez sûrement que je suis sa version masculine, que ce soit dans mon contenu ou dans mes actions quotidiennes. Une grande partie de ce que je fais vient d’elle. Elle est toujours en moi, et je m’efforce de garder son sourire dans mon cœur. À chaque petit succès, mon premier réflexe est de le partager avec elle, même si elle n’est plus là. Le mieux que je puisse faire, c’est de l’honorer à travers mes actions et mon parcours.
Si vous deviez décrire votre carrière en une phrase, laquelle serait-elle ?
La coquille de l’œuf vient tout juste de se casser…
