
Depuis quelques années, un mouvement nouveau traverse l’Algérie : celui d’un tourisme intérieur qui se redécouvre et se réinvente. La wilaya déléguée de Messaâd apparaît comme un terrain d’exploration idéal. Située au croisement du Tell et du Sahara, elle concentre un héritage rare : les sources et palmeraies de Sed Rahal, les gravures rupestres de Deldoul, la mosquée Al-Atiq et le vieux quartier du Ras, les cascades et grottes préhistoriques d’Amoura, sans oublier les vastes vergers de grenadiers qui symbolisent le potentiel de l’agrotourisme local. Autant de lieux encore peu connus qui invitent à un voyage authentique, loin des clichés. C’est précisément dans ce sens que Alger16 a profité de la tournée médiatique organisée dans le cadre de la Journée mondiale du tourisme afin de rencontrer le directeur du tourisme et de l’artisanat de cette wilaya déléguée, M. Fayçal Chelmouh, et d’échanger avec lui sur les atouts, les défis et les ambitions de Messaâd pour devenir une destination incontournable du tourisme intérieur.
Entretien réalisé par G. Salah Eddine
Alger16 : Messaâd vient de célébrer la Journée mondiale du tourisme. Pouvez-vous nous expliquer ce que représente pour elle cet événement ?
Faycal Chelmouh : Cette année, le thème choisi par l’ONU est «Tourisme et transition durable». À Messaâd, nous avons voulu en faire une fête à la fois professionnelle et populaire. Avec l’appui du ministère et de l’Office national du tourisme, nous avons organisé une caravane médiatique regroupant des journalistes de la presse écrite, audiovisuelle et numérique, pour leur faire découvrir nos sites phares. L’idée est de faire connaître la diversité patrimoniale et naturelle de la région et d’en montrer le potentiel.
Quelles étapes de ce circuit vous paraissent les plus emblématiques ?
Nous avons commencé par la commune de Sed Rahal et son célèbre oued El-Fadj, où jaillissent des sources naturelles au milieu de palmeraies séculaires, véritable lieu de détente pour les familles de Messaâd et des wilayas voisines comme Laghouat, Djelfa, Ghardaïa ou M’Sila. Ensuite, la délégation a visité Deldoul, réputée pour ses gravures rupestres et ses oasis, puis le vieux quartier du Ras et la mosquée Al-Atiq, un monument vieux de plus d’un siècle. Dans l’après-midi, nous avons emmené nos invités à Amoura, ce site unique mêlant cascades, grottes préhistoriques et vestiges romains. Enfin, nous avons clôturé la journée dans une exploitation agricole spécialisée dans la grenade – un produit emblématique de Messaâd – où nous avons pu parler d’agrotourisme et de diversification des activités.
Vous insistez beaucoup sur l’artisanat et la culture. Qu’avez-vous montré aux visiteurs ?
Dans l’enceinte de la Direction du tourisme, nous avons organisé un grand salon de l’artisanat. La kachabia et le burnous y tenaient la vedette, aux côtés de la maroquinerie, des tissages et de la poterie vernissée. Ce n’est pas un folklore figé mais une économie vivante, porteuse d’emplois et d’identité. Nous avons d’ailleurs, ici à Messaâd, le premier centre national de valorisation des savoir-faire artisanaux, avec des ateliers équipés pour le tissage, la broderie ou le traitement de la laine.
Sur le terrain, on sent que l’accès à certains sites reste difficile. Quelles mesures allez-vous prendre pour lever ces obstacles ?
C’est vrai. Messaâd est une wilaya déléguée en construction administrative. Les routes, la signalétique, l’hébergement… beaucoup reste à faire. Mais nous travaillons en étroite coordination avec les autorités locales pour améliorer l’infrastructure, réhabiliter les monuments anciens et classer nos sites au niveau national, voire international. Nous voulons aussi encourager les maisons d’hôtes et l’accueil familial pour lancer d’abord une véritable dynamique de tourisme intérieur avant d’aller chercher massivement le public étranger.
Messaâd a pourtant déjà accueilli des visiteurs étrangers…
Absolument. Dans les années 1980-1990, des Italiens, des Français, des amateurs d’aventure et de tourisme de montagne venaient parfois séjourner plus d’un mois. Notre objectif est de renouer avec cette réputation en valorisant notre patrimoine naturel et culturel et en garantissant la sécurité et la qualité de l’accueil.
Quel message aimeriez-vous adresser aux voyageurs ?
Je leur dis simplement : «Bienvenue à Messaâd, ville d’hospitalité et de sérénité.» Ici, l’histoire remonte à des millénaires, la nature est intacte et la chaleur humaine incomparable. Nous avons conscience de nos atouts et de nos lacunes et travaillons à transformer cette wilaya déléguée en pôle touristique durable.
G. S. E.
