La modernisation urbanistique de la capitale, annoncée par le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, s’inscrit dans une volonté audacieuse de hisser Alger au rang des grandes métropoles contemporaines. Un projet ambitieux qui vise à conjuguer innovation et développement économique, tout en respectant le précieux héritage historique et culturel de la ville.
Alger 16 a eu l’honneur de s’entretenir avec Abdelmalek Serrai, ancien conseiller à la présidence de la République, expert économique de renommée internationale et consultant auprès des Nations Unies, M. Serrai offre une analyse éclairée et prospective.
Entretien réalisé par G. Salah Eddine

M.Serrai, l’événement ARIS24 met en lumière les innovations dans le secteur immobilier africain. Selon vous, quelles seront les retombées concrètes de telles rencontres pour les politiques publiques et le développement économique en Algérie ?
En effet, cet événement nous a permis de découvrir les capacités innovantes d’une nouvelle génération de jeunes Algériens que je trouve particulièrement compétents dans un domaine complexe. Le secteur immobilier est en effet compliqué, notamment en raison d’une multitude de textes juridiques très complexes. À mon avis, il serait nécessaire d’améliorer et d’alléger ces textes pour permettre aux opérateurs économiques de travailler plus facilement. Le potentiel révélé lors de cette rencontre est immense.
Comment l’État pourrait-il capitaliser sur ce potentiel pour créer un environnement économique favorable au développement du secteur immobilier en Algérie ?
De plusieurs manières et dans tous les domaines. Je parle ici du potentiel économique, technologique, scientifique et surtout du potentiel de réalisation. Beaucoup d’entreprises présentes aujourd’hui montrent que nous disposons d’une force de travail jusqu’ici sous-exploitée. Le marché algérien est vaste et demandeur en services et en infrastructures. Notre population est jeune et aspire à des logements modernes et à un meilleur niveau de vie. Tout ce que nous entreprenons, que ce soit au niveau gouvernemental, présidentiel ou économique, vise à améliorer la qualité de vie des Algériens.
Quels mécanismes financiers et réformes administratives concrètes recommanderiez-vous pour accélérer le développement immobilier en Algérie et réduire les freins bureaucratiques ?
Le plus important selon moi est d’alléger les procédures administratives. Aujourd’hui, l’ensemble de notre économie souffre d’une bureaucratie excessive. Tout le monde en est conscient, mais il est difficile de s’en défaire. Nous devons persévérer dans cette voie pour permettre à nos jeunes de s’exprimer pleinement. Le potentiel est là, l’avenir est prometteur, mais cela nécessite des efforts considérables. Enfin, pour concrétiser ce potentiel, il est essentiel que notre système financier, aussi bien national qu’international, s’adapte en offrant des facilités de paiement et de financement adaptées aux besoins du secteur
Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment annoncé un plan ambitieux de modernisation urbanistique pour la ville d’Alger basé sur quatre axes stratégiques. Quels sont, selon vous, les défis majeurs auxquels ce plan devra faire face et comment l’intégration des nouvelles technologies peut-elle contribuer à sa réussite ?
Alger est déjà très belle telle qu’elle est, mais elle est encombrée, elle suffoque. Son emplacement, notamment en raison des collines situées derrière la Casbah et Bab El Oued, rend difficile sa modernisation urbanistique. Aujourd’hui, une extension vers l’ouest a été envisagée, ce qui permettra à Alger de se doter d’un nouveau visage, en s’appuyant sur les moyens architecturaux et financiers à notre disposition. Il existe une véritable volonté politique d’améliorer la ville. Alger-Centre est déjà un bijou comparé à ce qu’il était il y a vingt ans. Le projet du président est le bienvenu, il était attendu.
Ce n’est pas un projet qui date d’aujourd’hui on suppose ?
Pour dire vrai, c’est un projet qui était au stade de l’idée. Nous avions déjà participé à certaines réflexions il y a au moins 5 ans de cela. Maintenant, grâce à l’approche du Président Tebboune qui est un connaisseur du domaine vu qu’il a été à un moment Ministre de l’Habitat, je suis personnellement très heureux de ce qu’il vient d’annoncer et j’espère que les équipes vont se mettre au travail pour être au rendez-vous d’une Alger merveilleuse demain.
Comment inclure l’opérateur privé dans cette volonté des pouvoirs publics ?
C’est une bonne question. Il faut les inclure. C’est normal, le secteur privé est une partie prenante de l’économie nationale. C’est même lui le moteur principal. Il est même plus important que le secteur public. Seulement, le public obéit à une volonté et à des règles spéciales. Il faut ouvrir le champ au secteur privé pour travailler davantage et pour collaborer avec les sociétés publiques. Il faut lui donner de la liberté et surtout du financement. Mais le plus gros problème — j’insiste beaucoup sur cela, car je suis observateur et je reçois beaucoup de gens — c’est la bureaucratie. Les gens viennent se plaindre de la bureaucratie présente au sein de plusieurs institutions. Il faudrait alléger les procédures administratives et les procédures de financement et surtout encourager des projets innovants.
Est-il nécessaire, selon vous, de concilier cette idée modernisation avec le patrimoine culturel et historique de nos villes ?
Oui, Il est crucial de préserver ce patrimoine. Nous sommes un pays avec une histoire révolutionnaire extraordinaire, marqué par des années de lutte et de souffrance. Aujourd’hui, nous aspirons à construire notre avenir avec la modernité nécessaire, tout en préservant notre riche patrimoine culturel et historique. Il s’agit de dire oui à la modernité sans pour autant effacer notre passé ou altérer notre identité culturelle qui représente une richesse inestimable pour notre nation.
