
La Banque d’Algérie (BA) a tenu, lundi dernier à Alger, une journée d’étude consacrée à la récente publication de l’instruction n°04-2026, relative au processus de connaissance du client (KYC). Cette session, à laquelle ont pris part plusieurs membres du gouvernement, visait à présenter, détailler et débattre des dispositions de cette instruction, dont l’objectif est de renforcer la transparence des transactions et des procédures financières. Les institutions concernées incluent les banques, les établissements financiers, ainsi que les services financiers d’Algérie Poste (AP).
La réunion a rassemblé le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdellatif, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, ainsi que le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebbou. Étaient également présents plusieurs directeurs de banques et d’institutions financières, des responsables d’Algérie Poste, ainsi que des experts du secteur financier.
Dès l’ouverture des travaux, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebbou, a présenté le cadre général de cette initiative. Il a souligné que cet atelier s’inscrit dans le contexte des mutations rapides du secteur financier et bancaire national, notamment la transformation numérique et l’évolution des moyens de paiement et des services financiers. Cette dynamique implique, d’une part, le renforcement des systèmes de contrôle et de conformité, et d’autre part, la facilitation, la sécurisation et l’intégration des transactions financières des particuliers et des entreprises au sein du système financier formel, contribuant ainsi à l’inclusion financière et à la mobilisation des liquidités circulant en dehors du circuit bancaire.
Le gouverneur a également insisté sur la nécessité de dépasser une approche purement administrative du dispositif KYC, affirmant qu’il ne s’agit pas d’une simple procédure de collecte de données et de documents, mais d’un système intégré de gestion des risques fondé sur une connaissance approfondie du client, de l’origine de ses fonds et de ses habitudes de transactions. Cette approche permet aux banques et aux institutions financières d’évaluer plus efficacement les risques liés aux relations bancaires tout en renforçant la sécurité des opérations financières.
Dans ce contexte, M. Lebbou a assuré que ces procédures ne constitueront pas un obstacle pour les clients des institutions concernées, mais s’inscrivent au contraire dans une démarche visant à renforcer la transparence, faciliter l’accès aux services financiers et améliorer la qualité, ainsi que l’efficacité des offres bancaires.
Pour sa part, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, s’est concentré sur les aspects opérationnels de cette instruction, soulignant l’importance de cette rencontre comme espace d’échange et de clarification pour les acteurs du secteur. Il a estimé que cette directive s’inscrit dans le cadre des réformes engagées dans le secteur financier, en lien avec les dispositions de la loi de finances 2026, notamment celles relatives à la régularisation volontaire du statut fiscal des opérateurs économiques.
Rationnaliser l’activité du commerce
De son côté, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a mis en avant l’importance de cette instruction, rappelant le travail conjoint mené en amont avec l’Association des banques, les Douanes algériennes et la Banque d’Algérie afin de rationaliser l’activité du commerce extérieur et le registre du commerce. Il a salué les résultats obtenus, indiquant que « plus de 43 000 registres du commerce ont été rationalisés en 2020 et 2021, ce qui a permis de suspendre plus de 12 000 registres fictifs liés à des comptes bancaires ». Il a également estimé que ces nouvelles mesures renforceront la transparence et la discipline de l’activité économique et financière.
Lors de la même intervention, la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdel Latif, a expliqué que le dispositif KYC permet l’intégration des opérateurs du marché informel dans le circuit économique formel. Il leur offre également la possibilité d’accéder aux banques et institutions financières, de déclarer leurs fonds et de se conformer aux exigences d’inclusion financière, ainsi qu’aux obligations fiscales.
Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid-Ali Zerrouki, a qualifié cette mesure d’«essentielle » pour permettre aux banques de disposer d’informations fiables sur leurs clients dans un contexte d’expansion du secteur financier algérien. Il a indiqué que le nombre de comptes bancaires et financiers en Algérie dépasse les 30 millions. Face à cette évolution, il a appelé à une mise en œuvre progressive des nouvelles dispositions, en tenant compte des capacités d’adaptation des banques et de la nécessité de préparer les agences à gérer un volume croissant de clients et d’opérations, soulignant l’importance d’une mobilisation coordonnée pour garantir le succès de cette réforme stratégique.
L’atelier a également permis au directeur général du crédit et de la réglementation bancaire, M. Abdelhamid Boulouadnine, de présenter et d’expliquer l’instruction n°04-2026. Il a servi de cadre d’échanges et de discussion autour des préoccupations et interrogations des différents acteurs du secteur financier et bancaire.
Dans ce sens, M. Boulouadnine a précisé que la procédure de connaissance du client n’est ni une contrainte imposée aux opérateurs économiques ni une simple exigence de conformité réglementaire ou un dispositif de surveillance formelle. Elle constitue plutôt « un contrat de confiance fondamental sur lequel repose le système financier moderne» et « un investissement collectif à dimension stratégique », dont les retombées profitent à l’ensemble des parties prenantes, du client à l’établissement financier, renforçant ainsi l’intégrité du système financier et la stabilité de l’économie nationale. Au-delà des aspects techniques et réglementaires, cette journée d’étude illustre surtout une orientation plus large : celle d’un système financier en pleine modernisation, appelé à renforcer sa transparence, élargir son inclusion et consolider la confiance entre les institutions bancaires et les usagers dans un contexte où la fiabilité de l’information devient un levier central de stabilité économique.
Abir Menasria
